À Charles Spon, le 17 octobre 1667
Note [25]

Bayle sur Palingenius :

« Il est certain qu’il a parlé contre les moines et contre les abus de l’Église avec une extrême liberté, et de là vient qu’il paraît dans l’Index librorum prohibitorum {a} entre les hérétiques de la première classe, sur le pied de luthérien. On dit même que son cadavre fut déterré et brûlé sous prétexte d’hérésie. Néanmoins, il se déclara bon catholique à la fin de son épître dédicatoire, car il fournit toutes ses pensées à la censure de l’Église. Elles ne sont pas toutes d’une nature à pouvoir plaire aux protestants : il pousse trop loin quelquefois les objections des libertins et les étale d’une manière qui témoigne qu’il ne les condamnait pas. À cela près, son Zodiaque est rempli de bonnes choses, et d’une satire bien philosophique contre les mauvaises mœurs et les faux préjugés. »


  1. « Index des livres interdits » (par l’Église catholique romaine), instauré après le concile de Trente (achevé en 1563, v. note [4], lettre 430).

À propos du cadavre qu’on brûla après l’avoir déterré, Bayle ajoute dans sa note C :

« J’ai lu cela dans Melchior Adam : {a} edidit præterea, dit-il parlant de Christophe Wirsungus, {b} Marcelli Palingenii Stellatensis (cuius cadaver, propter pietatis doctrinam in Italia exhumatum concrematumque fuit) poëmata doctissimis adiectis commentariis. {c} Mais voici un témoin plus authentique, le Gyraldi, {c} qui vivait en ce temps-là et dans le pays où la chose s’était passée, assure que l’on sévit contre les cendres de ce poète, post eius mortem in eius cineres sævitum est, ob impietatis crimen. » {c}


  1. Vitæ Germanorum Philosophorum… [Vies des philosophes allemands…] (Heidelberg, 1615, v. note [2], lettre de Charles Spon, le 15 janvier 1658) de Melchior Adam (page 223).

  2. Christoph Wirsung (Augsbourg 1500-Heidelberg 1571), médecin et prédicateur évangélique.

  3. « il a en outre édité les poèmes de Marcellus Palingenius de Stellata (dont le cadavre a été exhumé et brûlé, en raison de la doctrine de piété qui sévit en Italie) en y ajoutant de très savants commentaires. »

  4. Giglio Gregorio Giraldi (Ferrare 1479-ibid. 1552) : Historiæ poetarum tam Græcorum quam Latinorum dialogi decem… [Dix dialogues de l’Histoire des poètes tant grecs que latins…] (1545).

  5. « après sa mort on sévit contre ses cendres, pour crime d’impiété. »

Quant au mauvais sort que Rome a réservé aux premiers luthériens italiens, le Patiniana 1 (v. note [12]) a rapproché Marcellus Palingenius d’Aonius Palearius (qui paya bien plus chèrement son audace).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 17 octobre 1667. Note 25

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(Consulté le 19.09.2021)

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