À André Falconet, le 2 septembre 1661
Note [3]

On doutait alors en effet bien fort du sort qui attendait le superbe surintendant (Gourville, pages 132‑136) :

« M. Fouquet était persuadé que sa faveur auprès du roi augmentait de jour en jour ; il négligea bien des gens avec lesquels il gardait beaucoup de mesures auparavant. Mme de Chevreuse entra fort pour lors avec la reine mère pour perdre M. Fouquet {a} et mettre le maréchal de Villeroy en sa place. M. de Laigues, {b} qui était tout à fait des amis de Mme de Chevreuse, me dit un jour que l’on publiait dans le monde que je n’étais point bien du tout avec M. Fouquet et qu’il serait bien aise de savoir si, en cas qu’on en mît un autre en sa place, je voudrais bien entrer avec lui. {c} Je lui répondis que je n’étais pas tout à fait assuré dans quels sentiments M. Fouquet était pour moi, mais que, s’il lui arrivait une disgrâce avant qu’il m’eût donné sujet de le quitter et de déclarer que je n’étais plus dans ses intérêts, je courrais sa fortune. Le bruit du voyage de Nantes s’étant répandu, un autre de mes amis me dit que l’on comparait déjà M. Fouquet au favori d’un empereur qui avait fait naître une occasion de mener son maître dans un pays bien éloigné de sa résidence ordinaire, dans la seule pensée de pouvoir manger des figues qu’il avait dans son jardin ; que M. Fouquet n’avait pensé, en proposant au roi de faire un voyage à Nantes, qu’à aller voir Belle-Île. Je repassai tout cela dans mon esprit pour délibérer comment je pourrais en faire un bon usage envers M. Fouquet sans commettre mes amis. Le temps du départ s’approchant, M. Fouquet me demanda ce que l’on disait à son sujet et comment on croyait qu’il était avec le roi. Je lui répondis que les uns disaient qu’il allait être déclaré premier ministre et les autres, qu’il y avait une grande cabale contre lui pour le perdre […].
Me coupant court, il me dit qu’il croyait être par-delà tous mes raisonnements. En me retirant, je ne pus pas m’empêcher de faire beaucoup de réflexions sur tout ce que je venais d’entendre. Je conclus en moi-même que la trop grande confiance que je voyais en M. Fouquet pouvait bien venir de trop de présomption […].
M. Le Tellier et encore plus M. Colbert blâmaient fort, en général, la conduite de M. Fouquet et surtout, en particulier, de ce qu’il avait fait le mariage de sa fille {d} avec M. le comte de Charost, celui de son frère {e} avec Mlle d’Aumont, et encore d’avoir acheté la maison de M. d’Émeri, qui à la vérité était fort belle. {d} Ils disaient que, sur tout cela, il fallait qu’il se fût bien oublié. »


  1. V. note [10], lettre 706, pour le faux pas que Fouquet avait commis à propos de Fieubet.

  2. Le marquis Geoffroy de Laigues (v. notule {a}, note [4], lettre 215).

  3. Dans ses intérêts.

  4. Marie Fouquet.

  5. Gilles Fouquet.

  6. Actuel hôtel de la Banque de France, rue La Vrillière, dans le iie arrondissement de Paris.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 2 septembre 1661. Note 3

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0711&cln=3

(Consulté le 26.01.2021)

Licence Creative Commons