À Charles Spon, le 29 novembre 1667
Note [2]

L’antijansénisme de l’archevêque de Paris, Hardouin de Beaumont de Péréfixe, avait culminé dans l’extrême brutalité qu’il avait mise à expulser les religieuses de Port-Royal de Paris le 26 août 1664 ; Jean Racine, Abrégé de l’histoire de Port-Royal (v. note [3], lettre 700, pages 221‑223) :

« Il arriva néanmoins que, sans leur participation, quelques copies de leurs procès-verbaux tombèrent entre les mains de quelques personnes, et bientôt furent rendues publiques. Ce fut une très sensible mortification pour M. l’archevêque : en effet, rien ne lui pouvait être plus désagréable que de voir ainsi révéler tout ce qui s’était passé en ces occasions. Comme il n’y eut jamais d’homme moins maître de lui quand il était une fois en colère, et que d’ailleurs il n’avait pas cru devoir être beaucoup sur ses gardes en traitant avec de pauvres religieuses qui étaient à sa merci, et qu’il pouvait pour ainsi dire écraser d’un mot, il lui était échappé dans ces deux visites <de l’abbaye> beaucoup de paroles très basses et très peu convenables à la dignité d’un archevêque, et même très puériles, dont il ne s’était pas souvenu une heure après ; tellement qu’il fut fort surpris et en même temps fort honteux de se voir dans ces procès-verbaux jouant pour ainsi dire le personnage d’une femmelette, pendant que les religieuses, toujours maîtresses d’elles-mêmes, lui parlaient avec une force et une dignité toute édifiante. Il fit partout des plaintes amères contre ces deux actes qu’il traitait de libelles pleins de mensonge, et en parla au roi, avec un ressentiment qui fit contre ces filles dans l’esprit de Sa Majesté une profonde impression qui n’est pas encore effacée. Il se flatta néanmoins qu’elles n’auraient jamais la hardiesse de lui soutenir en face les faits avancés dans ces pièces, et il ne douta pas qu’il ne leur en fît faire une rétractation authentique. Il les fit venir à la grille et leur tint tous les discours qu’il jugea les plus capables de les effrayer. Mais pour toute réponse, elles se jetèrent à ses pieds et, avec une fermeté accompagnée d’une humilité profonde, lui dirent qu’il ne leur était pas possible de reconnaître pour fausses des choses qu’elles avaient vues de leurs yeux et entendues de leurs oreilles. Cette réponse si peu attendue lui causa une telle émotion qu’il lui prit un saignement de nez, ou plutôt une espèce d’hémorragie si grande qu’en très peu de temps il remplit de sang jusqu’à trois serviettes qu’on lui passa l’une sur l’autre. Les religieuses de leur côté étaient plus mortes que vives, et même y en eut une, nommée sœur Jeanne de la Croix, qui mourut presque subitement de l’agitation que cette affaire lui avait causée. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 29 novembre 1667. Note 2

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(Consulté le 05.06.2020)

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