À Claude II Belin, le 3 mai 1653
Note [18]

« durant peu d’années ».

Claude Bazin, sieur de Bezons (1617-1684), avocat général (1639) puis conseiller (1648) au Grand Conseil, fut intendant du Languedoc (1653, v. note [2], lettre 335) puis premier président du parlement de Provence (1671). Il fut le successeur du chancelier Pierre Séguier à l’Académie française en 1673 ; mort doyen de l’Académie, son siège fut occupé par Nicolas Boileau, de 1684 à 1711 (G.D.U. xixe s.).

Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette (tome ii, pages 313‑314), qui le dit :

« fils d’un trésorier de France et petit-fils d’un médecin de Troyes qui était de basse naissance ; sa mère était Talon. {a} C’est un petit bout d’homme tout rond, joufflu comme un des quatre vents et aussi bouffi d’orgueil qu’il y en ait au monde, et qui se prend autant pour un autre. Étant avocat, mais ce n’était qu’en attendant quelque charge d’avocat général car il a toujours eu de l’ambition, il se fit je ne sais quelle société au faubourg Saint-Germain, où l’on avait la comédie quelquefois. Un jour ce petit Monsieur qui en était, à tout bout de champ venait sur le théâtre, ordonnait, décidait, parlait aux comédiennes et faisait furieusement l’empressé. Des gens de la cour qui étaient là demandèrent qui il était. Quelque femme assez simple, pensant coucher de gros, {b} leur dit : “ Messieurs, c’est M. de Bézons. — Ah ! ah !, dirent-ils tout haut, le nom est aussi plaisant que l’homme ”, et le bernèrent tout leur saoul. Ce petit Monsieur traita après de la charge d’avocat général au Grand Conseil […]. Quelque temps après, on parla de le marier avec une parente proche de M. Conrart […]. Il vendit sa charge et par le crédit de son oncle Talon, il eut un brevet de conseiller d’État et ensuite je ne sais quelle intendance de Soissons […]. Une fois, en 1648, qu’on commençait à fronder, il fut diablement relancé chez M. Dupuy : “ J’ai trouvé, disait-il, à mon retour de mon intendance, les maximes toutes changées car on dit que nos biens ne sont point au roi. — On ne l’a jamais dû dire autrement ” dit brusquement M. Dupuy l’aîné qui le traita d’ignorant et de suppôt de la tyrannie. Il eut ensuite l’intendance de l’armée de Catalogne et après, celle de Languedoc. »


  1. Suzanne Talon, épouse de Pierre Bazin et sœur d’Omer Talon.

  2. Épater.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 3 mai 1653. Note 18

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(Consulté le 21.09.2020)

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