À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651
Note [21]

« On appelait jadis porteurs d’eau les esclaves des prostituées, qui portaient de l’eau en abondance aux femmes pour qu’elles lavent leurs parties intimes après le coït » ; sur le mot Maquereau, pages 450‑451, avec ce propos de Ménage :

« Tripault dans son Celthellenisme, {a} et Savaron sur l’épître vi du livre ix de Sidonius Apollinaris, {b} le dérivent de aquariolus, qui dans Festus, Apulée et Tertullien, se prend pour un homme qui sollicite la pudicité des filles, et croient que nous avons ajouté une m à ce mot, comme à Mars de Αρης, etc. »


  1. Celt’-hellénisme, ou Étymologique des mots français tirés du grec. Plus Preuves générales de la descente de notre langue. Par Léon Trippault, sieur de Bardis, conseiller du roi au siège présidial d’Orléans (Orléans, Éloy Gibier, 1581, in‑4o) : « Mais pourquoi macquereau ne serait étymologisé de aquariolus, la lettre de m étant mise devant, et aussi macquerelle ? » (page 196).

  2. Caii Sollii Apollinaris Sidonii Arvenorum episcopi Opera. Io. Savaro Claromontensis, Regis Christianiss. Consiliarius, Præses et præfectus Arveniæ, multo quam castigatius recognovit, et librum commentarium adjecit… [Œuvres de Caius Solius Apollinaris Sidonius, évêque d’Auvergne (v. note [28], lettre 282) ; Jean Savaron, natif de Clermont-Ferrand (1566-1622), conseiller du roi très-chrétien, président et lieutenant général d’Auvergne, les a très abondamment corrigées et y a ajouté un commentaire…] (Paris, Hadrianus Perrier, 1609, in‑4o, seconde édition, pages 572‑573) ; commentaire des mots meretricii blandimenta naufragii [les séductions du naufrage entre les bras d’une sirène], implorant la clémence du pape envers un de leurs amis communs qui avait renoncé à se débaucher avec une servante lubrique, semblable aux sirènes qui voulurent séduire Ulysse :

    Recte, nam in mythologicis Syrenum nomine meretrices intelliguntur, quæ in acta Siculi maris merebant, olimque meretrices in acta littoris cellas suas collocabant, unde expositis Romani imperii auctoribus in Tiberino littore meretrix ubera admovit, Livius, Florus, et reliqui, quæ Lupa dica est, à qua Lupanaria. […] Suetonius in Nerone c. 27 Quotiens Ostiam Tiberi deflueret, aut Baianum sinum præternavigaret, dispositæ per littora et ripas diversoriæ tabernæ parabantur insignes ganea matronarum institorio copas imitantium atque hinc inde hortantium ut appelleret, ex Seneca clarum est, Controver. 2 lib. i unde aquarii, et aquarioli, Festo, Apuleio in Apolog. et Tertull. oxinde Gallis adjecta m litera, maquereau, et bordeau.

    [Le mot est correct, car dans les écrits mythologiques, le mot sirènes est à entendre comme voulant dire prostituées ; elles sévissaient sur le rivage de la mer de Sicile et jadis, les prostituées installaient leurs cabanes sur les plages de la côte. De là est venu ce qu’on conté des auteurs de l’Empire romain comme Tite-Live, Florus et d’autres, d’une opulente courtisane qui s’installa sur la rive du Tibre ; dénommée Lupa, elle a donné le mot lupanar. {i} (…) Suétone, au chapitre 27 de la Vie de Néron : « Chaque fois qu’il descendait le Tibre pour se rendre à Ostie ou dans l’anse de Baïes, on disposait, le long du rivage, des guinguettes et d’insignes bouges pour le commerce des matrones ; de là, elles s’exhibaient et l’incitaient à accoster. » {ii}. Il est clair que les mots aquarii et aquarioli viennent de Sénèque, Controverse 2, livre i, {iii} de Festus, d’Apulée en son Apologie, et de Tertullien, pour ensuite donner en français maquereau, après addition d’une lettre m, et bordel. {iv} »

    1. V. note [7], lettre 580, pour Lupa, la Louve, la putain, et pour son lupanar.

    2. Avec correction des coquilles que Savaron avait glissées dans le latin de Suétone. Ostie se situe à l’embouchure du Tibre et l’anse de Baïes, plus au sud, dans le golfe de Naples.

    3. Cette 2e controverse du livre i des Lucii Annæi Senecæ Controversiarum libri x [Dix livres de Controverses de Sénèque l’Ancien] discute le cas d’une prêtresse qu’on a prostituée de force.

    4. Assimilation de bordel, bordeau, à « bord de l’eau ».

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651. Note 21

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(Consulté le 20.09.2019)

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