Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 8 manuscrit
Note [11]

Francisci Insulani ad Josephi Scaligeri Epistolam Responsio. Atque interea de exacta anni emendatione. Ad illustrissimum virum Philippum Huraltium Chevernium Franciæ procancellarium [Réponse de Franciscus Insulanus à la lettre de Joseph Scaliger. Avec, au passage, ce qu’il en est de l’exacte correction de l’année. {a} Adressée à l’illustrissime M. Philippe Hurault de Chiverny, chancelier de France] {b} (Paris, Ioannes Richerius, 1583, in‑4o de 22 pages) :

« Le ciel, dit la rumeur, a attaqué les gigantesques Scaliger, et te voici, le plus jeune, qui t’élèves contre le ciel. Je ne me glorifie que d’une chose : c’est que le ciel, c’est que ma piété aient fait de moi ton ennemi. » {c}


  1. Les cinq dernières pages du poème sont consacrées à la dispute sur la durée exacte de l’année : Insulanus y justifie la réforme grégorienne du calendrier que critiquait Scaliger, calviniste fort attaché au calendrier julien (vieux style, v. note [12], lettre 440) ; je n’y ai pas vu d’attaque directe contre sa conversion à la Réforme (en 1567, v. note [2] du Grotiana 1).

  2. V. note [4], lettre 589.

  3. Insulanus reprochait à Scaliger son incompétence en mathématiques (science qui incluait l’astronomie), avec cette strophe particulièrement rude (page 8) :

    Totus in aucupiis vocum nil Scaliger extra
    Limen Grammaticum spiras : De nomine nomen
    Rimari, de litterula tentare volumen,
    Et quoquoversum scholiis perfundere chartas,
    Hæ tibi erunt artes : Cœlum et mysteria tanti
    Arcani, Josephe, tibi interdicta memento
    .

    « Te consacrant tout entier à pourchasser les mots, Scaliger, tu n’aspires à rien qui outrepasse les frontières de la grammaire. Fouiller un nom pour comprendre son sens, consacrer tout un volume à examiner une lettre minuscule, couvrir des pages entières de scolies en tous sens : voilà ton métier. Souviens-toi, Joseph, que le ciel et les mystères d’un si grand secret te sont interdits ! »


Dans la marge, Nicolas Bourbon (ou son transcripteur) a ajouté : « J’ai ces deux petits livres en ma possession ». Aujourd’hui, la Bibliothèque interuniversitaire numérique de la Sorbonne (NuBIS) (consultée le 26 janvier 2020) satisfait généreusement la curiosité de tous : outre les deux libelles d’Insulanus contre Scaliger, elle met en ligne ses vers intitulés In urbem Reditus [Retour en ville (à Paris)] (1583), et ses Poemata [Poèmes] (1576).

Insulanus n’avait sans doute, voire sûrement, pas eu accès à la lettre privée que Scaliger avait écrite à Patisson en avril 1582 : pour rédiger son Apologia, parue la même année, qui éreintait Lucain (v. supra notule {d}, note [10]), il lui suffisait bien d’avoir lu le commentaire de Scaliger sur Manilius, publié en 1579.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 8 manuscrit. Note 11

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8209&cln=11

(Consulté le 29.07.2021)

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