À André Falconet, le 12 octobre 1649
Note [13]

Le Courrier du temps, apportant ce qui se passe de plus secret en la cour des princes de l’Europe (Amsterdam [Paris], Sausonius, septembre 1649, 32 pages en huit cahiers de quatre pages) est une imitation de la Gazette consistant en un recueil de lettres datées du 1er août au 1er septembre 1649, prétendues émaner de diverses villes d’Europe et de France contre Mazarin.

On y lit, par exemple, à propos de la liesse qui avait embrasé Paris au retour du roi, le 18 août (pages 26‑29) :

« Cette joie si publique, qui a continué plusieurs jours et plusieurs nuits dans Paris, fait assez connaître l’imprudence de ce ministre de s’être si longtemps opposé au retour du roi, qui eût établi la confiance et empêché les désordres qui sont survenus dans les provinces pendant son absence ; mais il est difficile de vaincre la peur naturelle qui le saisit aux occasions les plus importantes. La bonté que la reine a pour lui, la protection que Son Altesse Royale {a} lui promit en ce rencontre, la valeur de M. le Prince, qui était à ses côtés, ne purent l’assurer. Il fallut encore négocier quelques jours auparavant avec les bateliers et acheter d’eux la paix ; encore ne fut-il pas satisfait de la promesse qu’ils firent d’oublier tout le passé pourvu qu’il voulût mieux vivre à l’avenir. Il lui fallut des otages, et en nombre considérable, qui lui furent présentés au Bourget. Ce ne fut pas encore assez, il leur fit renouveler leur parole en présence de Leurs Majestés. Véritablement, après une déclaration aussi favorable, son cœur se déserta, il ne put contenir sa joie, les embrassa avec tendresse, leur frappa dans la main et pour gagner leur confiance, il leur fit une ample distribution de louis d’or ; puis les entretint d’affaires d’État, leur parla de ses négociations et les voulut faire juges de sa conduite passée. Leur facilité à recevoir ses présents et le peu de contradiction qu’ils apportèrent à ses puissantes considérations politiques, appuyées d’un raisonnement élevé et confirmées par l’autorité de Machiavel, cité très à propos à ces dignes auditeurs, lui fit espérer qu’il pourrait avec le temps les gagner et les mettre de son côté. Pour s’insinuer davantage dans leurs esprits, il leur fit connaître avec beaucoup d’adresse de quelle considération ils étaient à l’État pour l’union et les forces d’un corps si considérable. Il s’enquit ensuite s’ils n’avaient point quelques intérêts particuliers ; et apprenant de leur bouche leur grande contestation avec les tonneliers, il déclara aussitôt qu’il s’en rendrait juge avec obligation de condamner les derniers comme les plus faibles et les moins à craindre. Enfin, il se sépara d’eux avec beaucoup de civilité, les reconduisit jusqu’hors de sa chambre, disant tout haut qu’ils étaient députés d’un corps auquel cet honneur était dû.
[…] Le corps des tonneliers ayant su la déclaration que cet arbitre équitable avait faite en faveur des bateliers, par cette seule considération qu’ils étaient les plus forts et les plus entreprenants, a fait union avec les crocheteurs et porte-chaises. Ils firent hier leur revue et se sont trouvés plus de douze mil, tous capables de jouer du pic et du croc, ce qu’ils ont fait savoir au cardinal Mazarin auparavant qu’il jugeât leur différend avec les bateliers. L’on ne doute plus qu’il ne se déclare pour les derniers qui sont les plus forts, si ce n’est qu’à son ordinaire il veuille négocier et se rendre médiateur entre des personnes si considérables à l’État. Le sieur Saintot, ambassadeur du cardinal Mazarin au royaume des Halles, y a été envoyé pour faire une alliance offensive et défensive entre ces peuples et Son Éminence. Il n’y a pas trouvé la facilité qu’il s’était promis, n’ayant pu obtenir d’eux qu’une trêve pendant quelques mois, et encore ç’a été à condition qu’on leur ôterait les taxes qu’on avait mises sur les boutiques de leur Cité. »


  1. Gaston d’Orléans.

Ce libelle, où bateliers et tonneliers désignent sans doute le Parlement et la Ville de Paris, est attribué à Antoine Fouquet de Croissy, secrétaire du roi, puis conseiller au Parlement reçu en 1641 en la troisième des Enquêtes, l’un des plus ardents partisans du Grand Condé au temps de la Fronde (Popoff, no 1240, et Jestaz).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 12 octobre 1649. Note 13

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(Consulté le 30.11.2020)

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