À Charles Spon, le 22 février 1656
Note [20]

Histoire universelle de Jacques-Auguste de Thou (livre cx, Henri iv, 1594, Thou b, tome xii, pages 241 et suivantes) :

« Quelque temps auparavant, l’Université de Paris venait de renouveler avec beaucoup de vivacité un grand procès contre les jésuites qui étaient alors regardés comme les principaux auteurs des troubles du royaume. Il y avait trente ans que leur différend avait commencé et que le procès était resté sans avoir été jugé. Du reste, quoique ces prêtres fussent chargés de la haine publique et que le roi fût absolument déclaré contre eux, il ne laissait pas de se trouver dans Paris plusieurs personnes disposées à prendre leur parti, soit que ce fût un reste de la Ligue, soit qu’elles espérassent par là se mettre bien à la Cour de Rome. […]
Le jour de l’audience, {a} Jacques d’Amboise, recteur de l’Université, ayant fait un petit discours latin à l’ordinaire, Antoine Arnauld, {b} orateur véhément, parla pour ce Corps. Il commença son plaidoyer par une protestation toute contraire à celle qu’avait faite l’avocat {c} Duret, car il déclara qu’il ne dirait rien contre ceux qui s’étaient réconciliés avec Sa Majesté ; qu’ayant à parler pour la fille aînée du roi (c’est le titre que prend l’Université), qui souhaitait à ce père tendre, qui l’avait comblée de bienfaits, toutes sortes de prospérités et qui ne désirait rien tant que d’y contribuer, il se ferait une loi indispensable de ne rien dire qui pût donner atteinte à l’amnistie et qu’il laissait aux jésuites, toujours partisans de l’Espagne, le soin de rappeler le passé pour brouiller les grands du royaume avec le souverain et les lui rendre suspects. »


  1. 12‑13 juillet.

  2. Antoine i Arnauld.

  3. Des jésuites.


Suit le long plaidoyer d’Arnauld (15 pages in‑fo) qui retrace l’histoire des jésuites depuis leur création en dénonçant leur soumission à Rome et à l’Espagne, et en les accusant d’un très grand nombre d’abus, avec cette conclusion (page 259) :

« Arnauld se tournant ensuite vers les juges, les exhorta à montrer qu’ils étaient véritablement hommes à saisir l’occasion et à se souvenir qu’ils étaient membres du plus respectable Sénat de l’univers. Il leur représenta que le temps était venu, trop tard à la vérité pour l’honneur de la nation, mais enfin qu’il était venu, et si à propos qu’il n’y avait pas un moment à perdre ; que l’avis qui irait à expédier cette affaire le plus promptement était celui qu’on devait suivre ; que le temps des grandes révolutions était propre aux grandes entreprises ; que les médecins ne laissaient rien dans un corps qu’ils avaient guéri qui pût en troubler l’harmonie ; qu’il fallait à leur exemple couper tout ce qui menaçait notre liberté ; que l’unique moyen de rétablir la discipline des Écoles françaises, qui avait été ruinée par nos guerres, était de détruire l’École espagnole, vraie sangsue altérée du sang de nos étudiants, et que ces collèges qu’ils ouvraient dans tout le royaume étaient autant de saignées qui tiraient le suc et le sang de l’Université de Paris. »

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 février 1656. Note 20

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0433&cln=20

(Consulté le 18.04.2021)

Licence Creative Commons