À Jan Van Hoorne, le 9 octobre 1668
Note [11]

Dans les Illustrium et clarorum Virorum Epistolæ selectiores, Superiore sæculo scriptæ vel à Belgis, vel ad Belgas. Tributæ in Centurias ii. in quibus multa Theologica, Politica, Ecclesiastica, Historica, quædam etiam Iuridica et Medica… [Lettres choisies d’illustres et brillants hommes, écrites au siècle dernier, à des Flamands ou par des Flamands. Distribuées en 2 centuries, où il y a abondance de matière théologique, politique, historique, et même juridique et médicale…] (Leyde, Louis Elsevier, 1617, in‑8o), la lettre lxxii de la première centurie est celle que Johannes Metellus (Jean Matal, humaniste franc-comtois, vers 1517-1597) a écrite de Cologne, le 15 avril 1565, Eruditissimo viro D. Georgio Cassandro, Theologi, etc. Xantis [au très savant M. Georgius Cassanderus (Georges ou Joris Cassander, 1513-1566, humaniste flamand), théologien, etc., à Xanten (en Westphalie)] ; il y donne ce récit (pages 372‑373) de la mort d’André Vésale, sur l’île ionienne de Zante (v. notule {a} de la note [11], lettre 821), le 15 octobre 1564 :

Vesalius, certa sponsione pecuniæ, quo magis prædives ditesceret ; ex Hispania, superiore anno, Hierosolynam profectus est, neq. se mercatoribus, sed peregrinis comitem adiunxerat : sibique satis sordide de commeatu et annona providerat. Inde rediens, à quodam Georgio Bouchero Nurembergense, ex Ægypto, civitateque Cayro redeunte, in intinere repertus fuit, quem is ad se pertraxit : ita, ut navim suam ille, ut se comitem ei iungeret, reliquerit. Totos xl dies tempestatibus acti, terram adpellere cum non possent, ipseque Vesalius nimis tenuiter, præ sordibus, sibi de pane, aquaque providisset, ac multi morerentur, inque mare demum abijcerentur, animi languoribus, ac timore, in morbum incidit, sæpe nautas rogans, ne se in mare, si moreretur, proijcerent. Tandem navicula, Zacynthum adpulit, à qua, cumprimum desiliisset ; eam urbem ingrediens, ante ipsam portam, mortuus est ; cui, saxum posuit is qui hæc refert, eius comes. Hunc exitum, viro alioqui claro, nimius pecuniæ ardor dedit ; quem, multas in humani corporis partibus cognoscendis litteras extinguere debuisse, tibi videretur.

[Vésale, sur la promesse assurée d’une bonne somme d’argent, car il était fort avide à en gagner, avait quitté l’Espagne, l’année précédente, pour Jérusalem ; il ne s’était pas attaché la compagnie de marchands, mais de pèlerins, en se munissant assez misérablement en vivres et en provisions. À son retour de là-bas, il a rencontré en chemin un certain Georgius Boucherus, natif de Nuremberg, qui revenait du Caire en Égypte et qui l’a invité à l’accompagner ; si bien que Vésale a quitté son navire pour se joindre à lui. Ils ont enduré les tempêtes durant 40 jours entiers, sans possibilité de toucher terre, et par avarice, Vésale ne s’était que fort pauvrement pourvu de pain et d’eau. Beaucoup mouraient, dont on finissait par envoyer les corps dans la mer ; agité par les langueurs d’âme et par la peur, il tomba malade, demandant souvent aux matelots de ne pas le jeter à l’eau s’il venait à trépasser. Le petit navire aborda enfin à Zante et il le quitta précipitamment en sautant à terre ; il mourut en entrant dans la ville, devant la porte même. Son compagnon, qui relate ces faits, lui a dressé un tombeau. La passion excessive de l’argent a valu ce trépas à un homme qui autrement a brillé en tout ; vous vous figurerez ainsi la quantité d’écrits dont elle nous a privés pour éclairer la connaissance des parties du corps humain].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Jan Van Hoorne, le 9 octobre 1668. Note 11

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(Consulté le 30.11.2020)

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