À Charles Spon, les 16 et 26 février 1657
Note [16]

Jérémie Ferrier (Nîmes 1576-Paris 1626) avait d’abord eu la carrière d’un brillant ministre protestant, fort remarqué pour ses prises de position contre le pape Clément viii qu’il désignait comme l’Antéchrist. Plus tard, il prit parti pour le gouvernement contre ses coreligionnaires qui, selon lui, devaient se contenter de l’édit de Nantes tel qu’il avait été vérifié par les parlements ; Bayle :

« Cela le rendit tellement suspect qu’on le regardait comme un pensionnaire de la cour, comme un faux frère, comme un traître des Églises. Le synode national de Privas en 1612 lui défendit de prêcher dans Nîmes. Là-dessus Ferrier se fit pourvoir d’une charge de conseiller au présidial de cette ville, mais il s’éleva un tumulte populaire contre lui qui donna lieu à son changement de religion. L’auteur du Mercure français a décrit les circonstances de ce tumulte : les adversaires de Ferrier, dit-il, le voyant reçu conseiller au présidial, “ l’excommunièrent à leur mode et excitèrent la populace de Nîmes à lui courir sus comme il voudrait aller au présidial, ou qu’il en retournerait ” ; Ferrier, averti de ce dessein, ne laissa pas de se rendre au présidial avec le prévôt le 14 juillet 1613 ; “ en y allant il ne rencontra personne, mais à sa sortie, pensant retourner à sa maison, il trouva ses adversaires avec la populace qui s’entredisaient en le démontrant de la main, vege lou, vege lou, lou traitre Judas, puis commencèrent à lui jeter des pierres ” et à le poursuivre “ en intention de le prendre ” ; mais il se sauva chez le lieutenant Rozel ; “ fâchés de ce qu’il s’était échappé, ils allèrent à sa maison, la saccagèrent, et brûlèrent devant la porte plusieurs de ses meubles et livres ; ” les 15 et 16 juillet, “ ils furent aussi saccager ce qu’il avait aux champs et arracher ses vignes ; ce qu’ayant fait, ils retournèrent à Nîmes tenant tous des ceps de vigne et des arbrisseaux du clos de Ferrier ” ; il trouva moyen de se sauver à Beaucaire après avoir été enfermé durant trois jours dans un sépulcre ; Ferrier assure qu’il fut “ à demi assommé à coups de pierres et qu’il n’échappa que miraculeusement des mains de trente estafiers du consistoire qui, par serment, s’étaient obligés de le tuer ; que sa mère, âgée de 60 ans, veuve et fille de ministre, était morte par l’horreur de ce triple spectacle durant lequel elle fut cent fois menacée pas ces assassins d’être brûlée toute vive ; que deux petits enfants furent arrachés miraculeusement du feu par la sage conduite des magistrats, qui furent menacés de mort par ces zélateurs enragés ; que sa propre femme, enceinte de neuf mois, fut battue à coups de hallebarde ; que sa belle-mère, âgée de près de 80 ans, fut traitée avec la même inhumanité ; que tous ses meubles furent brûlés devant leur Temple, la plus grande part de ses livres et papiers pillés ou brûlés, tout le meilleur de son bien emporté et ruiné ; que les arrêts donnés par la Chambre de l’édit de Castres et par les avis de tous les juges de la Religion prétendue réformée condamnèrent à la roue ou au gibet 17 de ces pauvres misérables qu’ils avaient obligés à le tuer par l’intérêt de leur religion, et en leur promettant le paradis par le moyen d’un acte si détestable ; ” […] après quoi, il s’établit à Paris où il tâcha de faire fortune. […] Le roi se servit de lui en plusieurs actions d’importance et l’an 1626, il lui commanda de suivre Sa Majesté au voyage de Bretagne où elle l’honora de l’état de conseiller d’État et privé. Le cardinal de Richelieu l’honora de son estime particulière. Ferrier, au retour de ce voyage, fut attaqué d’une fièvre lente qui empira de jour en jour. Il en mourut le 26 septembre 1626. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, les 16 et 26 février 1657. Note 16

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(Consulté le 16.09.2019)

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