À Charles Spon, le 5 juillet 1652
Note [12]

Journal de la Fronde (volume ii, fos 100 vo et 101 ro, 25 juin 1652) :

« Le Parlement se devant assembler ce matin, comme il a fait, les chaînes sont demeurées tendues dans toutes les rues voisines du Palais, dont toutes les avenues ont été gardées par des compagnies des bourgeois afin que les présidents et conseillers fussent en sûreté. Il s’est néanmoins fait divers cris sur les avenues pendant que les conseillers y passaient pour entrer : les uns criaient “ Point de Mazarin ! ” et menaçaient de tout tuer si on n’y allait de bon pied, et d’autres “ La paix sans condition ! ”, ayant été gagnés pour cela ; ce que S.A.R. {a} ayant reconnu en entrant avec M. le Prince, a envoyé ordre aux officiers qui commandaient la garde des bourgeois de ne laisser entrer personne pour quelque sujet que ce fût. Leurs Altesses étant dans l’assemblée, on a commencé à délibérer sur la réponse du roi faite aux députés ; et le président Le Coigneux ayant dit qu’il serait à propos de savoir ce qu’elles voulaient répliquer aux articles qui sont contenus dans cette réponse touchant les sûretés que le roi leur demande en éloignant le cardinal Mazarin, à quoi S.A.R. ayant conféré sur ce sujet avec M. le Prince et résolu de s’en rapporter à ce que la Compagnie jugerait à propos, a répondu que, pour faire plus court, elle et M. le Prince déclaraient qu’ils souscriraient à tout ce que le roi avait souhaité par tous les articles de cette réponse, et qu’ils étaient prêts de donner toutes les sûretés que Sa Majesté leur demande, pourvu qu’elle éloigne le cardinal Mazarin, sans espérance de retour ; après quoi, le Parlement enverra ses députés à Sa Majesté pour tenir la conférence qu’elle souhaite, dans laquelle se trouveront aussi les députés de S.A.R. et de M. le Prince, pour régler tous les autres différends. Messieurs les Gens du roi ont aussi ordre de demander leur réponse là-dessus dans jeudi prochain, et déclarer qu’au cas qu’on leur voulût retarder plus longtemps, la Compagnie sera obligée de délibérer sur l’union. Cette délibération était achevée à midi et néanmoins, on n’est sorti qu’à trois heures à cause d’une grande rumeur qui s’est faite sur ce que le secrétaire de M. Ménardeau, conseiller de la Grand’Chambre qui était en prédicament d’être mazarin, s’étant présenté à une porte du Palais avec des armes pour y entrer et ayant été reconnu, a été fort maltraité et blessé d’un coup d’épée à l’épaule ; dont son maître ayant été averti et craignant de ne s’en pouvoir pas retourner en sûreté, envoya ordre à un capitaine de sa colonelle, nommé Le Secq, qui était posté avec sa compagnie au bout du Pont-Neuf, de s’avancer jusqu’à la petite porte du Palais qui est vis-à-vis le logis du premier président, afin de l’escorter à son retour ; à quoi ce capitaine ayant obéi et s’étant présenté à cette porte, a été pris pour mazarin par ceux qui étaient en garde, quoiqu’il ne le fût pas, ni personne de sa compagnie, mais cru tel seulement parce que M. Ménardeau est son colonel ; et on a commencé d’abord à tirer sur ces gens qui se sont trouvés investis, {b} les chaînes étant tendues de tous côtés, même sur le chemin qu’il avait tenu où elles avaient été baissées pour les laisser passer. On a en même temps jeté des pierres par les fenêtres sur sa compagnie, en sorte qu’il a été obligé de faire main basse ; {c} et comme il y avait environ 40 ou 50 personnes de résolution, ils ont fait deux décharges en se défendant et ont poussé ceux qui s’y étaient avancés vers eux jusqu’à la chaîne qui était tendue proche le cheval de bronze du Pont-Neuf, laquelle étant bordée de mousquetaires, piquiers et hallebardiers, les a empêchés de passer outre ; et ils se sont dispersés et sauvés en désordre, d’un côté et d’autre, après qu’il y a eu douze ou quinze blessés et huit ou dix de tués, tant d’une part que d’autre, entre lesquels est l’enseigne de cette compagnie. »


  1. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  2. Assiégés.

  3. Tuer sans merci.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 juillet 1652. Note 12

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(Consulté le 11.07.2020)

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