Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3c. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université
Note [11]

The Irish Ecclesiastical Record [La Chronique ecclésiastique irlandaise] (volume xiv, juillet-décembre 1904, 4e série, Dublin, Browne et Nolan, 1903) contient (pages 24‑45) un article de Patrick Boyle intitulé Irishmen in the University of Paris in the 17th and 18th centuries [Les Irlandais de l’Université de Paris aux xviie et xviiie siècles]. L’auteur y parle de cette dispute (pages 27‑28) et fournit une liste des Irlandais qui ont été procureurs de la Nation d’Allemagne.

  • Roger O’Moloy, licencié en théologie de Sorbonne, était un Irlandais très influent de la Nation : il en avait été procureur à trois reprises (1635, 1642 et 1648), avant d’en devenir doyen en 1652, puis de nouveau procureur en 1657 et en 1663. O’Moloy avait enseigné la philosophie à Charles Patin dans les années 1640 au Collège de Presles-Beauvais (v. première notule {a}, note [32], lettre 149).

  • Alexander Pendric n’était pas irlandais (comme écrivait ici Guy Patin), mais écossais (ce qui explique leur querelle) ; il ne figure donc pas dans la liste des procureurs irlandais de la Nation d’Allemagne. Il en tenait lieu en juin 1651, lors de l’élection de François Du Monstier dans la fonction de procureur fiscal de l’Université (v. sous-notule {ii}, notule {d}, note [37] des Affaires de l’Université en 1650‑1651). Comme on verra plus loin dans ce chapitre, Pendric obtint la pleine charge de procureur en août 1652.

Boyle a extrait des Registres des conclusions de la Nation d’Allemagne et donné en anglais (probablement la langue originale de ce texte, mais je n’ai pas eu accès à la source pour vérifier qu’il n’était pas rédigé en latin) les sept articles d’une intéressante résolution des maîtres irlandais (pages 28‑29) :

Convention or Articles of Agreement entered into by the Irish Masters of the German Nation of the University or Paris.

  1. It was agreed and determined amongst the said Irish Masters that as often as any of them shall have a matter in dispute with any English, Scotch, or Continental Master, in the said Nation, all the other Irish Masters shall support such suit with their votes and influence, provided it shall appear right and just to the majority of them, nor shall any of them abstain from giving his vote.

  2. It was agreed that as often as any of ours shall petition for his own personal advantage, or for the general advantage of all the Masters, either present or future, all shall be bound to support his petition by their votes, provided such petition shall seem to the majority right and just.

  3. It was agreed amongst the said Irish Masters, that all shall unanimously by their votes resist, as far as in them lies, the making of statutes which may be prejudicial to the Irish Masters at present existing, or who shall hereafter exist in the said Nation, and they shall use every effort to effect the abrogation of the statutes previously made containing such prejudice.

  4. The said Masters agreed that should any suit arise concerning the general good of all present or future, all shal be bound to contribute towards the expenses necessary to prosecute the suit.

  5. If any contention or suit shall arise amongst any of the Irish Masters, it shall be lawful for the others to act in te matter as their conscience shall dictate.

  6. Should anything in the affairs of the said Nation appear to be really injurious to us Irishmen or our successors, all and each shall be bound to give notice to the senior Master for the time being, and he shall be bound to summon the others as soon as possible to deliberate on that question : all shall be bound to attend, and should any one be legitimately hindered he shall be bound to give his proxy to some one of those present whom he shall name.

  7. No present or future member of the Nation shall benefit by his agreement unless he subscribe to the terms of it, nor shall any of the subscribers be bound in any circumstances to support a non-subscriber by his vote

To these articles, the undersigned unanimously subscribed and promised in conscience to keep this agreement secret.

16th October 1651.

[Convention ou articles de l’accord passé entre les maîtres irlandais de la Nation d’Allemagne en l’Université de Paris.

  1. Il a été convenu et arrêté entre lesdits maîtres irlandais que chaque fois que l’un d’eux aura un différend avec un maître anglais, écossais ou continental en ladite Nation, tous les autres maîtres irlandais le soutiendront de leurs votes et de leur influence, dans la mesure ou cela semblera juste et bon à la majorité d’entre eux, et aucun d’eux ne s’abstiendra de voter.

  2. Il a été convenu que chaque fois que l’un des nôtres fera une requête à son propre avantage, ou pour l’avantage général, présent ou futur, de tous les maîtres, tous seront tenus de voter en faveur de sa requête, dans la mesure où elle semblera juste et bonne à la majorité.

  3. Il a été convenu entre lesdits maîtres irlandais que tous opposeront leurs votes, unanimement et tant qu’ils pourront, à la promulgation de statuts qui pourraient être préjudiciables aux maîtres irlandais exerçant présentement dans ladite Nation, ou qui y exerceront un jour ; en outre, ils devront user de toute leur influence pour obtenir l’abrogation des statuts anciens qui leur sont défavorables.

  4. Lesdits maîtres sont convenus qu’en cas de poursuite pénale concernant leurs communs avantages, tant présents que futurs, tous seront tenus de contribuer aux dépenses nécessaires au procès.

  5. Si un différend ou une action en justice naît entre les maîtres irlandais, quels qu’il soient, les autres seront en droit d’intervenir en cette dispute selon ce que leur dictera leur conscience.

  6. Dans les affaires de ladite Nation, si quoi que ce soit apparaît réellement faire injure aux Irlandais, qu’il s’agisse de nous ou de ceux qui viendront après nous, tous et chacun seront tenus d’en avertir le plus âgé des maîtres en exercice, qui devra convoquer une assemblée générale pour en délibérer ; tous seront tenus d’y assister ; et si l’un d’eux a une excuse légitime d’absence, il devra donner procuration nominale à l’un des maîtres présents.

  7. Nul membre de la Nation, présent ou futur, ne bénéficiera de cet accord s’il n’a pas souscrit à ses termes, et aucun des souscripteurs ne sera tenu de voter pour soutenir un non-souscripteur.

Les soussignés ont unanimement souscrit à ces articles et promis en conscience de garder notre convention secrète.

Le 16 octobre 1651].

Bien qu’elle fût secrète, cette convention, corporatiste et séditieuse, fut mise au jour, créant un vif émoi au sein de la Nation d’Allemagne. Le procureur fiscal de l’Université somma les maîtres irlandais de s’expliquer sous serment et de dénoncer l’auteur de l’accord, mais en vain. La graphie du manifeste fit porter les soupçons sur un maître dénommé John Molony : il reconnut sa culpabilité, se rétracta, présenta des excuses et l’affaire finit par s’éteindre. Le puissant esprit de corps qui unissait les Irlandais de la Nation d’Allemagne (à tel point que Guy Patin l’a par erreur appelée Natio Hybernica [Nation d’Irlande], v. infra note [26]) peut surprendre aujourd’hui, mais il convient de le situer dans son contexte : entre mars et août 1651, l’« Affaire des Hibernois » (v. supra note [8]) avait fracturé leur communauté et aidé les jésuites à progresser vers la bulle papale contre le jansénisme (Cum occasione), promulguée en 1653 ; si les Irlandais voulaient conserver leur emprise sur la Nation d’Allemagne après ce violent coup de semonce, ils devaient impérativement se ressaisir pour rétablir entre eux la concorde.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3c. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université. Note 11

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(Consulté le 15.07.2020)

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