À Charles Spon, le 24 décembre 1643
Note [20]

Maurice, comte de Coligny, aîné des quatre enfants de Gaspard iii de Coligny, maréchal de Châtillon (v. note [12], lettre 22), et d’Anne de Polignac, tint une place remarquée dans la vie mondaine de son temps. Une cabale montée par Mme de Montbazon (maîtresse du duc de Beaufort après avoir été celle du duc de Longueville, v. note [14], lettre 93), à partir de fausses lettres, avait cherché à rendre publique la passion de Coligny pour Mme de Longueville, sœur du duc d’Enghien. La supercherie ayant été découverte, Coligny, l’offensé, voulut laver l’affront par les armes. Ne pouvant s’attaquer à Beaufort, alors enfermé à Vincennes, il s’en prit à Henri de Lorraine, duc de Guise et allié du prisonnier.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 128‑130) :

« Le dimanche 13 décembre, je vis M. de Saint-Pouange qui nous dit qu’un gentilhomme nommé l’Estrade était allé le samedi matin appeler M. de Guise de la part de M. de Coligny et avait pris heure dans la Place Royale à trois heures ; que M. de Guise n’en avait rien fait paraître tout le matin et s’était rendu à la place avec Bridieu, son confident, et un page ; et ayant vu M. de Coligny, s’était avancé à lui l’épée à la main ; que d’abord M. de Coligny recula ; que néanmoins, ayant voulu porter une longue estocade, le pied de derrière lui avait manqué et qu’il était tombé sur les genoux ; que, sur ce temps, M. de Guise avait passé sur lui et mis le pied sur son épée ; que M. de Coligny n’ayant pas voulu demander la vie, M. de Guise lui avait dit “ Je ne vous veux pas tuer, mais vous traiter comme vous méritez pour vous être adressé à un prince de ma naissance sans vous en avoir donné sujet ”, et lui avait donné plusieurs coups du plat de l’épée sur les oreilles. De quoi Coligny, outragé, ayant fait un pas en arrière, avait dégagé son épée et s’était mis de nouveau en présence ; que dans ce second rencontre, M. de Guise avait été blessé légèrement à l’épaule et Coligny à la main ; que M. de Guise ayant passé une seconde fois sur Coligny, s’était saisi de son épée, dont il avait la main un peu coupée, et la lui avait ôtée ; qu’il avait eu tout l’avantage ; que Bridieu avait désarmé l’Estrade et était blessé à la cuisse ; que le page avait été attaqué par trois laquais de Coligny, s’était vaillamment défendu et était aussi blessé ; que c’était une suite de l’affaire de Mme de Longueville et de Mme de Montbazon. Toute la cour allait chez M. de Guise, qui avait acquis une grande réputation de ce combat, et chez M. le duc d’Enghien. […]
Le lundi 14 décembre, je fus chez M. Gilbert, conseiller. Il me dit que le Parlement, les chambres assemblées, avait donné commission au procureur général pour informer du duel et avait permis d’obtenir monitoire ; que la reine avait dit à Messieurs du Parlement […] qu’elle ferait observer l’édit des duels contre qui que ce fût. Je vis au retour Guillemot qui me dit que tout le monde blâmait Coligny ; qu’il était allé en Hollande ; que l’on disait que M. de Guise était à Meudon, mais qu’il était à Paris ; que la reine n’avait dit autre chose à Mme de Guise lorsqu’elle l’avait vue le soir même du combat, sinon qu’elle voulait être obéie. Chacun disait que la reine devait se servir de cette occasion pour faire grand bruit et conserver son autorité. »

On fit cette chanson sur ce combat :

« Essuyez vos beaux yeux,
Madame de Longueville,
Essuyez vos beaux yeux ;
Coligny se porte mieux.
S’il a demandé la vie,
Ne l’en blâmez nullement,
Car c’est pour être votre amant
Qu’il veut vivre éternellement. »

Lors d’un second duel, le 23 mai 1644, Guise tua Coligny.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 décembre 1643. Note 20

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(Consulté le 07.08.2020)

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