À Charles Spon, le 14 mai 1649
Note [19]

« et même tout à fait recatholisée ».

François Hotman (Hotomanus ; Paris 1524-Bâle 1590), avocat converti au calvinisme en 1547, enseigna le droit romain dans de nombreuses universités. En 1567 il avait succédé à Jacques Cujas dans la chaire de droit de Bourges. Il a publié en 1573 son ouvrage le plus important, Franco-Gallia [La Gaule française], en réaction au massacre de la Saint-Barthélemy, contestant entre autres l’hérédité de la Couronne de France et la capacité des femmes à gouverner. Dans son Iudicium de libello Hotomani [Jugement sur l’opuscule d’Hotman] (1575), Jean-Papire Masson (v. note [7], lettre 16) avait écrit :

verissime Cuiacius dixisse videatur quod pene præterieram, scripta Hotomani scutica egere.

[il semblerait très vrai que Cujas a dit, ce que j’avais presque oublié, que les écrits de Hotman méritent le fouet].

Hotman avait répondu par son Matagonis de Matagonibus decretorum baccalaurei Monitoriale adversus Italo-Galliam sive Antifranco-Galliam… [Avertissement de Matago de Matagonibus, bachelier en droit, contre la Gaule italienne ou l’Anti-Gaule française…] (1578) :

  • page 3 :

    licet minimus decretorum baccalaureus, sed in brevi gradum meum assumpturus, et etiam sub domino Cuiacio recatholicatissimo doctor in utroque transeundus ;
    [un petit bachelier en droit, mais à qui on va bientôt permettre de s’approprier mon grade, et qui doit même passer docteur en l’un et l’autre droit sous Maître Cujas l’ultrarecatholisé] ;

  • et page 14 :

    Quin Massonus suo Cuiacio recatholicato furorem et insanam potius obiicit qui sibi scutiam ad aliorum scripta reprehendenda sumpsit:
    [Pourquoi Masson ne reproche-t-il pas plutôt à son Cujas recatholisé d’être fou furieux quand il s’est saisi d’un fouet pour blâmer les livres des autres].

Par ce néolatinisme, recatholicatus, Hotman reprochait à Cujas d’avoir donné des gages à la Réforme pour s’en détourner ensuite, et d’avoir été partisan de la réconciliation des chrétiens. (Christiane Lauvergnat-Gagnière, Lucien de Samosate et le lucianisme en France au xvie siècle, Genève, Droz, 1988, pages 191-192).

En traitant Anne d’Autriche de recatholocissima, Guy Patin ne voulait pas l’accuser de remords sur d’anciennes sympathies réformées, mais plutôt d’être tombée d’un excès, sa haine pour un cardinal (Richelieu) à l’autre, son affection pour un second cardinal (Mazarin).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 14 mai 1649. Note 19

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(Consulté le 14.04.2021)

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