Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 10 manuscrit
Note [10]

Cette référence ajoutée dans la marge du manuscrit renvoie à L’Histoire des Pays-Bas de Jean-François Le Petit. {a} La Mort du duc de Parme y est relatée dans le volume 2, année 1592, pages 378‑379 :

« Or, comme les ligueurs de France se promettaient de grandes choses de leur assemblée des états de Paris, {b} et les partisans espagnols se confiaient que {c} le duc de Parme retournerait pour la troisième fois avec une puissante armée, pour faire un grand effort et assurer la couronne de France au roi d’Espagne ou à l’infante sa fille, {d} la mort coupa le filet à sa vie et à ses entreprises. Car s’étant acheminé vers la Picardie avec son armée, composée de sept à huit mille hommes, tant de pied que de cheval, et étant son avant-garde proche de L’Arbre de Guise, {e} il s’arrêta en Arras pour y tenir les états du Pays-Bas en l’obéissance du roi d’Espagne. Il s’était toujours porté mal depuis sa dernière retraite. Étant arrivé en ladite ville, sa maladie rengregea {f} si fort au commencement de septembre qu’il y mourut le second jour en l’hôtel abbatial de Saint-Vaast. {g} […] Il mourut âgé d’environ 48 ans. Étant mort et ouvert, on trouva ses intestins et parties nobles fort offensés ; tellement qu’il ne pouvait être de longue vie. On a eu cette opinion, et lui-même le disait, qu’on l’avait par deux fois empoisonné ; < ce > dont les Italiens de sa suite et maison ne feignaient, aux fontaines de Spa, {h} d’en accuser les Espagnols avec grande exécration. »


  1. Saint-Gervais, 1604, v. note [21] du Borboniana 5 manuscrit.

  2. En février 1590, après l’assassinat de Henri iii (août 1589), le duc de Mayenne, meneur de la Ligue catholique, convoqua des états généraux pour régler la succession du défunt roi, car les ligueurs n’acceptaient pas qu’elle eût échu au protestant Henri iv. Après maints atermoiements, ces états généraux, dits de la Ligue, allaient se réunir à Paris de janvier à août 1593 (et aboutir à la conversion de Henri iv au catholicisme).

  3. Étaient confiants dans le fait que.

  4. Philippe ii ordonnait pour la troisième fois au duc de Parme et à ses troupes flamandes d’entrer en France pour soutenir les ligueurs dans leurs combats contre Henri iv : le duc avait précédemment fait lever les sièges de Paris, en août 1590 (v. infra note [24]), puis de Rouen, en avril 1592 (v. infra notule {k}).

    L’infante Isabelle Claire Eugénie d’Autriche (v. notule {b}, note [23] du Grotiana 2) vivait alors à Madrid, auprès de son père, Philippe ii.

  5. Hameau de l’Avesnois, proche de Landrecies (v. note [1], lettre 236).

  6. S’aggrava.

  7. Sic pour décembre. V. note [2], lettre 636 pour l’abbaye Saint-Vaast d’Arras.

  8. V. note [7], lettre 292.

Trois autres sources fournissent des renseignements complémentaires.

  1. Jacques-Auguste i de Thou n’a pas parlé de poison, mais a ajouté quelques détails intéressants à la biographie d’Alexandre Farnèse (Histoire universelle, livre civ, règne de Henri iv, année 1592, Thou fr, volume 11, pages 569‑570) :

    « […] l’incommodité de sa dernière blessure, {a} jointe à son ancienne maladie, et le déplaisir de voir tomber en décadence les affaires de Flandre, tandis qu’on l’obligeait à porter la guerre dans un royaume étranger, augmentèrent son mal et le réduisirent à l’extrémité. […]

    Il avait rendu de grands services à l’Espagne, mais la perte de cette flotte, qui avait épuisé tant de trésors, {b} les avait effacés. Ses envieux répandirent le bruit qu’il n’avait pas voulu secourir cette flotte, avec des vaisseaux plats, dans le temps qu’elle luttait contre les vents ; ce qui l’avait fait soupçonner de vouloir plutôt prolonger que terminer la guerre, et d’avoir conçu de la jalousie de ce qu’on avait confié à un autre qu’à lui l’expédition d’Angleterre. Ses succès en France avaient en quelque façon écarté ces soupçons : il y avait fait lever le siège de Paris et de Rouen, et s’était acquis par là une si grande réputation qu’on ne croyait rien au-dessus de son habileté militaire ; il était sorti avec honneur de la lice où il était entré avec un grand roi, {c} qui n’était pas moins bon capitaine et habitué à vaincre. Il mourut, pour ainsi dire, dans la fleur de ses succès. On ne put jamais rien lui reprocher du côté de la fidélité pour son prince, {d} ni du côté de la guerre, ce qui mit le comble à son bonheur. »


    1. V. infra notule {o}.

    2. L’Armada de 1588, v. supra note [8].

    3. Henri iv.

    4. Philippe ii.

  2. Pour appuyer et éclairer ses dires, le Borboniana aurait pu citer la curieuse :

    Histoire des choses les plus mémorables advenues en l’Europe depuis l’an onze cent xxx jusques à notre siècle. Digérées selon le temps et ordre qu’ont dominé les seigneurs d’Enghien, terminés ès familles de Luxembourg et de Bourbon. La page suivante déclarera plus amplement le contenu de cette Histoire. Par Pierre Colins, {a} chevalier et seigneur d’Heetfelde. {b}

    La politique franco-espagnole et la mort du duc de Parme figurent en deux endroits du livre iii.

    • Sur les liens de la Ligue avec l’Espagne (pages 535‑536) :

      « Or, comme cette Ligue ne se pouvait sans les moyens du roi notre prince, {c} il y avait un certain commissaire nommé Moreo, Espagnol, {d} qui en cela était agent et hantait secrètement le duc de Guise, {e} fournissait et distribuait les doublons, selon et < de > la part que le duc de Guise lui en donnait avis et ordonnance. Au demeurant, pour faire ses menées tant plus dextrement et en cachette, il faisait semblant qu’il était espagnol des frontières, et que sa mère était française ; et comme il avait commis un homicide en Espagne, < il > sollicitait ledit seigneur duc pour avoir lettres de faveur du roi de France {f} au roi d’Espagne, afin d’obtenir sa rémission.

      Or, comme les rois ont des grandes oreilles, le roi {g} fut ponctuellement informé de ce que tramait ce bon commissaire ; il le fit pourtraire {h} et proscrire, promettant par cris publics grande somme à qui le pourrait tuer. Il se sauva aux Cordeliers de Paris {i} et se déguisa, en sorte qu’il échappa pour un marchand de pourceaux, et en chassa {j} devant soi parmi la ville de Meaux. Le plus grand artifice dont il usait à se déguiser était de varier la façon de sa barbe, selon que m’a dit son serviteur, qui l’a servi jusques à la mort ; mort qui l’a saisi après le décès du roi, {k} en la ville de Meaux, d’un très cruel et très véhément poison, qui lui causait une convulsion de tous les membres du corps. Ce serviteur avait opinion (selon le dire commun) que le duc de Parme avait été auteur de cet empoisonnement, à cause que son maître, Moreo, l’avait trop bravé de hâter le secours que le roi d’Espagne avait désigné à la défense des ligueux de France ; défense qui déplaisait au duc de Parme, à raison qu’elle a diverti les forces et l’argent d’Espagne, pour donner loisir et moyen aux Hollandais de former leur État, se fortifier contre le roi notre prince, et d’étendre leurs limites par la prise de plusieurs notables villes, si comme de Groningue, de Nimègue, de Zutphen, {i} des villes d’Overijszel. Ce n’était pas donc sans sujet que le duc de Parme n’approuvait le secours de la Ligue. {l}

    • Sur la mort d’Alexandre Farnèse (pages 588‑589) :

      « Le duc de Parme retourna au pays avec la gloire d’avoir levé le siège devant Paris, mais point d’avoir diminué le courage ni le droit que le roi avait à la couronne, qui demeura encore une fois maître de la campagne, et mit le siège devant la ville de Rouen, où le duc de Parme l’alla aussi déplacer, non sans rencontrer d’escarmouche au Pont de l’Arche, {m} où ledit seigneur duc fut blessé sur le haut de son épaule d’une plaie d’honneur, {n} sans péril de mort ni d’être estropié. Néanmoins, la plaie ne fut encore guérie au jour de son trépas car, se mettant au lit en l’abbaye de Saint-Vaast en Arras, demanda au chirurgien, en ôtant l’emplâtre pour en mettre la nouvelle, si elle sentait, qui eût été signe de bonne santé, répondit que oui ; {o} depuis a dit que non, mais ne l’avait voulu contrister, bien qu’il aperçût le corps disposé à la mort ; aussi ne s’est-il plus relevé du lit ; ains {p} fut trouvé le lendemain agonisant, et fut transporté en cette agonie hors de sa chambre en une galerie sans plus retourner ni en sens ni en connaissance, et passa le pas des autres mortels au mois de décembre 1592. Le chirurgien qui a fait ouverture de son corps l’a jugé empoisonné, maladie ordinaire des grands personnages redoutés. »


      1. Auteur wallon natif d’Enghien (Hainaut) en 1560, anobli en 1630.

      2. Mons, François de Waudré, 1634, in‑4o de 660 pages, divisé en 3 livres.

      3. Philippe ii : c’est un Flamand qui écrit.

      4. La fin de la présente note présente le personnage, qui n’était pas commissaire, mais commandeur (de l’Ordre de Malte).

      5. Henri ier de Lorraine, le Balafré, duc de Guise, assassiné à Blois en 1588 (v. note [1], lettre 463).

      6. Henri iii, roi de France.

      7. Archaïsme : « citer en justice » (La Curne de Sainte-Palaye).

      8. V. note [10], lettre 52.

      9. Les mena en troupeau.

      10. Assassinat de Henri iii le 2 août 1589.

      11. Les insurgés hollandais, menés par Maurice de Nassau, ont pris ces villes en 1591 (Nimègue et Zutphen) et 1594 (Groningue) : les va-et-vient chronologiques de Colins sont assez imprécis et malaisés à suivre.

      12. Le duc de Parme n’approuvait pas (mais finit par exécuter, en 1590) le soutien que Philippe ii procurait à la Ligue : il le jugeait dangereux pour la paix des Flandres (v. infra la fin du dernier extrait transcrit dans la présente note) ; tuer Moreo pouvait être pour lui un moyen de trancher le lien entre les ligueurs et le Espagnols.

        Tout cela établit pourtant un délai de deux ans (août 1590-décembre 1592) entre le décès de Moreo et celui du duc de Parme, alors que le récit du Borboniana semble les donner pour quasi contemporains.

      13. Après avoir levé le siège de Paris, en septembre 1590, Henri iv avait assiégé Rouen, sans plus de succès, de décembre 1591 à mai 1592. V. note [44], lettre 197, pour la place forte du Pont de l’Arche.

      14. Humiliante.

      15. Une pourriture dite noble (mais malodorante) était alors signe qu’une plaie évoluait favorablement.

      16. Mais, et ainsi.

  3. L’historien espagnol Carlos Coloma (1573-1637) a été plus disert sur le commandeur Don Juan Moreo (Moré dans le manuscrit du Borboniana) dans ses Guerras de los Estados Baxos desdo el año de m.d.lxxxviii hasta el de m.d.xcix [Guerres des Pays-Bas de 1588 à 1599…], {a} comme en a attesté J. Du Mont, baron de Carels-Croon, dans son Corps universel diplomatique du droit des gens… {b} avec ce commentaire et la traduction de cet extrait (tome ii,, première partie, page li) :

    « Mais puisque nos historiens ne font aucune mention du commandeur Moreo, qui fut le principal instrument du traité de Joinville, {c} je crois que l’on sera bien aise d’apprendre quelques particularités de sa vie. Voici donc ce qu’en dit Don Carlos Coloma dans le troisième et le septième livre de son histoire des guerres de Flandres.

    “ Le trentième d’août 1590 mourut à Meaux le commandeur Juan Moreo, homme adroit, vif et pénétrant qui, de pauvre chevalier de Malte, parvint à un si haut degré d’autorité et de réputation qu’il fut le premier mobile des guerres civiles dont la France fut si longtemps agitée. Distributeur prodigue de l’argent de son roi, négociateur hardi et heureux à suborner ceux dont il voulait acheter les services, tellement maître de l’esprit et du cœur du duc de Guise qu’il le rendit tout espagnol, et le plus irréconciliable ennemi des huguenots et de leurs fauteurs, sans nulle exception, ce fut lui qui fit entrer dans la Ligue Balagny, seigneur de Cambrai, {d} et qui l’affermit dans ce parti en lui payant ponctuellement douze mille ducats par mois. {e} Comme il mourut au sortir d’un festin, ce fut le bruit commun que le duc de Parme, qui se trouvait alors à Meaux, l’avait fait empoisonner pour se venger de certaines lettres que ce gentilhomme avait écrites contre lui à la cour d’Espagne. ” […]

    Enfin, il est certain que la Ligue de Joinville fut aussi fatale aux Pays-Bas qu’à la France ; et que si Philippe ii eût employé à la défense de ces provinces les millions qu’il envoya aux Guise et aux autres chefs de l’Union, il fût venu à bout des Hollandais, qui sont assurément encore plus obligés de leur établissement à sa mauvaise politique qu’à leur courage. »


    1. Anvers, Pedro et Iuan Bellero, 1625, in‑4o de 579 pages, non traduit en français.

    2. Amsterdam et La Haye, P. Brunel et al. 1726, in‑4o.

    3. Conclu entre les Guise et Philippe ii le 31 décembre 1584.

    4. Jean ii de Montluc, v. notule {a}, note [55] du Borboniana 1 manuscrit.

    5. Trois à six fois autant de livres tournois selon qu’il s’agissait de ducats d’argent ou d’or (v. note [52] de l’Autobiographie de Charles Patin).

Ces trois références complémentaires expliquent mais ne confirment pas le duel entre Moreo et Farnèse, à coups de poisons, que relate le Borboniana.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 10 manuscrit. Note 10

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(Consulté le 26.06.2022)

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