Annexe : Thomas Diafoirus et sa thèse
Note [3]

Chéreau, Le Médecin de Molière (page 14) :

« En vérité, on serait presque tenté de reconnaître, dans ces deux Diafoirus, Guy Patin et son fils Charles, d’autant que, trois ans avant la première représentation du Malade imaginaire, Guy Patin avait présidé (18 décembre 1670) à une thèse dans laquelle la circulation harveyenne était fort malmenée, et que Diafoirus fils, pour vaincre tout à fait la fille d’Argan, lui offre, toute roulée, une thèse de sa façon contre cette même circulation. »

Charles Patin n’a jamais écrit ou présidé de thèse sur la circulation du sang, ni écrit de propos hostiles à son encontre. Bien au contraire, dans sa Circulationem sanguinis a veteribus cognitam fuisse, Oratio, habita in archi-lyceo Patavino, die iii. Novembris, m. dc. lxxxv. a Carolo Patino, equite D. Marci, Doct. Medico Paris. primario paracticæ extr. Professore [Les Anciens ont connu la circulation du sang : Discours prononcé le 3 novembre 1685 en l’Université de Padoue par Charles Patin, chevalier de Saint-Marc, docteur en médecine de Paris, premier professeur extraordinaire de pratique (médicale à Padoue)] (Padoue, Imprimerie du Séminaire, 1685, in‑4o, pages 293‑294), il a salué les mérites de ceux qui l’ont décrite, aussi bien que critiquée :

Fatemur porro non inviti, Realdum Columbum, Danielem Sennertum, et maxime Guill. Harvæum, Anglum, anatomes professorem, ita industrie ac feliciter hanc Circulationem demonstrasse, ut ejusdem prope si non inventores, saltem restitutores eximii a Posteris celebrari meriti sint ; qui solutis difficultatibus gravissimis, facillimam ejus intelligentiam præbuerint. Jo. Vallæus in academia Lugduno-Batava professor doctissimus, novis experimentis et novis rationibus eandem roboravit. Herm. Corningius, Germaniæ lumen, in academia Julia professor ; Fortunatus Plempius Lovaniensis ; Eccardus Leiknerus Erfurtinus ; Georgius Ent Londinensis ; Cornelius ab Hogelant, et Henricus Regius, Hollandi ; Fortunius Licetus Genuensis ; Renatus Cartesius ; Jo. Veslingius, Guido parens meus p.m. et præcipue Jo. Riolanus Archiater Gallus, Thomasque Bartholinus Danus, quot et quanta nomina ! controversias ad Circulationem pertinentes suis commentariis, quamvis non omnino consentientibus, luculenter illustrarunt.

[Nous convenons bien volontiers que Realdo Colombo, Daniel Sennert et surtout William Harvey, professeur d’anatomie anglais, {a} ont démontré cette circulation avec tant de zèle et de réussite qu’ils méritent d’être célébrés par la postérité comme étant, sinon ses inventeurs, du moins ses restaurateurs : après en avoir résolu les difficultés les plus ardues, ils ont expliqué à quel point elle est simple à comprendre. Jan de Wale, {b} très savant professeur de l’Université de Leyde, l’a consolidée par de nouvelles expériences et de nouveaux arguments. Hermann Conring, le flambeau de l’Allemagne, professeur en l’Academia Julia [Université d’Helmstedt], {c} Vopiscus Fortunatus Plempius à Louvain, Eckard Leichner à Erfurt, George Ent à Londres, Cornelis van Hoghelande et Henricus Regius en Hollande, Fortunio Liceti à Gênes, René Descartes, Johann Vesling, {d} feu mon père Guy et surtout Jean [ii] Riolan, archiatre de France, et le Danois Thomas Bartholin – que de célébrités et de quelle valeur ! – ont considérablement enrichi de leurs commentaires les controverses regardant la circulation sans, pour autant, tous y adhérer totalement]. {e}


  1. V. notes [49] (notule {d}) du Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin (1653) pour Matteo Realdo Colombo, [21], lettre 6, pour Daniel Sennert, et [12], lettre 177, pour William Harvey.

  2. V. note [6], lettre 191, pour Jan de Wale.

  3. L’Université d’Helmstedt (v. note [19], lettre 340).

  4. George Ent, médecin et anatomiste anglais (Sandwich, Kent 1604-1689), était disciple et ami de William Harvey.

    Cornelis van Hoghelande, médecin de leyde (1590-1662), fut ami de René Descartes.

    V. notes [4], lettre latine 295, pour Eckard Leichner, [11], lettre 680, pour Henricus Regius, [4], lettre 63, pour Fortunio Liceti, et [19], lettre 192, pour Johann Vesling.

  5. Charles Patin tenait tous les savants qu’il citait comme les restaurateurs (restitutores), et non comme les inventeurs de la circulation du sang,considérant qu’ils avaient seulement rendus cohérents les écrits des auteurs de l’Antiquité (v. note [32], lettre 146). Cela lui permettait de mettre dans le même panthéon ceux qui l’avaient exactement comprise et ceux qui avaient contesté leur découverte.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Thomas Diafoirus et sa thèse. Note 3

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(Consulté le 25.11.2020)

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