À Charles Spon, le 16 novembre 1645
Note [17]

Jean-Paul Spifame (Paris 1502-Genève 1566) avait été conseiller au Parlement, président aux Enquêtes et conseiller d’État, avant d’entrer dans les ordres et devenir évêque de Nevers en 1546. Entretenant depuis dix ans un commerce illégitime avec une femme dont il avait eu deux enfants, il déclara en 1578 son adhésion à la Religion réformée au beau milieu d’une messe et se retira à Genève en 1559. Le Conseil de la ville lui accorda les droits de bourgeoisie ; Calvin et Bèze l’admirent au ministère évangélique. Revêtu de ces nouvelles fonctions, Spifame rentra en France et devint pasteur de l’Église d’Issoudun.

Lorsque la guerre civile éclata, Condé l’appela à Orléans et le chargea d’une mission auprès de la diète de Francfort. S’en étant acquitté avec succès, il fut à son retour nommé surintendant des affaires de Lyon, ville dont les protestants étaient les maîtres et où Spifame put braver le Parlement qui l’avait condamné, avec d’autres réformés, à être pendu en place de Grève. Il était retourné à Genève après la conclusion de la paix, lorsque la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, mère du futur Henri iv, le manda à sa cour. Spifame partit pour Pau où il passa plusieurs mois. Jeanne d’Albret le chargea de conduire à Genève le jeune Henri de Savoie, son parent ; mais à son retour, il tomba rapidement en disgrâce. Il se plaignait tout haut de Jeanne d’Albret qui n’avait pas, disait-il, rempli envers lui ses engagements ; il alla même, dans sa colère croissante, jusqu’à dire que le prince de Béarn (le futur Henri iv) n’était pas le fils d’Antoine de Bourbon, mais celui du ministre Merlin. Jeanne d’Albret, offensée de cet outrage, congédia immédiatement le calomniateur qui retourna à Genève en 1565. Là, un procès en diffamation lui fut intenté par Claude Servin, contrôleur de la Maison de la reine de Navarre, et on l’accusa en outre d’avoir présenté de faux certificats aux pasteurs genevois quand il s’était fait recevoir au ministère. Malgré l’intervention des Bernois en sa faveur, malgré les sollicitations de Coligny, il fut condamné à mort et périt victime de la vengeance de Jeanne d’Albret et de la servile complaisance des magistrats de Genève (G.D.U. xixe s. et Gallia Christiana).

Guy Patin n’a pas été seul à donner d’autres motifs à la condamnation de Spifame par les syndics de Genève. Bayle cite Jean-Baptiste de Rocolles (Histoire véritable du calvinisme, ou Mémoires historiques touchant la Réformation, opposée à l’Histoire du calvinisme de M. Maimbourg [Amsterdam, 1683, in‑12o, pages 444‑445]) :

« Il a donné des particularités bien curieuses sur le vrai sujet du supplice de cet évêque. “ Spifame […] s’étant retiré à Genève, ne peut se tenir en repos : ayant formé une intrigue auprès des gens du Conseil de la reine mère, Catherine de Médicis [v. note [35], lettre 327], pour rétablir les catholiques dans la ville et pour donner moyen à l’évêque d’y entrer à main armée, sous l’espérance d’être pourvu d’un nouvel évêché autre que le sien de Nevers, sa trahison fut découverte par Grillon, mestre de camp du régiment des gardes, qui en avertit l’agent de Genève qui était à la suite de la cour ; lequel ne manqua pas d’en donner avis auprès de la seigneurie, qui se saisirent de la personne de Spifame et prirent prétexte de lui faire son procès de ce qu’il entretenait une femme mariée ; et non pas, comme dit fort brutalement M. Maimbourg, pour avoir fait un faux contrat ou de faux sceaux [v. note suivante] ; un tel homme n’étant point coupable d’un tel crime, l’adultère étant punissable de mort selon la loi Julia, de adulteris. Et ce fut le juste prétexte qu’on prit pour lui faire couper la tête au marché du Molart, sans faire mention de sa conspiration, pour ne se point brouiller avec la cour de France. Or, afin qu’elle ne s’intéressât point pour le sauver et qu’elle n’eût pas le temps de leur dépêcher un courrier pour cet effet, le Conseil se hâta de lui faire son procès, qui fut expédié dans le troisième jour après qu’on l’eût arrêté. ” »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1645. Note 17

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(Consulté le 31.03.2020)

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