Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit
Note [29]

Triade 46.

« De Louis ii, roi de Hongrie et de Bohême, qui s’est noyé dans une petite rivière, près de Mohács, le 29 août 1526, {a} Joannes Dubravius écrit que son extrême précocité s’illustrait par trois particularités : 1. il a vite grandi ; 2. la barbe lui a poussé avant l’âge ; 3. à peine entré en sa 18e année, il avait les cheveux blancs. Cela se lit vers la fin de son Historia Bohemica ; {b} pareillement dans les Emblèmes d’Alciat. » {c}


  1. Louis ii Jagellon (Buda 1506-1526) était fils de Vladislas ii, roi de Bohême (de 1471 à 1516), et neveu de Sigismond ier, roi de Pologne (de 1506 à 1548). Louis a régné sur la Hongrie et sur la Bohême de 1516 à sa mort. La guerre entre la Hongrie et la Turquie (dirigée par Soliman le Magnifique, v. note [35], lettre 547) s’étant rallumée en 1520, Louis ii périt lors de la bataille de Mohács, sur la rive occidentale du Danube, que son armée perdit le 29 août 1526. Ferdinand ier de Habsbourg, frère de Charles Quint (v. la fin de la note [19] du Borboniana 8 manuscrit), succéda à Louis ii.

  2. Io. Dubravii Olomuzensis Episcopi, Historia Bohemica, ab origine gentis, per diversas temporum et familiarum vices, usque ad Ferdinandi Imp. et Regis auspicia, deducta. A Cl. V. Thoma Iordano Medico novis Genealogiarum, Episcoporum, Regum, Ducum Catalogis, necessariis quinetiam Annotationibus ornata et illustrata, ut nunc demum edita dici possit. Cui hac editione accedit eiusdem Dubravii ad Sigismundum Poloniæ Regem oratio ad Turcam debellandum exhortatoria : nunc primum edita. Adjectum est in fine rerum memorabilium Index.

    [Histoire de Bohême, depuis l’origine de ce peuple jusqu’à l’avènement du roi et empereur Ferdinand, que Io. Dubravius, évêque d’Olomouc, {i} a déduite de divers entrecroisements des époques et des familles. M. Thomas Jordan, très distingué médecin, {ii} l’a illustrée et enrichie de nouveaux catalogues des généalogies, des évêques, des rois et des seigneurs, et de nécessaires annotations, si bien qu’on peut maintenant dire qu’elle est inédite. On y a ajouté : le discours, encore jamais publié, que ledit Dubravius a adressé à Sigismond, roi de Pologne, {iii} pour l’exhorter à achever la guerre contre la Turquie ; et à la fin, un index des faits mémorables]. {iv}

    La triade 46 y a puisé en deux endroits.

    • Livre xxxiii, page 272 (lignes 29‑33) :

      Ludovicus rex aquis mergitur clade Mohaziana, anno 1625. die 29. Augusti. De Ludovico autem rege diligenter Turca iniunxerat, ut incolumis caperetur, dignum vita et ipso regno existimans propter animi magnitudinem, quem adolescente adhuc iuventa gerebat, ausus cum paucis apparere contra infinitam multitudinem. Sed iam is quoque decesserat in proxima alluvie Danubii cum equo, in aquis collapso, priusquam casum deductor conspiceret, ferreque opem posset, submersus.

      [Le roi Louis se noie le 25 août 1525 durant le désastre de Mohács. Quant au roi Louis, les Turcs avaient soigneusement ordonné qu’il fût capturé sain et sauf. Ils l’estimaient digne de vivre et de régner, pour le grand courage dont il avait fait preuve car, en dépit de sa jeunesse, dont il était encore à peine sorti, il avait osé se montrer avec peu de troupes face à une infinie multitude d’ennemis. Néanmoins, il était déjà mort : ayant glissé avec son cheval dans les eaux d’une mare créée par la crue du Danube, il s’y était noyé avant que son escorte se fût aperçue de sa chute et pût lui porter secours].

    • Cité mot pour mot par le Borboniana, le passage sur la grande précocité physique du roi Louis, se trouve ibid. page 270 (lignes 31‑33). Ces particularités peuvent aujourd’hui évoquer une puberté masculine précoce.

      1. Joannes Dubravius (Jan Skála z Doubravky, 1486-1553), humaniste tchèque, évêque d’Olomouc, en Moravie.

      2. V. note [11] de l’Observation vii de Guy Patin et Charles Guillemeau.

      3. Sigismond iii Vasa, v. notule {f}, note [31], lettre 211.

      4. Hanau, Claudius Marnius et les héritiers de Ioan. Aubrius, 1602, in‑fo de 284 pages.

  3. Le récit de Dubravius est résumé à la page 877 de la compilation des commentaires sur les Emblemata d’André Alciat publiée par Johannes Thuillius. {i}

    Dans l’édition de Claudius Minos, {ii} l’emblème ccix, Amygdalus [L’Amandier] est à la page 697 (sans référence à Dubravius) :

    Cur properans foliis præmittis amygdale flores ?
    Odi pupillos præcocis ingenii
    . {iii}

    [Amandier, pourquoi, te hâtant, sors-tu tes fleurs avant tes feuilles ? Je hais les enfants au génie précoce]. {iv}

    Avec ce commentaire de Minos :

    Floret prima omnium Amygdala mense Ianuario, Martis vero pomum maturat. Plin. 25. ca. 16. quod torquetur in illud ingeniorum velut præcox genus, quod non temere unquam pervenit ad Frugem, ait Fab. lib. i. cap. 3. Sunt enim pueri, qui statim primoque omnia sciant, memoriterque teneant, qui tamen quanto ætate fiunt provectiores, tanto minus complectuntur, ita ut ad solidam eruditionem vix aliquando perveniant. Eam ob rem vulgo pene apud omnes creditum, eos, quibus sit ingenium tam præcox et præmaturum, aut insanos fore, aut non diu victuros.

    [« L’amandier, le premier de tous, fleurit au mois de janvier ; au mois de mars, l’amande est mûre » (Pline livre xxv, chapitre xvi). {v} Il y a comme quelque chose de tordu « dans ce genre précoce d’esprits, car ça n’est pas sans raison qu’il n’en sort jamais de fruit » (Fab., livre i, chapitre iii). {vi} Il existe en effet des enfants qui savent toutes choses très tôt et tout de suite, et les conservent en mémoire ; mais pourtant, à mesure qu’ils avancent en âge, ils les comprennent de moins en moins, à tel point qu’ils n’acquièrent jamais une solide érudition. Voilà pourquoi presque tout le monde croit que ceux qui sont doués d’un génie si précoce et prématuré deviendront fous ou ne vivront pas longtemps].

    1. Padoue, 1621, v. supra notule {g}, note [28].

    2. Lyon, 1614, citée dans la même notule que supra.

    3. Joliment illustré, mais sans commentaire ajouté dans l’édition latine de Lyon, 1551.

    4. Ainsi traduit et commenté par Barthélemy Aneau dans l’édition française de Lyon, 1549 :

      « L’Amandelier.

      “ Amandelier, pourquoi si tôt floris ?
      Trop bons ne sont les trop prompts esprits. “

      L’amandelier est le premier arbre qui fleurit, et celui qui plus tôt périt. Aussi les trop hâtifs esprits (comme dit Quintilien) [v.  sous-notule {vi} infra] à grand peine jamais parviennent à fruit. »

    5. Erreur de référence à L’Histoire naturelle de Pline l’Ancien : cette citation vient de son livre xvi, chapitre xlii (Lit. Pli, volume 1, page 584).

    6. Quintilien (Fabius Quintilianus, v. note [4], lettre 244), Les Institutions oratoires (loc. cit.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit. Note 29

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(Consulté le 08.08.2022)

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