À André Falconet, le 6 mars 1663
Note [15]

Guy Patin renvoyait à la fin du chapitre contre Érasme, déjà cité, {a} des Erotemata [Interrogations] {b} du P. Théophile Raynaud (à la page 25, indiquée) :

Quanquam Basilius Poncius lib. 7. de matr. cap. i. num. 6. tanti esse apud plerosque Erasmum his verbis expostulat. [Pudet me, dum Catholicos ita Erasmi amore affectos video ; nos enim illius argutas ineptias admirantes, redidimus illustrem, dignum qui lateret, et Cimmeriis oblivionis tenebris cum omni sua prole sepeliretur.] Nec mitius de Erasmo pronunciatum a Iacobo Stunica, eo libro cui titulum fecit, Erasmi Roterodami blasphemiæ, et impietates. Videndus qui varias eius impietates, et adversus eum iudicia sapientum, addensat Gaspar Chicocius lib. i. alloquirum cap. 19. et 20.

[D’ailleurs, parmi bien d’autres, Basile Pontius (De Matrimonio, livre 7, chapitre i, § 6) {c} s’est plaint d’Érasme en ces termes : « J’ai honte de voir des catholiques aimer Érasme ; c’est qu’en effet, en admirant ses propos ineptes, nous le rendons brillant, quand il est digne d’être caché et enseveli, lui et toute sa postérité, dans les ténèbres cimmériennes {d} de l’oubli. » Et Jacobus Stunica n’a guère été plus doux avec Érasme dans son livre intitulé Erasmi Roterodami Blasphemiæ, et impietates. {e} Pour bien voir ses impiétés et en juger sagement, Caspar Chicocius les a condensées au livre i de ses Alloquiorum, chapitres 19 et 20]. {f}


  1. V. note [5], lettre 308.

  2. Lyon, 1653, v. note [7], lettre 205.

  3. R.P.M.F. Basilii Pontii Legionensis Augustiniani, apud Salmaticenses, Primariæ Cathedræ Moderatoris Primarii, de Sacramento Matrimonii Tractatus, cum Appendice de Matrimonio Catholici cum Hæretico…

    [Traité du feu R.P. Basilius Pontius, {i} de l’Ordre de saint Augustin, premier directeur de la première chaire de Salamanque, sur le Sacrement du mariage, avec un Appendice sur le mariage entre catholique et hérétique…]. {ii}

    1. Basilio Ponce de Leon (Grenade 1570-Salamanque 1629), théologien et canoniste augustin.

    2. Venise, Combi, 1645, in‑fo de 615 pages ; le passage cité est à la page 272, en haut de la 2e colonne.

  4. V. note [19], lettre 901, pour le commentaire d’Érasme sur les ténèbres cimmériennes (très profondes).

  5. Erasmi Roterodami Blasphemiæ et Impietates per Iacobum Lopidem Stunicam nunc primum propalatæ ac proprio volumine alias redargutæ.

    [Les Blaspèmes et Impiétés d’Érasme de Rotterdam, par Iacobus Lopides Stunica, {i} publiés pour la première fois en un volume particulier, mais qui ont été dénoncés ailleurs]. {ii}

    1. Diego Lopez Zuñiga, humaniste espagnol mort à Naples en 1533, a été un ennemi acharné d’Érasme.

    2. Rome, Antonius Bladus de Asula, 1522, in‑4o de sept feuilles.

  6. Alloquiorum Osiecensium variorum familiarum Sermonum Libri quinque. In quibus præter examen Anatomiæ Cichotinæ, pro Societate Iesu ante triennium editæ, Hæreticismi, progressus, et regressus, sive fluxus et refluxus repentini, præcipue per Regnum Poloniæ, Magnum Ducatum Lituaniæ, et alias adiacentes provincias in amplissimis familiiis historice narrantur. Tum eiusdem propositi continuatio, Angliam, Germaniam, Galliam, Hungariam, Silesiam, Moraviam percurrit, ad extremum et ipsam attingit Italiam. Ad laudem Dei omnipotentis, ad consolationem Catholicorum, et confusionem omnium quotquot sunt Hæreticorum, et Schysmaticorum. Authore eodem Caspare Cichocio, Canonico et Parocco Sendomiriensi

    [Cinq Livres de divers sermons familiers prononcés à Osieck. {i} Outre un examen de l’Anatomie de Cichotius, publiée voilà trois ans en faveur de la Compagnie de Jésus, {ii} y sont historiquement relatés les progrès et régressions, ou les flux et reflux de l’hérésie {iii} qui s’est soudainement répandue dans les plus grandes familles de Pologne, du grand-duché de Lituanie et des autres provinces adjacentes ; puis la continuation de son dessein qui s’est propagée en Angleterre, en Allemagne, en France, en Hongrie, en Silésie, en Moravie, et a même atteint l’Italie. À la louange de Dieu tout-puissant, pour la consolation des catholiques et la confusion de tout ce qu’il existe d’hérétiques et de schismatiques. Par ledit Caspar Cichocius, {iv} chanoine et curé de la paroisse de Sandomir]. {v}

    1. Chef-lieu de la gmina (commune) rurale homonyme de la Voïvodie de Mazovie, à 40 kilomètres au sud-est de Varsovie.

    2. Anatomia consilii editi de stabilienda pace Regni Poloniæ Iesuitis pulsis. Mendacia conficta a quodam anonymo impostore contra religiosum Societatis Iesu ordinem detegens. Auctore Gaspare Cichocki… [Anatomie d’un avis publié pour établir la paix du royaume de Pologne par les jésuites qui en ont été chassés. Dévoilant les mensonges inventés par un imposteur anonyme contre l’Ordre religieux de la Compagnie de Jésus. Par Caspar Cichockus…] (Cracovie, Andreas Petricovius, 1611, in‑4o de 126 pages.

    3. Le socinianisme, forme polonaise de l’arianisme : v. note [13], lettre 127.

    4. Caspar Cichocius ou Cichockus est le nom latin de Gaspar Sawicki (Vilna 1552-Francfort 1620), jésuite lituanien, reçu novice à Rome en 1576, qui professa la théologie polémique à Vilnus et accomplit de nombreux voyages au service de la Compagnie de Jésus. La suite de la présente notre fait état des incertitudes qui planent sur l’identité réelle de Cichocius (dont j’ai partout rectifié l’orthographe fautive de Chicocius).

      Sandomir (Sandomierz) est une ville de Pologne située à 200 kilomètres au sud de Varsovie.

    5. Cracovie, Basilius Skalskus, 1615, in‑4o de 540 pages.

    Les sermons 19 et 20 du livre i sont intitulés :

    • Excutitur Erasmi Rotherodami, in religione fluctuans ingenium, et ad Arianismum propensum [Examen critique du génie d’Érasme de Rotterdam, qui a fluctué en matière de religion et penché vers l’arianisme] ;

    • Iudicia Doctorum Virorum de Erasmo, eius origo, arrogantia, mordacitas, Calvini iudicium, et testimonium de Romana Ecclesia [Jugements de savants hommes sur Érasme, ses origines, son arrogance, son esprit caustique, son avis sur Calvin et son témoignage sur l’Église romaine].

Bayle (note B sur Sawicki) a tenté de résoudre les doutes de Patin :

« Le P. Théophile Raynaud ayant rapporté des choses désavantageuses à Érasme renvoie le lecteur à Caspar Cichocius. […] Patin, qui connaissait bien les livres et qui avait une très belle bibliothèque, demeura court sur celui-là ; et apparemment, il ne crut point qu’à Paris on lui en pût donner des nouvelles puisqu’il fit consulter l’oracle de Lyon, je veux dire l’auteur même qui avait cité Cichocius. […] Il ne nous apprend point si cet oracle fut consulté ni quelle fut sa réponse. Pour moi, je confesse ingénument que je n’ai point vu ce livre ; ceux à qui j’ai voulu m’en informer m’ont avoué franchement qu’ils ne se souvenaient pas d’avoir jamais ouï parler d’un tel auteur. Je croyais que ce fût le jésuite Caspar Sawicki et je l’ai assuré dans le projet et dans la première édition de ce dictionnaire ; mais je change de sentiment et je trouve qu’il faut dire que c’est un chanoine et curé de Sendomir. Il est cité dans un ouvrage de Stanislas Lubienietski : Caspar Cichocius, canonicus et parochus Sendomiriensis, in Alloquiis Osiecensibus memoriæ prodidit {a} (Stanis. Lubieniecius, Histor. Reform. Polon., page 20). J’ai lu dans Simon Starovolscius que Caspar Cichocius, né à Tarnowitz, ville de la Petite Pologne, fut fait maître ès arts l’an 1567 et qu’ensuite il obtint du cardinal George Radziwil ce canonicat et cette cure, et qu’il composa deux livres : l’un, intitulé Anatomia, pour justifier les jésuites ; l’autre, intitulé Alloquia Osieciana, pour réfuter les erreurs des hérétiques. Ce dernier ouvrage lui eût attiré bien des maux, parce qu’il avait maltraité le roi d’Angleterre ; mais la mort le tira d’affaire. » {b}


  1. « Caspar Chicocius, chanoine et curé de Sendomir, l’a transmis à la postérité dans les “ Exhortations d’Osieca ” ».

  2. Sommervogel (sixième série, 1861) a conclu l’article consacré à Sawicki par cette savante mais laborieuse explication du R.P. Brown, sur l’auteur de l’Anatomia et des Alloquia :

    Verum, ut minimum dicam, probabilissime hac in re errant, hæcque opera non Pis Sawicki sunt, sed R.D. Cichocki, cujus et nomen præ se ferunt. Nam opera hæc unius ejusdemque Authoris esse ipsa styli et linguæ latinæ identitas ostendit ; jam vero et ipsa Bibliotheca Script. Soc. licet Anatomiam P. Sawicki attribuat, de Alloquiis prorsus silet. P. Niesiecki sibi hac in re non constat ; nam licet in vita P. Sawicki ipsi hæc adscribat opera, in vita tamen Di Cichocki ei Alloquia attribuit. D. autem Siatcziński in suo Obraz wieku Zygmunta iii, etc., licet Anatomiam nostris adjudicet, asserens eam a nostris sub nomine D. Cichocki, idque ipso consentiente, editam fuisse, Alloquia tamen ipsi adjudicat, illisque teste, ut asserit, Starowolski, attribuit eas molestias, quas D. Cichocki usque ad mortem a Legato Angliæ perpessus est. Denique coævus Starowolski in suis Ecatontis Script. pol. expresse utrumque opus Do Cichocki attribuit eisque ansam persecutionum, quas D. Cichocki a Legato Angliæ passus est, adscribit. Equidem in utroque opere ea rerum Societatis non solum polonicarum, sed et externarum, notitia apparet, ut non facile externo cuiquam attribui possit ; verum cum utrumque opus in nostram editum sit defensionem, materia facile a nostris suppeditari potuit et a D. Cichocki ordinari et typis edi. Accedit quod his in operibus ea libertas et audacia vigeat, ut fieri nequeat, ut a nostris censoribus facultas ad illa typis edenda dari potuerit.

    [Sur ce point, en vérité, le moins qu’on puisse dire est qu’on se trompe très probablement en disant que ces ouvrages ne sont pas du P. Sawicki, mais du révérend dom Cichockus, dont elles portent la signature. L’identité du style et du latin montre en effet que ces livres émanent d’un seul et même auteur. Toutefois, bien que la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie ait précédemment attribué l’Anatomia au P. Sawicki, elle a entièrement passé sous silence les Alloquia. Le P. Niesiecki ne le prouve pas clairement : dans sa vie du P. Sawicki, il lui attribue ces deux titres, mais dans celle de dom Cichockus, il le donne pour auteur des Alloquia. Dans son Obraz wieku Zygmunta iii, etc., M. Siatcziński adjuge l’Anatomia aux jésuites, en disant qu’elle a été publiée, de son propre aveu, par un des nôtres, sous le nom de D. Cichockus, mais lui adjuge aussi les Alloquia, sur le témoignage, dit-il, de Starowolski qui y a discerné les tourments que l’ambassadeur d’Angleterre a fait endurer à Cichockus jusqu’à sa mort. Enfin, dans ses Ecatontis Script. pol., Starowolski attribue les deux ouvrages à Cichockus, dont il a été le contemporain, en leur donnant pour cause les persécutions dont l’ambassadeur d’Angleterre a accablé Cichockus. De plus, dans les deux livres, figurent des remarques sur les affaires de la Compagnie tant en Pologne que dans les autres pays, elles ne peuvent donc émaner d’une plume qui lui soit étrangère ; et puisqu’elles ont été mises au jour pour nous défendre, leur matière a pu être aisément fournie par les membres de notre Compagnie, pour être mise en ordre puis confiée aux presses par notre Cichockus. J’ajoute qu’il y fleurit une liberté et une audace telles qu’il est indéniable que seuls nos censeurs ont pu leur donner la licence d’être imprimées].


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 6 mars 1663. Note 15

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(Consulté le 10.12.2022)

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