À Charles Spon, le 22 février 1656
Note [13]

« parce que les raretés ne constituent pas le fond de l’art et ne concourent guère à mieux remédier. »

Guy Patin empruntait le début de son latin à l’Historia vesicæ monstrosæ, magni Casauboni [Histoire de la prodigieuse vessie du grand Casaubon (v. note [8], lettre 36)] écrite par Brovardus (François Béroalde de Verville ou François Brouard, v. note [4], lettre 436), qui a été imprimée (pages 271‑272) dans l’Exercitatio in Hippocratis aphorismum de calculo [Étude sur l’aphorisme d’Hippocrate à propos du calcul urinaire] de Johannes Beverovicius  (Leyde, 1641, v. Beverwijk a dans notre Bibliographie) :

Fatendum ignotam fuisse tot malorum caussam, et deceptos medicos omnes, quorum alii calculum prægrandem adesse, alii ulcus in vesica, quidam tumorem aquosum, partim inter musculos, et peritonæum existentem, occupare autumabant. Rara non sunt artis, et in conjecturis, quantumvis artificialibus, parum est fiduciæ. Errorem suum confiteri ingenui est. In rebus inauditis, et nulli visis decipi non turpe. Observata (licet prognosi potius, quam therapiæ idonea) posteris pandere non inglorium.

[Il faut avouer que la cause de tant de maux est demeurée inexpliquée et que tous les médecins s’y sont trompés : les uns pensaient qu’il y avait un énorme calcul ou un ulcère dans la vessie, et les autres, qu’il s’agissait d’une collection liquide infiltrée entre les muscles de la paroi abdominale et le péritoine. Les raretés ne constituent pas le fond de l’art {a} et il ne faut guère se fier aux conjectures, si habiles puissent-elles être. Confesser son erreur est le propre de l’homme bien né. Il n’y a pas de honte à être abusé par les choses inouïes et que nul n’a jamais vues. Il n’est pas déshonorant de transmettre son observation à la postérité (bien qu’elle puisse plutôt concerner le pronostic que la thérapeutique)]. {b}


  1. J’ai emprunté la traduction de cette expression à L’Encyclopédie, qui l’a reprise (sans citer sa source) dans sa définition du mot Feu :

    « Ce que nous venons de dire de l’inutilité pratique des mesures physiques de la chaleur, n’empêche point qu’on ne fût très sage d’y avoir recours, si dans un procédé nouveau et extrêmement délicat, la nécessité d’avoir des degrés de feu déterminés rigoureusement, constants, invariables, l’emportait sur l’incommodité de ces mesures. Les bains bouillants d’huile, de lessive {i} plus ou moins chargée, de mercure, et même de diverses substances métalliques tenues en fusion par l’application de la plus grande chaleur dont elles seraient susceptibles ; ces bains, dis-je, fourniraient un grand nombre de divers degrés fixes et constants, et qu’on pourrait varier avec la plus grande précision : mais les cas où il serait nécessaire de recourir à ces expédients sont très rares, si même ils ne sont pas de pure spéculation, et par conséquent ils ne constituent pas le fond de l’art, rara non sunt artis. »

    1. « En termes de chimie, lessive, ou léxivation, est l’action par laquelle on fait passer plusieurs fois sur de l’eau chaude des cendres de végétaux ou la chaux des minéraux, et même des terres qui contiennent quelques sels ; par le moyen de quoi ces sels se dissolvent, les eaux s’en imprègnent, et cette eau étant évaporée ou cuite à sec, elle laisse au fond le sel dont elle est imprégnée » (Trévoux).

  2. Le dessin anatomique qui accompagne cette relation de l’autopsie d’Isaac Casaubon dans les Isaaci Casauboni Epistolæ… [Lettres d’Isaac Casaubon…] (Rotterdam, Caspar Fritsch et Michael Böhm, 1709, in‑4o, page 60) montre un gigantesque diverticule vésical.

Pour en venir à la dame tourangelle dont Patin relatait ici l’observation, elle combinait une arythmie cardiaque (probable fibrillation atriale), un abcès cérébral (probable ramollissement cérébral) et une dilatation de la veine artérieuse du cœur (artère pulmonaire par probable hypertension artérielle pulmonaire) : tout cela pouvait répondre à un diagnostic de sténose mitrale avancée (rétrécissement serré de la valve séparant l’oreillette gauche du ventricule cardiaque gauche).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 février 1656. Note 13

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0433&cln=13

(Consulté le 18.04.2021)

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