À Charles Spon, le 16 juillet 1658
Note [16]

Mme de Motteville (Mémoires, pages 465‑466) :

« Environ le 22 du même mois, {a} le roi tomba malade à Calais d’une fièvre continue avec le pourpre, qui fit craindre pour sa vie. Les fatigues qu’il avait eues à Mardyck et à l’armée, allant lui-même, malgré le cardinal, visiter les gardes, avec les incommodités que j’ai dites {b} et la chaleur qu’il y souffrait, l’avaient mis en cet état. Il fut quinze jours dans un péril extrême et la reine en sentit toutes les douleurs que l’amour qu’elle avait pour lui devait causer. Elle forma le dessein, à ce qu’elle m’a fait l’honneur de me dire depuis, si elle le perdait, de se retirer au Val-de-Grâce ; et néanmoins, elle m’avoua en même temps qu’en cette occasion elle avait été infiniment satisfaite du bon naturel de Monsieur : {c} il lui témoigna toute la tendresse possible et parut craindre sensiblement de perdre le roi. Quand la reine lui dit qu’il ne fallait plus qu’il approchât de lui, de peur de gagner son mal, il se mit à pleurer ; mais ce fut avec un tel serrement de cœur qu’il fut longtemps sans pouvoir prononcer seulement une parole. La reine, de qui je sus ces particularités, lui en sut bon gré, son cœur en fut touché par l’estime qu’elle conçut de sa bonté ; et dès ce moment, elle l’aima beaucoup plus tendrement qu’elle n’avait fait par le passé. Le roi prit du vin émétique par deux fois. Dieu, qui ne voulut pas priver la France de ce prince enrichi de tant d’éminentes qualités qui devaient le rendre un roi digne de l’être, par sa miséricorde, lui rendit une nouvelle vie et ce bonheur causa beaucoup de joie à la reine mère, à Monsieur et à tous les bons Français. Le ministre en fut aussi fort content ; mais il parut qu’il y regarda son intérêt préférablement à toutes choses : il fit en cette occasion des actions qui devaient déshonorer sa mémoire. Comme il n’osa rien espérer de Monsieur, il envoya enlever ses trésors et les meubles de sa maison de Paris pour les faire porter au bois de Vincennes. Il prit néanmoins ses mesures le mieux qu’il put avec le maréchal du Plessis, gouverneur de Monsieur : il lui fit de grandes promesses et alla visiter tous ceux qui étaient peu ou beaucoup dans les bonnes grâces de ce jeune prince, particulièrement le comte de Guiche à qui il fit des avances qui parurent sortir d’une âme basse et faible. » {d}


  1. Juin 1658.

  2. V. note [5], lettre 528.

  3. Frère cadet de Louis xiv, Philippe, duc d’Anjou, alors âgé de 17 ans, héritait de la couronne de France si le roi venait à mourir.

  4. Mazarin mettait ses biens à l’abri et ménageait ses alliances, dans la crainte d’être disgracié si la maladie avait emporté le roi.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 juillet 1658. Note 16

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(Consulté le 29.11.2020)

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