À Charles Spon, le 11 janvier 1650
Note [16]

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, pages 196‑197, janvier 1650) :

« Ce jour, mardi 4, à cause qu’il s’agissait de la récusation du premier président sur la requête des duc de Beaufort, coadjuteur et conseiller Broussel, il {a} se retira, comme eux aussi ; <ils> furent eux trois en la quatrième Chambre des enquêtes, où le coadjuteur lisait la comédie de Cinna qui conspira contre l’empereur Auguste, de la façon de Corneille. {b}
Il y eut plusieurs opinions : l’une que le premier président serait récusé, et <aussi> son fils, M. de Champlâtreux, conseiller honoraire, et ce qu’ils ont de parents dans le Parlement ; l’autre qu’il n’y aurait que le premier président et le fils, et non pas les autres ses parents ; la troisième, qu’il n’y aurait pour tout que le fils, suspecté d’avoir fait l’outrage à Joly, conseiller au Châtelet ; et la quatrième, qu’il n’y aurait que le premier président seul, et non point son fils ni aucun de leurs parents.
Après que, de toutes les opinions, les plus faibles en voix furent réduites à deux, savoir celle que le premier président seul serait récusé et l’autre qu’il ne le serait pas, de celle-ci, défensive, il se trouva 98 voix, et de l’autre, affirmative de la récusation, il s’en trouva seulement 62, entre lesquelles étaient celles du président de Bellièvre, du duc de Luynes et du conseiller Coulon, etc. ; tellement que {c} le premier président l’emporta de 36 voix, entre lesquelles celles du président de Novion et du maréchal de La Mothe, jadis frondeurs, ont été remarquées, comme celle du conseiller Godart, sieur du Petit-Marais, qui dit d’une belle sorte qu’autrefois les assemblées du Parlement ne se faisaient point que les ennemis n’en reçussent atteinte et n’en tremblassent, et que c’était à présent chose étrange et déplorable qu’en telles assemblées nos ennemis fondassent toute leur espérance. Par ces mots de nos ennemis les frondeurs ont cru être désignés et en ont fort murmuré, particulièrement le conseiller de Quatresols. {d} Cela se doit néanmoins entendre des ennemis étrangers, qui sont les Espagnols et qui, avertis par les traîtres et espions qu’ils ont ici, refusent d’entendre à la paix avec nous, s’imaginant que ces assemblées produiront séditions dans Paris et guerre civile au royaume, et que par ce moyen ils regagneront le dessus de nous.
Mais surtout, le président de Mesme a fait un excellent discours, montrant la faiblesse et nullité de la requête et des moyens de ceux qui prétendent récuser le premier président, en l’absence duquel il a présidé ; et lui a, après qu’il a été rappelé et fait venir, prononcé l’arrêt qu’il demeurerait juge. »


  1. Mathieu i Molé, le premier président.

  2. Pierre Corneille.

  3. Si bien que.

  4. François de Quatresols, v. note [13], lettre 310.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 11 janvier 1650. Note 16

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(Consulté le 15.04.2021)

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