Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine
Note [21]

Cette phrase rassemble deux des trois corps de praticiens rivaux qui se disputaient alors avec acharnement sur leurs compétences respectives dans les soins aux malades de Paris (sans prendre en compte la multitude de ceux qui s’y adonnaient sans porter le moindre titre licite) : médecins titulaires d’une licence ou d’un doctorat conféré par la très salubre Faculté et barbiers chirurgiens (barbitonsores, v. note [1], lettre 6), dont certains étaient jurés (jurati, v. note [8], lettre 361), à ne pas confondre avec les chirurgiens de robe longue, dits de Saint-Côme (v. note [22], lettre 6), absents de l’examen ici évoqué. Maurice Raynaud a fort bien résumé leurs querelles (pages 302‑303) :

« Telle était à peu près la situation respective des partis au commencement du règne de Louis xiv : trois professions rivales, constituées en corporations, unies en principe par des liens toujours discutés, mais en fait complètement indépendantes ; {a} la Faculté de médecine pétrifiée dans son immobilité et réclamant de tout le monde une soumission qu’elle n’obtenait de personne ; les chirurgiens de Saint-Côme, intermédiaires par leur position et leurs habitudes entre les corps savants et la bourgeoisie commerçante, portant la robe aux jours de cérémonie, faisant passer des examens et conférant des grades, mais tenant boutique et suspendant à leurs fenêtres, en guise d’enseignes, trois boîtes emblématiques surmontées d’une bannière aux images des saints Côme et Damien ; enfin, les barbiers, {b} n’ayant ni robe ni école, {c} vivant aux dépens des uns et des autres, et établis par une longue possession dans le libre exercice de la chirurgie tout entière, et même d’une partie de la médecine. Les raisons qui avaient dans l’origine motivé ces distinctions n’existaient plus ; il ne restait que des rivalités invétérées. Mais à force de confondre dans sa haine les deux ordres de la chirurgie, la Faculté avait fini par les rapprocher l’un de l’autre, et il n’était pas difficile de prévoir qu’un moment viendrait où les besoins d’une défense commune les unirait contre elle. » {d}


  1. À titre d’exemples, au chevet des malades, nul médecin ne pouvait pratiquer la saignée (phlébotomie, v. note [7], lettre 28) sans la main du barbier qui incisait la veine, ni venir entièrement à bout d’une pierre vésicale sans l’intervention du chirurgien (cystotomiste) qui incisait la vessie (opération de la taille, v. note [7], lettre 811).

  2. « Les barbiers avaient pour enseigne des bassins et des ciseaux » (note de M. Raynaud).

  3. Formés par compagnonnage, les barbiers jouissaient néanmoins d’un titre de maître qui les rendait aptes à former des apprentis. L’attribution de ce grade faisait l’objet du litige dont débattait la Faculté dans ce passage des Commentaires : le dénommé Gorgeret refusait de se soumettre à l’examen de maîtrise dans les conditions fixées par la corporation des chirurgiens barbiers.

  4. V. note [14], lettre 411, pour l’accord d’union conclu entre les chirurgiens barbiers et ceux de Saint-Côme le 1er octobre 1655.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine. Note 21

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(Consulté le 17.10.2019)

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