À Charles Spon, le 16 novembre 1643
Note [11]

Pierre Yvelin (Paris 1610-1670) avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1635 après avoir été mêlé, comme bachelier, à la querelle de 1633-1634 sur les eaux de Forges, entre Charles i Bouvard et la Faculté (v. note [15], lettre 17). Il était le fils de Guillaume Yvelin, médecin « spagirique et distillateur » de Louis xiii. Il hérita de ces charges auprès du roi avec en outre, celles de médecin de la duchesse d’Orléans (Triaire, Baron et Adam). À Mardyck en 1658, au chevet de Louis xiv, Yvelin s’opposa à l’emploi de vin émétique (v. note [7], lettre 122) que proposaient Esprit et Du Sausoy, tandis que Guénault hésitait (v. lettre à André Falconet du 24 septembre 1658). Yvelin fit partie des médecins qui assistèrent impuissants Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans dans sa brève et dernière maladie (v. note [12], lettre 990).

Louviers (Eure) fut après Loudun le théâtre d’une épouvantable affaire de possession, dont Madeleine Bavent, religieuse née en 1607, fut l’héroïne. Sous ombre d’assujettissement au diable, un franciscain dénommé David avait transformé le couvent de Louviers en un lieu de débauches inouïes. Comme toutes ses sœurs, la pure Madeleine tomba sous sa coupe. Après la mort de David, Madeleine devint l’âme damnée du prêtre, dénommé Picart, qui succéda au moine débauché, et de son vicaire, Bouillé. Le dénouement tragique de l’affaire de Loudun inspira Madeleine, qui se déclara possédée du démon ; elle fut emprisonnée et une longue enquête commença. Yvelin plaida la supercherie :

« Sur 52 religieuses, il y en avait six possédées qui eussent mérité correction ; 17 autres, les charmées, étaient des victimes, un troupeau de filles agitées du mal du cloître ; elles sont réglées, mais hystériques, gonflées d’orages à la matrice, lunatiques surtout et déréglées d’esprit. La contagion nerveuse les a perdues. La première chose à faire est de les séparer ».

Yvelin rédigea deux mémoires : l’un, signé, Examen de la possession des religieuses de Louviers (Paris, sans nom, 1643, in‑8o) ; et l’autre, anonyme, Apologie pour l’auteur de l’Examen de la possession des religieuses de Louviers. À Messieurs L’Empérière et Magnart, médecins à Rouen (Rouen, sans nom, 1643, in‑4o).

La mort de Richelieu avait mis l’enquête en sommeil. Elle ne se dénoua qu’en 1647, quand le Parlement ordonna : « 1o qu’on détruisît la Sodome de Louviers ; 2o que les filles fussent rendues à leurs parents ; 3o que désormais les évêques de la province envoyassent quatre fois par an des confesseurs extraordinaires aux maisons religieuses pour rechercher si ces abus immondes ne se renouvelaient point. » Le corps de Picart, mort dans l’intervalle, fut déterré et brûlé ; Boullé fit amende honorable, puis monta sur le bûcher ; Madeleine finit ses jours au fond d’un cachot (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643. Note 11

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(Consulté le 16.07.2020)

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