À Charles Spon, le 14 mai 1649
Note [19]

« et même ultrarecatholicisée ».

François Hotman ou Hotoman (Hotomanus ; Paris 1524-Bâle 1590), avocat converti au calvinisme en 1547, enseigna le droit romain dans de nombreuses universités. En 1567 il avait succédé à Jacques i Cujas (v. note [13], lettre 106) dans la chaire de droit de Bourges. Il a publié en 1573 son ouvrage le plus important, Francogallia (Francfort, héritiers d’Andreas Wechel, 1586, in‑8o pour la 4e édition), traduit sous le titre de La Gaule française (Cologne, Jérôme Bertulphe, 1574, in‑8o), en réaction au massacre de la Saint-Barthélemy (1572, v. note [30], lettre 211), contestant, entre autres et avec virulence, l’hérédité de la Couronne de France et la capacité des femmes à gouverner. En riposte, avait paru un ouvrage intitulé :

Ad Franc. Hotomani Franco-galliam Antonii Matharelli, Reginæ Matris a rebus procurandis primarii, Responsio. In qua agitur de initio Regni Franciæ, successione Regum, publicis negotiis, et politia, ex fide Annalium nostrorum, Germaniæque, et aliarum gentium, Græcisque et Latinis Scriptoribus.

[Réponse d’Antoine Matharel, {a} procureur de la reine mère, {b} contre la Gaule française de François Hotman. Il y est question du début du royaume de France, de la suite des rois, des affaires publiques et de la politique, sur la foi de nos annales, et de celles d’Allemagne et des autres nations, ainsi que des auteurs grecs et latins]. {c}


  1. Historien français (1537-1586).

  2. Catherine de Médicis.

  3. Paris, Federicus Morellus, 1575, in‑8o.

Ce livre commence (pages 6‑9) par un Iudicium Papirii Massoni de libello Hotomani [Jugement de Jean-Papire Masson (v. note [7], lettre 16) sur l’opuscule d’Hotman], avec ce propos (page 8) :

Ut verissime Cuiacius dixisse videatur, quod pene præterieram, scripta Hotomani scutica egere. Hoc est iudicium meum de Franco-Gallia, quod nomen malus Grammaticus parum apte iunxit.

[En sorte que semble très vrai ce que Cujas a dit, mais que j’avais presque oublié : que les écrits de Hotman méritent le fouet. Tel est mon jugement sur Franco-Gallia, titre qu’un mauvais grammairien a peu habilement construit].

Hotman avait répondu par son pseudonyme :

Matagonis de Matagonibus, decretorum baccalaurei, Monitoriale adversus Italogalliam sive antifrancogalliam Antonii Matharelli Alvernogeni.

[Avertissement de Matago de Matagonibus, bachelier en droit, contre la Gaule italienne ou l’Anti-Gaule française d’Antoine Matharel, Auvergnat]. {a}


  1. Sans lieu ni nom, 1578, in‑8o ; avec cette citation des Proverbes de Salomon (26) en exergue du titre :

    Responde stulto, secundum suam stultitiam.

    [Réponds au fou selon sa folie].


  • Page 3 :

    licet minimus decretorum baccalaureus, sed in brevi gradum meum assumpturus, et etiam sub domino Cuiacio recatholicatissimo doctor in utroque transeundus.

    [un petit bachelier en droit, mais à qui on va bientôt permettre de s’approprier mon grade, et qui doit même passer docteur en l’un et l’autre droit sous Maître Cujas l’ultrarecatholicisé].

  • Page 14 :

    Quin Massonus suo Cuiacio recatholicato furorem et insanam potius obiicit qui sibi scutiam ad aliorum scripta reprehendenda sumpsit.

    [Pourquoi Masson ne reproche-t-il pas plutôt à son Cujas recatholicisé d’être fou furieux quand il s’est saisi d’un fouet pour blâmer les livres des autres].

    Par ce néolatinisme, recatholicatus [recatholicisé], et son double superlatif, ultrarecatholicatissimus [tout à fait ultrarecatholicisé], Hotman reprochait à Cujas d’avoir donné des gages à la Réforme pour s’en détourner ensuite, et d’avoir été partisan de la réconciliation des chrétiens (Christiane Lauvergnat-Gagnière, Lucien de Samosate et le lucianisme en France au xvie siècle, Genève, Droz, 1988, pages 191‑192). V. note [33] du Grotiana 2 pour une autre référence à cette controverse politique.

    En traitant Anne d’Autriche de recatholocissima, Guy Patin ne voulait pas l’accuser de remords sur d’anciennes sympathies réformées, mais plutôt d’être tombée d’un excès, sa haine pour un cardinal (Richelieu) à l’autre, son affection pour un second cardinal (Mazarin).

V. note [3] du Borboniana 10 manuscrit pour le père et le fils de François Hotman, et pour sa conversion au calvinisme.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 14 mai 1649. Note 19

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0176&cln=19

(Consulté le 28.11.2022)

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