À Charles Spon, le 1er avril 1653
Note [27]

La censure a établi des différences entre les pages 39 et 40 des deux éditions (1652 et 1653) de la Vita Petri Puteani [Vie de Pierre Dupuy] de Nicolas Rigault (v. note [7], lettre 307) :

Ab eo tempore Puteanus in Urbe mansit, nisi quod brevibus interdum excursionibus in Camplatrosum Molæi sui prætorium rebus prolatis rusticandi gratia secedebat, unde mox recurreret ad nota vitæ officia privatæ ; per quæ nihilominus publicis utilitatibus ita serviebat, ut penes eum perpetuus esse videretur in privati persona magistratus. Hæc vero tunc fuit ævi condicio. Excusso de regni gubernaculis Concinio nebulone, obtritis nimio Conestabilitatis pondere Luinæis ;
[À partir de ce moment, Dupuy demeura à Paris, hormis quelques brèves excursions, de temps à autre, au château de Champlâtreux où il allait visiter le président Molé qui occupait son temps libre aux champs, et d’où il revenait bientôt pour se livrer aux charges ordinaires de sa vie privée ; il ne se mêlait plus du tout des affaires publiques, au point que les magistrats le considéraient comme en étant définitivement écarté. Telle était alors à vrai dire la situation de l’époque : le vaurien de Concini ayant été dessaisi des rênes du pouvoir, elles avaient écrasé de leur trop grand poids le connétable de Luynes] ;

[1652]
subrepserat inusitatæ audaciæ genius, qui Rege non improbante, aut non <page 40> sentiente, despecto pegmate suggestus episcopalis, non regiæ quidem, sed infinitæ potentiæ clavum arripuit, tenuitque imperiosissime, usque dum per annos amplius viginti orbe Christiano furoribus internecinis quassato, Gallia partim dirupta luxu, partim emaciata tributis, ipse curis ingentibus exesus, cadaverosa tabe dilaberetur. Magna præstitit, sed quicquid erat in omni Gallia roboris prodegit, et propositum facinus, quamvis immane, admistione virtutis adumbrari, summam credidit esse virtutem. Galliæ proceres aut cohibuit carcere, aut bellicis adversus finitimos expeditionibus distinuit, ut aula vacua solus Regem haberet.

[un génie d’une extraordinaire audace <Richelieu> s’était insinué ; le roi ne l’ayant pas désapprouvé ou perçu à sa juste valeur, il s’éleva d’un siège méprisé d’évêque pour saisir la barre d’un pouvoir non pas même royal, mais infini, et la tenir de la manière la plus tyrannique pendant plus de vingt ans sur le monde chrétien, ébranlé par les folies les plus meurtrières. Lui-même ayant été rongé par d’énormes soucis, la France, partie mise en pièces par la débauche, partie épuisée par les impôts, sombra dans une consomption cadavérique. La France se montra grande, mais il dissipa tout ce qui s’y trouvait de forces et tint pour le summum de la vertu de déguiser le crime ostensible, si monstrueux fût-il, sous le masque de la vertu. Quant aux princes de France, il les a soit retenus en prison, soit occupés en expéditions guerrières contre les pays voisins ; de sorte que la cour déserte isolait le roi].

[1653]
per tot acerbitates temporum, velut fluctuum agitationes, iactata Gallia in <page 40> tutela novi gubernatoris acquievit. Hic enim iubente Rege non pacis tantum ac togæ negotiis manum admovit ; sed etiam in bellicis ac militaribus adeo prudenter ac feliciter versatus est, ut eo hortatore, consiliario et adiutore per annos viginti et amplius ea Rex domi forisque præstiterit, quæ vix animo concipere quisquam ob magnitudinem, ignorare propter claritatem, et splendorem nemo possit ; obscurare vero detrahendo ne invidia quidem ipsa, fremat licet et circumstrepat, malevolentiaque audeat. Eximia omnes, sed præsertim ingenii et doctrinæ laude florentes, benevolentia ac liberalitate excepit, fovitque.
[par toutes les duretés de ces temps, comme par les ballottements des flots, la France s’est donné du repos en se jetant sous la tutelle d’un nouveau timonier. En effet, cet homme <Richelieu>, sur ordre du roi, ne s’est pas seulement appliqué aux affaires du Parlement et de la paix ; il s’est aussi consacré aux affaires guerrières et militaires avec tant de compétence et de bonheur que, sous son instigation, son conseil et son assistance, le roi, pendant vingt ans et plus, a exécuté, en France et à l’étranger, ces choses que tous peuvent à peine concevoir pour leur grandeur, et que nul ne peut ignorer pour leur éclat et leur splendeur ; mais la malveillance ne s’est pas privée de l’obscurcir pour le rabaisser, tout comme la pure jalousie de gronder et de crier. Avec une générosité et une bienveillance extrêmes, il a accueilli et choyé tout le monde, mais particulièrement ceux qui brillent par le mérite de leur intelligence et de leur savoir].

Haud ignoravit Puteani nomen, nec parum sibi fore ad gloriam ratus si laudatissimo viro uteretur, studiorum eius fautor haberi, et honoraria quotannis præstari voluit.

[Il n’ignora pas le nom de Dupuy, et songea fort à l’avantager, voulant, s’il avait pu le mettre au service entier de sa gloire, se faire le protecteur de ses études et lui verser une belle rente annuelle].

V. note [3], lettre 325, pour une autre altération du texte entre les deux éditions.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er avril 1653. Note 27

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(Consulté le 26.11.2020)

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