À Charles Spon, le 16 novembre 1649
Note [23]

« On dit qu’un homme est cassé aux gages pour dire qu’on a rompu avec lui, qu’il n’est plus en faveur » (Furetière).

En 1643, le Chancelier Pierre iv Séguier, fort lié aux jésuites, avait nommé Jean de Launoy l’un des quatre censeurs royaux pour les livres de théologie, offices dont la principale intention était de supprimer tout ce qui tendrait à propager la doctrine de Jansenius et d’Antoine ii Arnauld. Launoy était resté en poste au moins jusqu’en 1648. En 1649, quand éclata en Sorbonne l’affaire des Cinq Propositions de Jansenius (v. note [16], lettre 321), Launoy se singularisa par sa position : il donnait à la fois raison aux deux partis en affirmant qu’il n’y avait pas sur cette matière de véritable tradition et qu’on en pouvait croire ce qu’on voulait ; il ajoutait encore que Jansenius avait fort bien entendu saint Augustin et qu’on avait tort de le condamner, mais que saint Augustin s’était lui-même trompé et que c’étaient les semi-pélagiens (jésuites, v. note [7], lettre 96) qui avaient raison. De là naquit le bruit, dont Guy Patin se faisait ici l’écho, que Launoy était pensionnaire des loyolites (Michaud).

Bayle (note D) a parlé des relations de Launoy avec le P. Jacques Sirmond, jésuite :

« Il lui allait proposer ses doutes, on lui répondait sans criailler et sans s’échauffer. Cette manière contentieuse de s’entretenir sur les sciences, trop ordinaire parmi les savants, n’entrait point dans le caractère de ce jésuite. […] Il marquait doucement à son ami les autorités des Pères et des conciles sur lesquelles il sondait ses sentiments. M. de Launoy les examinait avec une grande exactitude et allait revoir le P. Sirmond qui, l’ayant ouï discourir sur ces matières, lui répondait : “ Au commencement j’y étais plus éclairé que vous ; mais à cette heure vous les possédez beaucoup mieux que moi. ” Il n’y avait aucun jésuite qui eût plus de part que Launoy à la confidence de celui-là et cette conduite ne plaisait point aux confrères. »

Dans la suite de son existence, Launoy « ne trouva point d’antagoniste qui gardât moins de mesures avec lui que le P. Théophile Raynaud », et prit, en 1656, sans devenir lui-même janséniste, la défense d’Antoine ii Arnauld contre la censure de la Sorbonne et des jésuites, ce qui lui valut d’être définitivement radié de l’Université de Paris.

Ce passage, depuis « Le livre de M. de Launoy… » forme presque mot pour mot le 1er paragraphe des lettres xlix à Spon de l’édition Bulderen (tome i, 139-140) et ccclzzzix à Falconet de l’édition Reveillé-Parise (tome ii, 568‑570), datées du 18 novembre 1650, qui sont donc des fabrications (v. note [12], lettre 201).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1649. Note 23

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0207&cln=23

(Consulté le 09.12.2022)

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