À Hugues de Salins, le 28 mars 1656
Note [11]

Joannis Guyoti de Garamberio, Equitis Nivernensis, Doct. Monsp. Collegii Med. Divionens. Decani, divinæ Naturæ, artisque sacræ Triumphus, hoc est enarratio et enodatio Medico-Theologica insignis, rari et naturalis non miraculosi affectus, ad medicos Belnenses [Triomphe de la nature divine et de l’art sacré, qui est l’explication et l’éclaircissement médico-théologique d’une affection remarquable rare et naturelle, et non pas miraculeuse, dédiée aux médecins de Beaune par Jean Guiot de Garambé, chevalier du Nivernais, docteur de Montpellier, doyen du Collège des médecins de Dijon] (Bâle, Georg Decker, 1653, in‑8o).

Le livre commence (pages 4‑6) par l’observation, à partir d’août 1647, d’une fièvre avec un impressionnant cortège de symptômes cutanés, généraux puis cérébraux, chez une jeune fille de douze ans. Nommée Catherine Le Blanc, elle était éduquée au couvent (in ædibus, ne dixerim carceribus Religiosarum [dans une maison, pour ne pas dire une prison de religieuses]) et appartenait à la haute bourgeoisie de Beaune (Nobilis in suprema Divionensis Curia Patroni, Philiberti Le Blanc, Belnensis, affinis nostri dilectissimi, lectissima filia [fille très distinguée du noble Philibert Le Blanc, natif de Beaune, avocat au parlement de Dijon, notre très affectionné parent]). Les médecins avaient présagé sa mort prochaine, mais des bains dans les eaux d’Alise (v. note [12], lettre 301) permirent une guérison rapide et complète en mars 1649 ; ce qui fit croire à certains que l’intercession de sainte Reine, patronne de ces sources minérales, avait provoqué un miracle.

L’ouvrage se termine (page 71) sur une Censura [un jugement critique], à la fois théologique et médicale, qui éclaire son propos et les circonstances de sa publication à Bâle :

Non equidem falcem nostram in messem medicam mittere gestimus : Statuimus tamen, Nobiliss. et præclaris. Virum D. Johan. Guitum de Gramberio Nivernensem et Doctorem Medicum Monspeliensem, etc. præsenti hoc Scripto suo literatissimo, iis, qui circa curam morborum, idolatrica sibi fingunt miracula (sicuti miseri mortales ad hujusmodi aliaque a peccato trahuntur mala) dextre, egregie et othodoxe larvam detraxisse.
Ita censuimus Professores Theologi in Academia Basileensi, et horum nomine,
Sebast. Beckius Ord. Dec.

Scriptum hoc Nobliss. et Clariss. D. Johan. Guioti Medici, quoad contenta Medica, elegans, ingeniosum dignumque quod in lucem prodeat, cum Decanatus munere adhuc fungeretur, censuit
Johan. Jacobus a Brunn Medic. Professor in Universitate Basileensi
.

[Nous ne brûlons certes pas du désir de lancer notre faux sur la moisson médicale ; nous avons pourtant décrété que, par son présent écrit fort savant, le très noble et très illustre M. Jean Guiot de Garambé, natif du Nivernais et docteur en médecine de Montpellier, etc., a habilement, bellement et sainement arraché le masque de ceux qui s’imaginent des miracles idolâtriques dans la cure des maladies (tout comme le péché entraîne les misérables mortels à de mauvaises actions et autres choses de cette sorte).
Ainsi les professeurs en théologie de l’Université de Bâle en ont-ils jugé, et en leur nom,
Sebastian Beck, {a} doyen de la Compagnie.

Johann Jakob von Brunn, {b} professeur de médecine de l’Université de Bâle,
a jugé que, quant à son contenu médical, cet écrit du très noble et très illustre M. Jean Guiot, médecin, est beau, ingénieux et digne d’être publié, avec l’aide d’une donation du doyen].


  1. Théologien suisse (1583-1654) qui professa à Bâle, dans les chaires de l’Ancien puis, à partir de 1619, du Nouveau Testament.

  2. Médecin natif de Bâle (1591-1660), docteur de cette Université (1615) dont il occupa les chaires de botanique et d’anatomie (1625), puis de médecine pratique (1629), auteur d’un ouvrage intitulé Systema materiæ medicæ… [Système de matière médicale…], publié en 1630 et réédité plusieurs fois par la suite (Éloy).

Jacques Lelong (Bibliothèque historique de la France…, Paris, Jean-Thomas Herissant, 1768, in‑fo, tome 1er, page 183, § 3207) ajoute :

« Le but de cet ouvrage est de montrer que les eaux de Sainte-Reine, qu’il appelle Sancta Rhena, ne guérissent que parce qu’elles sont minérales, et que la sainte n’a aucune part à leur guérison. Comme l’auteur était de la Religion prétendue réformée, il parle librement. Guy Patin, pag. 183, seconde lettre à Spon, parle de cet ouvrage. Il en estime le dessein : les eaux de Sainte-Reine ne font pas de miracles, dit-il. »

Dans sa lettre latine du 4 janvier 1657, Guy Patin a élogieusement parlé de ce livre à son ami Johannes Antonides Vander Linden.

Notre édition contient une lettre de Guiot de Garambé à Patin, datée du 6 décembre 1656 et parlant de son livre.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 28 mars 1656. Note 11

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0437&cln=11

(Consulté le 18.04.2021)

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