À Charles Spon, le 7 février 1648
Note [26]

Caspar Hofmann : Institutionum suarum medicarum Epitome, in sex libros digesta. Ex ipsius auctoris autographo primum edita [Abrégé de ses Institutions médicales, distribué en six livres. Édité pour la première fois à partir du manuscrit de l’auteur lui-même] (Paris, 1648, Gaspard Meturas, in‑12o, privilège daté du 4 janvier ; réédition en 1672 à Heidelberg), version abrégée de l’édition complète parue en 1645 (v. note [12], lettre 92). L’épître dédicatoire est adressée au fils aîné de Guy, Robert Patin (alors âgé de 18 ans) :

Optimæ indolis et magnæ spei adolescenti Roberto Patino, melioris et sanctioris Medicinæ studioso, Guidonis Patini, Doctoris Medici Parisiensis, et Chirurgiæ professoris, filio S.P.D. {a}

Si verum est, mi Roberte, quod C. Memmius apud Salustium dicit, Nihil æque concordiam humani generis dissociare et distrahere ac vitium ingratitudinis, jam ego causam dixero, apud bonos, cur Tibi hanc Medicinæ Epitomem dedicandam statuerim. Postquam enim illustri Dom. Parenti tuo, amico meo magno, visum fuit, in hac viridi ætate mancipandum Te esse Medicinæ Hippocratis et Aristotelis, hoc ipso tempore quo vir egregius D. Caspar Meturas publicare vult tale quid, viderer negligere bonum omen, si, Te præterito, alium deligere vellem ex ephæbeo Parisino, cui illa primum se sisteret. Quia enim discendum Tibi est, et quidem ab initio cum difficultate aliqua, ne cogaris dediscere iterum necessitate urgente aliqua, hac de re cogitare me vel imprimis jubent insignita in me beneficia, dicti Dom. Parentis tui ; quæ hoc quidem tempore non oratoriè celebranda mihi sint, sed serio cogitandum est de αντιδωρω æquali, quale mihi præter hoc, jam aliud in manu non est. Accipe igitur, mi suavissime, Medicinam, Sponsam tuam, ea veste indutam, qua maxime obviam. Tibi ire fas est, ut primus amoris gradus sit bene solidus. Bene vale, mi Roberte, et rem fortiter age, ut spem paternam, imo et meam omniumque honorum, etiam vincas. Altorfii in Norico, anno Christi Redemptoris, millesimo sexcentesimo, quadragesimo septimo, decima septima Septembris.
Tuus ex animo
Casp. Hofman.
Med. Doctor
.

[J’adresse mon profond salut à Robert Patin, jeune homme d’un excellent naturel et de grandes espérances, appliqué à l’étude de la meilleure et plus sacrée médecine, fils de Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur de chirurgie.

Nihil æque concordiam humani generis dissociare et distrahere ac vitium ingratitudinis, dit Memmius dans Salluste ; {b} si cela est vrai, mon cher Robert, j’aurai déjà énoncé pourquoi, parmi d’autres bonnes raisons, j’ai décidé de vous dédier cet Abrégé de médecine. Monsieur votre père, mon grand ami, ayant découvert qu’en la verdeur de votre âge, vous décidiez de vous vouer à la Médecine d’Hippocrate et d’Aristote, et à la même époque, le distingué M. Gaspard Meturas {c} voulant publier quelque chose de tel, j’aurais paru négliger un bon présage si j’avais choisi un autre que vous parmi les jeunes hommes de Paris, à qui cet Abrégé se destine principalement. Il vous faut en effet étudier, et au début, vous y rencontrerez certainement de la difficulté à éviter que quelque autre nécessité pressante ne vous pousse à renoncer. Ce qui m’incite à vous y faire bien penser est avant tout l’insigne bienveillance de Monsieur votre père à mon égard. Je n’ai certes plus aujourd’hui les talents oratoires requis pour la célébrer, mais je dois sérieusement songer à le gratifier d’un présent de même prix, sans en avoir d’autre sous la main que ma dédicace. Recevez donc, mon très doux ami, votre fiancée, la Médecine, revêtue de cet habit, qui la présente fort aimablement. Votre devoir est d’agir pour rendre inébranlables les prémices de votre amour pour elle. Portez-vous bien, mon cher Robert, et efforcez-vous de couronner de tous les honneurs les espérances de votre père, ainsi que les miens. À Altdorf en Bavière, le dix-septième de septembre de la mil six cent quarante-septième année du Christ Rédempteur.
Vôtre de tout cœur,
Caspar Hofmann,
docteur en médecine]. {d}


  1. Salutem Plurimam Dico.

  2. « Nul défaut n’est plus propre à dissoudre et détruire la bonne entente que l’ingratitude ». Sans oser croire qu’Hofmann ait pu se fourvoyer, je n’ai trouvé cette citation que dans Sénèque (Des Bienfaits, livre iv, chapitre xviii) :

    Per se fugienda res est ingratum esse, quoniam nihil æque concordiam humani generis dissociat et distrahit, quam hoc vitium.

    [Par essence, être ingrat est un défaut à fuir, parce que nul autre ne dissout et détruit autant la bonne entente].

    Dans sa Guerre de Jugurtha, Salluste (v. note [136], lettre 166) a parlé de Caius Memmius, tribun de la plèbe au ier s. av. J.‑C., mais sans lui attribuer ce propos.

  3. V. supra note [12].

  4. Hofmann mourut le 3 novembre 1648, âgé de 76 ans.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 février 1648. Note 26

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(Consulté le 05.12.2020)

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