À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [155]

Josias, comte de Rantzau (Bothkamp près de Kiel 1609-Paris 14 septembre 1650), appartenait à une famille noble du Holstein. Il avait d’abord servi en Suède puis s’était attaché au service de Louis xiii qui l’avait nommé maréchal de camp et colonel de deux régiments allemands. Il s’était couvert de gloire au siège de Dole (1636) où il avait perdu un œil, puis une jambe au siège d’Arras (1640), et été un peu plus tard estropié d’une main. En 1643, Rantzau avait contribué à la victoire de Rocroi. Nommé lieutenant général en 1644, il avait reçu en 1645 le bâton de maréchal de France (après avoir promis d’abjurer le luthéranisme) puis le gouvernement de Dunkerque en 1646. De 1647 à 1649, il avait achevé de s’emparer de toutes les villes maritimes de la Flandre.

Mme de Motteville (Mémoires, page 259) :

« Ces mêmes jours, {a} on arrêta à Saint-Germain le maréchal de Rantzau. Il fut soupçonné de favoriser le parti parisien ; et comme il était gouverneur de Gravelines, {b} le ministre {c} crut qu’il ne pouvait prendre trop de précaution pour se garantir des maux qui pouvaient arriver de la mauvaise volonté de ce maréchal. Il avait jusqu’alors bien servi le roi, mais la constance n’a pas été donnée aux hommes pour une qualité qui leur soit naturelle. Les apparences de son changement firent aussi changer sa fortune. »


  1. Fin février 1649.

  2. Sic pour Dukerque.

  3. Mazarin.

Après onze mois d’incarcération à Vincennes, Rantzau fut reconnu innocent et on lui redonna du service ; mais rongé par l’abus du vin, il mourut d’une hydropisie peu après. De son vivant, on lui écrivit cette épitaphe :

« Du corps du grand Rantzau tu n’as qu’une des parts,
L’autre moitié resta dans les plaines de Mars.
Il dispersa partout ses membres et sa gloire.
Tout abattu qu’il fût, il demeura vainqueur ;
Son sang fut en cent lieux le prix de la victoire,
Et Mars ne lui laissa rien d’entier que le cœur. »

V. note [44], lettre 156, pour Philippe de Clérembault, comte de Palluau.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 155

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(Consulté le 25.02.2020)

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