Annexe : Une thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie » (1643)
Note [24]

(Pline, Histoire naturelle, livre vii, chapitre li ; Littré Pli, volume 1, pages 307) :

Atque etiam morbus est aliquantipser sapientiam mori. Morbis enim quoque quasdam leges natura posuit.

[Il existe même une espèce de maladie où l’on meurt par la raison. La nature a aussi imposé certaines lois aux maladies].

Émile Littré, dans sa propre édition de Pline (volume 1, pages 316‑317, note 28), a commenté la difficulté de ce passage :

« La note 69 de Guéroult {a} résume les interprétations diverses de cette phrase, très controversée : “ Il n’est peut-être aucun passage de Pline qui ait donné plus d’exercice aux commentateurs. Chacun a essayé d’interpréter à sa manière le mot sapientiam. Les uns veulent qu’il signifie ici frénésie ; selon d’autres, Pline n’a entendu parler que d’une maladie opposée à la sagesse, du délire, de la folie ; selon d’autres encore, il s’agit en cet endroit du suicide réfléchi. Plusieurs, peu satisfaits de ces explications, n’ont pas douté que le texte n’ait été altéré ; en conséquence, quelques-uns proposent de lire : Atque etiam morbus est aliquantis per sapientiam mori ; quelques autres : Morbus est aliquis sapientiam præmori ; ou bien : morbus est aliquis persapientiam morosis. Enfin, dans ces derniers temps, le docteur Goulin, mort l’an vii, professeur de l’histoire de la médecine à l’École de Paris, a proposé, dans le Journal de médecine, t. lxvi, 1784, de substituer senectutem à sapientiam ; de sorte qu’on lirait : Atque etiam morbus est aliquis per senectutem mori. C’est même une espèce de maladie que de mourir de vieillesse. Il s’appuie sur l’autorité de Térence, qui fait dire à un vieillard : Senectus ipsa est morbus ; de celle de Galien, qui a dit : Τουτο (γηρας) νοσον λεγουσις ενιον, Quelques-un appellent la vieillesse une maladie. Je conviens que ce sens est raisonnable ; que même il s’accorde avec ce qui précède et ce qui suit ; mais est-il permis, je ne dis pas de réformer, mais de changer ainsi le texte d’un auteur ? Pour moi, il me semble qu’il n’y a dans cette phrase aucun mot oublié ou corrompu. Je crois que Pline parle ici de cette sombre mélancolie qui souvent même conduit les hommes à la mort ; et le sens que je donne à ce passage me paraît s’accorder tout aussi bien avec ce qui précède et ce qui suit, et n’être pas moins digne du grave historien de la nature. ” Suivant moi, sapientia représente ce que les Grecs nommaient φρενες, dont la maladie était désignée par le nom de φρενιτις. Mori per sapientiam, c’est mourir par la maladie du siège de la raison. Cette interprétation me semble assurée par la première ligne du paragraphe suivant où il est dit que dans sapientiæ ægritudine le malade est affecté de carphologie, {b} d’évacuation involontaire de l’urine, etc. ; signes qui appartiennent aux fièvres avec délire. »


  1. Pierre-Claude-Bernard Guéroult (1744-1821), éditeur et commentateur de Pline.

  2. V. infra note [29].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Une thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie » (1643). Note 24

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(Consulté le 04.12.2020)

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