À André Falconet, le 12 décembre 1659
Note [13]

Charles Patin a tiré grande fierté de son professorat de pathologie à la Faculté de médecine de Paris, comme en atteste ce qu’il en a dit dans son autobiographie (Lyceum Patavinum… [v. note [32], lettre 146], pages 88‑89) :

Medicis occupationibus immerso, mihi novam adjecit Fortuna : Cum enim Doctor Lopez Burdegalam ire de repente destinasset, pathologicæ suæ professioni, quæ scholæ primaria est, valedixit. Convocata subito saluberrima Facultas, cujus est unum e suis ad id muneris destinare, Electores quinque ex adstantium Medicorum numero pro more nuncupavit, quorum consensu tres proponerentur : Horum nominibus in urnam immissis, Decani manu unum extrahitur quor Carolum Patinum exhibuit : Hac prius declarata conditione, ut qui Professor renuntiaretur, statim doceret, nulla orationis inauguralis ob temporis angustias habita ratione. Sic ea ætate qua fortasse nullus unquam Parisijs docuit, cathedram conscendi, et facta muliebris cadaveris copia primam illius anni anatomiam in publico scholarum theatro celebravi, dissectore P. Emmerez Chirurgo peritissimo. Quo successu hæ peracta sint, meum non est declarare : Quingenti medicinæ studiosi quos nunc tot doctores opinor, rei gestæ testimonium ferant : Ferant et chirurgiæ tyrones qui artis præcepta a me tunc certatim expetebant, quibus suffragante saluberrimæ Facultatis decreto, per aliquot subsequentes annos morem tuli, tumorum historiam aperiendo, vulnera, ulcera, luxationes, fracturasque sanandi modum tradendo, operaque magna chirurgica in cadaveris exercitando. Cum autem dissectiones explicarentur vernacule, mirum quantus Aulicorum Matronarumque concursus ædes meas cohonestaverit : Increbuerat quippe rumor me singulas corporis actiones, singulasque ejus partes, data opera explicare, ut nisi esset quod pudicis auribus negotium facesseret.

[Je m’absorbai alors dans mes occupations médicales, quand la dive Fortune me sourit de nouveau : comme en effet le docteur Lopès {a} avait subitement été appelé à se rendre à Bordeaux, {b} il abandonna sa charge de professeur de pathologie, qui est la plus importante de l’École. La très salubre Faculté fut aussitôt convoquée {c} pour attribuer cette chaire à l’un de ses docteurs. Selon la coutume, elle désigna {d} cinq électeurs parmi les présents, {e} qui s’entendirent pour proposer trois noms. {f} Les trois billets furent mélangés dans l’urne et la main du doyen en tira un qui fut celui de Charles PATIN. La condition avait été préalablement posée que celui qui serait proclamé aurait dispense du discours inaugural habituel, pour enseigner sans délai, étant donné le peu de temps dont on disposait. C’est ainsi que je devins titulaire de la chaire à un âge {g} auquel personne n’avait encore professé à Paris. Je dirigeai la première anatomie publique de cette année-là {h} dans l’amphithéâtre des Écoles sur le cadavre d’une femme qui avait eu la bonne fortune de m’échoir ; le dissecteur fut Paul Emmerez, chirurgien fort expérimenté. {i} Il ne m’appartient pas de représenter avec quel succès j’ai rempli les devoirs de ma charge : quantité {j} d’étudiants en médecine, qui, je pense, sont maintenant {k} tous docteurs, témoigneront de ce que j’ai accompli ; tout autant que les apprentis chirurgiens qui désiraient apprendre de moi les préceptes de l’art ; {l} en vertu d’un décret que la très salubre Faculté avait voté, je leur ai enseigné, pendant les quelques années qui ont suivi, la manière de connaître l’histoire des tumeurs, de traiter les plaies, les ulcères, les luxations et les fractures, et d’exécuter les grandes opérations de chirurgie sur des cadavres. Comme aussi je commentais les dissections en français, un grand concours de courtisans et de dames me fit l’honneur de venir y assister chez moi. La rumeur enflait disant que j’expliquais chacune des fonctions du corps et de chacune de ses parties en prenant soin de ne rien dire qui pût offenser de chastes oreilles]. {m}


  1. François Lopès, v. note [46], lettre 442.

  2. Pour aller y soigner le prince et la princesse de Conti, avec permission de la Faculté le 23 novembre 1658, renouvelée le 25 octobre 1659. Les précisions historiques fournies dans les notules sont extraites du tome xiv des Comment. F.M.P., année 1659, sous la plume du doyen François Blondel.

  3. Par tirage au sort.

  4. Le 18 novembre 1659.

  5. Trois anciens qui étaient Guy Patin, Germain Préaux et Pierre Le Mercier, et deux jeunes, Armand-Jean de Mauvillain et Philippe Douté.

  6. Deux anciens, Philippe Hardouin de Saint-Jacques et Jean Garbe, et un jeune, Charles Patin.

  7. 26 ans.

  8. 1659.

  9. V. note [5], lettre 645.

  10. quingenti, qu’il semble excessif de traduire par 500.

  11. 1682.

  12. Charles Patin demeura professeur de pathologie jusqu’en novembre 1660.

  13. Comme les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris y étaient alors parfois autorisés, Charles Patin donna chez lui des leçons privées d’anatomie et de chirurgie.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 12 décembre 1659. Note 13

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(Consulté le 26.09.2020)

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