À Johann Georg Volckamer, le 16 janvier 1654
Note [16]

V. note [8], lettre de Charles Spon, datée du 10 juillet 1657, pour Pietro de Marchetti et son Anatomia (Padoue, 1654), avec des réponses à Jean ii Riolan sur ses remarques contre Johann Vesling.

Ce livre est d’impression fort négligée, mais les solécismes n’y sont guère plus nombreux que dans la plupart des ouvrages anatomiques latins de l’époque. À titre d’échantillon, voici ce que Marchetti écrit sur la délicate question du septum cardiaque (chapitres x, pages 80‑80, sic pour 81), en respectant l’orthographe d’origine :

Nihil aliud est Sceptum, quam ventriculorum Cordis diuisio ; dividit enim ventriculos ipsos, ne sanguis per ipsum à sinistro in dextrum tendat, licet Riolanus in Anthropographia lib. 3 ; c. 12. asserat sanguinem à dextero in sinistrum Cordis ventriculum transmitti per Sceptum, quod probat authoritate Ophmani tum aliorum Sceptum Cordis propè mucronem perforatum esse, et præcipuè quando Cor elixatur dicit patentia foramina apparere, quod quidem, non verum est Sceptum esse perforatum, nisi ab impulsu, inter vnam, et alteram fibram stylus Sceptum perforet, et licet foramina patentia cocto Corde appareant, hoc euenit quia caro Ipsius Scepti retrahitur, et fibræ, quæ duriores sunt remanent, et sic foramina. Vidi ego semel tantum duo foramina in Scepto superiori parte, quæ valuulas in sinistro ventriculo obtinebant ne sanguis in dexterum regredieretur, hoc tamen in pluribus alijs cadaveribus non inueni, quod fortasse eueniebat, quia via per Pulmones obstructa erat, Vnde statuendum est foramen nullum in Scepto inueniri, et si aliquando reperiatur, non eo modo, quo Riolanus statuit ; sed cum valuulis in sinistro ventriculo positis, ne sanguis à sinistro in dexterum regurgiret.

[Le septum n’est rien d’autre que la cloison des ventricules du cœur : elle les sépare l’un de l’autre, de manière que le sang ne la traverse pas pour passer de la gauche vers la droite ; bien que Riolan, au livre iii, chapitre xii de son Anthropographie, assure que le sang passe du ventricule cardiaque droit au gauche à travers le septum, prouvant, sur l’autorité de Hofmann et d’autres, que le septum du cœur est perforé près de sa pointe ; et disant en particulier que quand on fait bouillir le cœur, des orifices perméables y apparaissent. {a} Il n’est pourtant pas vrai que le septum est perforé, à moins qu’un stylet enfoncé entre ses fibres ne le perfore ; {b} et bien que des orifices apparaissent dans un cœur qu’on a cuit, {a} cela n’advient que parce que la chair du dit septum s’est rétractée, et que n’y subsistent que les fibres les plus dures, ce qui provoque les perforations. Je n’ai moi-même vu qu’une seule fois deux orifices dans la partie supérieure du septum, qui étaient munis de valvules dans le ventricule gauche, pour empêcher le sang de refluer dans le droit : la cause en était peut-être que la voie de passage à travers les poumons était obstruée, {c} étant donné je n’ai pas trouvé cela dans de nombreux autres cadavres. Il faut donc établir qu’il ne se trouve aucun orifice dans le septum et que si on en en observe parfois un, il ne s’explique pas comme l’a établi Riolan, car il est muni de valvules placées dans le ventricule gauche, pour que le sang ne régurgite pas de la gauche vers la droite]. {d}


  1. Marchetti résumait fidèlement les deux premiers paragraphes de la page 239 de l’Anthropographie (Paris, 1649, v. note [25], lettre 146.

  2. V. les observations fallacieuses de Gassendi sur la circulation du sang relatées dans la note [28] de la lettre 152.

  3. Trou de Botal (foramen ovale), qui assure le passage du sang de l’oreillette droite vers la gauche pendant la vie fœtale, quand les poumons ne respirent pas, et qui s’obstrue à la naissance, quand la circulation pulmonaire s’établit (premier cri de l’enfant). Cet orifice peut rester perméable chez l’enfant et l’adulte jeune, ou redevenir perméable quand apparaît une augmentation importante de la pression dans les artères pulmonaires. Il peut aussi persister diverses formes de communications interventriculaires anormales, dans le cadre des cardiopathies congénitales.

  4. Sans m’ébahir sur le style de Marchetti, j’admire l’exactitude de ses observations et la pertinence de son raisonnement.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Georg Volckamer, le 16 janvier 1654. Note 16

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1062&cln=16

(Consulté le 04.12.2022)

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