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Note [14]

Jean ii Riolan se fourvoyait : le premier ouvrage anatomique de Caspar Bauhin, De corporis humani partibus externis Tractatus, hactenus non editus [Traité sur les parties externes du corps humain, qui n’a encore jamais été publié] a paru à Bâle, ex Officina Episcopiana, en 1588 (in‑8o). La préface, Ad auditores Asclepiadeos præfatio [Aux asclépiades auditeurs (v. note [4], lettre 551)], contient deux passages qui ont directement trait au contenu du présent fragment.

  • Deux premières pages :

    Cum a teneris, a Parente meo felicis memoriæ, Ioanne Bauhino Seniore, privatim in toto Medicinæ studio, et maxime in Anatomico instituerer, tanta me eius ut et rei herbariæ cœpit delectatio […] ut me frequentissime cum aliis in utroque studio exercuerim privatim, usque dum in Italiam profectus, toto biennio multas, tam privatas in Nosocomio Patavino, quam publicas a Cl. Anatomico Hieronymo Fabricio ab Aquapendente, septem cadaverum licuit videre, manum etiam in privatis operi admovere : Ut et in Academia Bononiensi, Cl. Anatomico Iulio Cæsare Arantio præceptore. Verum maioris doctrinæ capessendæ gratia, Galliam adij, ubi, maxime vero Lutetiæ et publicis Anatomiis adstare, et privatis humanorum corporum sectionibus, ut succenturiatus, admovere licuit. Ita ut Anatomicum insignem D. Severinum Pinæum Chirurgiæ Doctorem, privatim et audire docentem et secantem adiuvare, ipsius voluntate mihi fuerit concessum. Hinc factum, ut aliquo pòst tempore domum reversus, volente Medicorum Collegio amplissimo, publicè corporis sectionem sim aggressus, et iam ab aliquot annis ei muneri, iisdem volentibus, præsim. Cum ergo penultima à me habita 7. Februa. anni 1586.

    [Dès ma plus tendre jeunesse, mon père, Jean Bauhin l’Ancien, d’heureuse mémoire, m’a formé en privé à l’étude de la médecine, et principalement à celle de l’anatomie et de la botanique. J’y ai pris tant de plaisir (…) {a} que je m’y suis très souvent exercé personnellement avec d’autres ; jusqu’au moment où je me suis rendu en Italie où, pendant deux années entières, {b} j’ai assisté à de nombreuses dissections : j’ai pu en voir sept réalisées par le très distingué Jérôme Fabrice d’Aquapendente, tant en public, à l’hôpital de Padoue, qu’en privé (où il m’a même permis de l’aider) ; et aussi de suivre l’enseignement de l’anatomiste Giulio Cesare Aranzio, à l’Université de Bologne. {c} En vue d’embrasser plus complètement la science médicale, je me rendis en France où, principalement à Paris, {d} il m’a été permis de voir des dissections humaines publiques et privées, et d’y mettre la main comme assistant ; j’ai ainsi eu le privilège d’être auditeur des leçons privées de l’insigne anatomiste, M. Séverin Pineau, docteur de chirurgie, {e} qui m’a même demandé de l’aider à disséquer. Quelque temps après mon retour à Bâle, le très fameux Collège des médecins m’a confié l’enseignement public de la dissection humaine, charge dans laquelle il m’a renouvelé depuis plusieurs années. L’avant-dernière anatomie que j’ai pratiquée date du 7e de février 1586]. {f}


    1. Omission d’une longue parenthèse concernant les talents de Jean Bauhin le Jeune, frère aîné de Caspar (v. supra notule {b}, note [12]). V. note [2], lettre latine 145, pour Jean Bauhin l’Ancien.

    2. Les années 1577 et 1578.

    3. Giulio Cesare Aranzio (Arantius, Bologne 1530-ibid. 1589) avait été élève d’André Vésale à Padoue.

    4. Le voyage de Bauhin en France eut lieu en 1579 (année où il disait avoir découvert la valvule iléo-cæcale) ; il séjourna à Paris et à Montpellier (Éloy).

    5. V. supra note [12] pour Séverin Pineau, que Bauhin honorait du titre de docteur en chirurgie, qui n’a pas existé en France avant le xviiie s.

    6. Caspar Bauhin a été reçu docteur en médecine à Bâle en 1580 et fut d’abord chargé d’y enseigner le grec en 1582 ; il fut nommé professeur d’anatomie et de botanique en 1588. L’acharnement qu’il met ici à prouver son expérience de l’anatomie fait penser que certains de ses contemporains la lui contestaient.

  • Huitième page, peu avant la fin :

    Tyronum enim artis nostræ,non doctorum gratia, calamum sumpsi. Quid a me sit observatum, quid item præstiturus sim, ex opere toto patebit, unum hoc addam, quod a nullo, quem quidem legerim, Anatomicorum traditum, nec in ulla Anatome visum, quod tamen in binis postremis Anatomiis, quas in hac nostra Academia habui, toti amplissimo consessui, oculis subieci, palpandum exhibui, valvulam nimirum in colo intestino, quo enim ileon Intestinum finit et appendix illa, Cæcum intestinum dictum, apponitur, ad Coli puta principium, insignis Valvula se offert, quæ ei patebit, qui Intestina omnia à fæcibus repurgarit, a Mesenterio separarit, et aquam per Rectum intestinum infuderit, non enim aqua ipsum Colon pertransibit : sin vero per duodenum infuderit, intestinum recta præterlabetur. Unde non semel mihi scrupulum movit, qua ratione Clysmata iniecta, ad tenuia pervenire possint Intestina : dubium auxit, casus rustici cuiusdam, cui me præsente vulnus ex tenuibus intestinis, casu, cum Peritonæo et omento adnatum esset, ante sesquiannum incisum fuit (qui tamen adhuc superstes vivit) cui cum sæpe clysmata forent iniecta ad alvum sollicitandam (cum fæces non per anum sed per vulnus reiiceret) nunquam tamen clysma ad vulnus pervenit, ut eo loci cum fæcibus reiiceretur, sed ut iniectum, ita etiam per anum rursum reiectum. Verum, integram hanc historiam legere qui volet, eam unà cum aliis novis et admirandis historiis, inveniet in libello (qui iam sub prælo est) de Partu Cæsareo, quem ex Gallico Latinum fecimus.

    [J’ai pris la plume pour l’agrément de ceux qui débutent dans notre art, et non pour celui des savants. On lira dans tout l’ouvrage ce que j’ai observé et ce sur quoi je travaille encore. J’y ajoute une seule chose que nul anatomiste n’a relatée, du moins que j’aie pu lire, et qui n’a été vue lors d’aucune dissection : c’est la valvule qui se trouve dans le côlon ; je l’ai encore montrée et donnée à palper à toute la nombreuse assemblée lors des deux dernières anatomies que j’ai dirigées dans notre Faculté. Là où se termine l’intestin grêle, en s’abouchant au cæcum, ce segment du côlon qui est appendu à son origine, il existe en effet une valvule remarquable : elle se montrera à celui qui aura vidé les intestins de toutes ses matières fécales, qui les aura séparés du mésentère, et qui aura injecté de l’eau par le rectum, car alors l’eau n’ira pas plus loin que le côlon ; mais si au contraire, on l’a injectée par le duodénum, elle s’écoulera sans obstacle tout le long des intestins. Voilà ce qui m’a plus d’une fois mené à me demander si les clystères injectés dans le rectum ont la possibilité de remonter dans l’intestin grêle. Le cas d’un paysan a accru mes doutes : il était né avec une hernie contenant du péritoine et de l’épiploon ; {a} voici un an et demi, on la lui a incisée en ma présence, en provoquant par accident une fistule de l’intestin grêle (il est pourtant toujours en vie) ; on lui a souvent injecté des clystères pour lui évacuer l’intestin (car les matières fécales sortaient non par le rectum, mais par la fistule) ; jamais pourtant le lavement n’est parvenu jusqu’à la plaie pour en sortir mêlé aux fèces, alors que le liquide administré était rejeté tel que par l’anus. Qui voudra lire intégralement cette histoire la trouvera, en même temps que d’autres observations nouvelles et admirables, dans l’opuscule (naguère imprimé) sur l’accouchement césarien, que j’ai traduit du français en latin]. {b}


    1. L’épiploon (ou omentum) est le nom qu’on donne au péritoine entourant l’intestin. Probablement Bauhin voulait-il dire que la hernie avait un contenu à la fois intestinal et péritonéal.

    2. V. supra notule {m}, note [8], pour cette traduction par Bauhin (Bâle, 1582) du livre de François Rousset sur la césarienne. Le chapitre intitulé Intestini citra mortem vulnerati historia [Observation d’une plaie de l’intestin chez un malade en vie] (pages 273‑380) m’a aidé à donner une traduction plausible du latin ardu, voire défectueux, que Bauhin a employé dans sa préface pour résumer son astucieuse observation de fistule intestinale.

      Dans le chapitre suivant de ce livre, intitulé Valvula in intestina Colo, Anno 1579. a me reperta [Valvule du côlon que j’ai découverte en 1579] (pages 380‑383), Bauhin explique l’expérience qui l’a mené à cette trouvaille :

      Dum Lutetiæ Parisiorum, studiorum gratia versarer, et inter cætera studia privatim in Anatomico studio cum Cl. Viro D.D. Thoma Coccio populari, me exercerem, contigit ut Anno 1579. dum inter ea, quæ a me dissecabantur, curiosius intestinorum structuram rimarer, ea penitus a Mesenterio liberarim, et ad eorundem fibras et tunicas considerandas, abluerem, aqua modo per Ieiunum, modo per Rectum intestinum infusa. Quod cum fatitarem, aquam per Ieiunum infusam facile, et quam citissime elabi observavi : per Rectum autem infusam Colon intestinum non pertransire, etiamsi intestinum leviter comprimeretur. Quare, quidnam eo loci occurrerer obstaculi, perquirere lubuit.

      [En 1579, tandis que je séjournais à Paris pour étudier, m’appliquant, entre autres matières, à l’anatomie, en compagnie de mon compatriote, le très distingué M. Thomas Coccius (reçu docteur en médecine à Bâle en 1582), il advint que, parmi les cadavres que je disséquais, j’explorai avec plus d’attention la structure des intestins. Les ayant entièrement libérés du mésentère, de manière à bien examiner leurs fibres et leurs tuniques, je les rinçai avec de l’eau que j’injectais tantôt par le jéjunum (deuxième segment de l’intestin grêle, entre le duodénum et l’iléon), tantôt par le rectum. Ce faisant, j’observai que l’eau pénétrait facilement dans le jéjunum et s’en écoulait très rapidement ; mais qu’injectée par le rectum, elle ne remontait pas au delà du côlon, même en le comprimant légèrement. J’ai trouvé bon de chercher ce qui faisait obstacle au passage de l’eau à cet endroit].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 16. Note 14

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(Consulté le 28.01.2020)

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