À Claude II Belin, le 7 avril 1638
Note [19]

Pierre Monod (Bonneville, Savoie 1586-Chambéry 1644) était entré dans la Compagnie de Jésus à 17 ans. Devenu recteur du collège des jésuites de Turin, ses connaissances et son habileté dans les affaires lui avaient acquis l’estime et la confiance de la famille ducale de Savoie, alliée de la France. Confesseur de Madame Royale (v. note [10], lettre 45), sœur de Louis xiii, il avait été chargé d’aller faire prévaloir à Paris les prétentions de la Savoie à la couronne royale de Chypre et à toutes les préséances qui s’y attachaient. Il s’y était pris maladroitement et on l’avait éconduit.

Mécontent de son échec, il chercha à se venger de Richelieu en se ralliant contre lui aux conspirations de son collègue, le P. Nicolas Caussin, confesseur de Louis xiii (v. note [5], lettre 37), et de Louise-Angélique de La Fayette, fille d’honneur de la reine et platonique favorite du roi. Le cardinal en ayant eu connaissance, faisait chasser le P. Monod de France après avoir éloigné ses complices de la cour : Mlle de La Fayette dans un couvent (19 mai 1637) et le P. Caussin en Bretagne (10 décembre suivant). Non content d’avoir neutralisé ses ennemis, le cardinal poursuivit le P. Monod de sa vindicte, imposant à la duchesse régente de Savoie d’exiler son protégé à Coni dans le Milanais. Là, Monod chercha en vain à se venger en s’expatriant en Espagne ; il fut emprisonné en Savoie, à Montmélian, puis au fort de Miolans où il termina ses jours. « Toutes les agitations cessèrent avec la vie d’un homme qui, relégué dans une prison au pied des Alpes, occupait à la fois les cours de Paris, de Madrid, de Rome et de Turin, et troublait le repos d’un ministre-roi qui remuait l’Europe à son gré ».

Le P. Monod a laissé quelques ouvrages pour la défense de sa patrie, telle son Apologie française pour la sérénissime Maison de Savoie, contre les scandaleuses invectives intitulées première et seconde Savoisienne, où se voit comme les ducs de Savoie ne possèdent chose aucune injustement usurpée sur la Couronne de France, mais ont été les plus constants en l’amitié de ses rois, comme les plus anciens en leur alliance… (Chambéry, G. Du Four, 1631, in‑4o) (Michaud).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 7 avril 1638. Note 19

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(Consulté le 27.11.2020)

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