De Adolf Vorst, le 4 septembre 1661
Note [3]

Robert Sibbald (Édimbourg 1641-ibid. 1722), médecin, géographe et naturaliste écossais, voyageait alors en Europe pour étudier. Après un séjour à Leyde, il venait à Paris avant d’aller prendre son diplôme de docteur en médecine à Angers (1662), puis de repartir s’installer dans sa ville natale, pour devenir premier professeur de médecine de son Université en 1685.

Sibbald a laissé de nombreux ouvrages savants ; son nom est longtemps resté attaché à celui de la baleine bleue, animal qu’il a soigneusement étudié et décrit. Son autobiographie (Édimbourg, 1833, v. note [72] des Préceptes particuliers d’un médecin à son fils) relate son départ du sol natal (pages 15‑17, traduit de l’anglais) :

« Je fixai mon choix sur l’étude de la médecine où, sans devoir prendre un parti politique, je pensai pouvoir être utile à mes contemporains, ici ou ailleurs. Après réflexion, je décidai de partir à l’étranger pour commencer ma formation, voir le monde et connaître les hommes.

Avec le consentement de mes parents, j’embarquai sur une frégate hollandaise le 23e de mars 1660. Je séjournai un an et demi à Leyde, et y étudiai l’anatomie et la chirurgie sous le savant professeur van Horne, les plantes sous Adolf Vorstius, qui enseignait la botanique depuis 37 ans, et les fondements et la pratique de la médecine sous Sylvius, qui avait alors grande réputation. {a} Je le vis disséquer 23 corps à l’hôpital où je le suivais. J’assistai aussi à quelques dissections publiques menées par van Horne. Sténon, que ses écrits rendirent plus tard célèbre, fut l’un de mes compagnons d’études. Parfois, il disséquait dans ma chambre et me montrait le canal salivaire supérieur qu’il avait découvert. {b} Je fréquentai une officine d’apothicaire et y vis la matière médicale et la préparation des compositions ordinaires. J’étudiai la chimie sous un Allemand nommé Witichius et, après qu’il fut parti, sous Margravius, le frère de celui qui a écrit l’histoire naturelle du Brésil. {c} De temps en temps, j’écoutai les leçons de Vander Linden, {d} qui était réputé pour son sens critique.

Durant le dernier été que je passai là, j’écrivis une thèse sur les différentes sortes de tabès et la défendis publiquement sous la présidence de Sylvius.

Pendant les vacances, je voyageai à Utrecht, où je passai quelques jours, et plusieurs fois à Amsterdam, où je visitai la Maison des Indes Orientales, la Synagogue des juifs où je vis leur célébration, et me promenai dans les marais et dans les bois avec le conservateur du jardin des plantes médicinales.

Au mois d’août qui suivit mon arrivée, je fus pris de la fièvre à laquelle j’avais été sujet depuis plusieurs printemps. Je ne manquai qu’une seule fois d’assister au culte ; mais avant de venir d’Écosse, j’avais entièrement abandonné l’usage du vin. {e} Le médecin qui me soigna alors me fit prendre du vin blanc teinté de jus de groseille ; quand j’eus guéri, il me dit l’avoir donné pour voir si j’avais une intolérance au vin et, comme je n’en eus aucun signe, il m’avisa d’en boire avec modération, comme je fis par la suite car je ne supportai pas bien la bière de Hollande. Mon père mourut en ce temps-là, et je conçus que je ne pouvais pas rester longtemps à l’étranger et décidai de m’appliquer avec ardeur à l’étude. En septembre 1661, je quittai Leyde pour Paris. Je me rendis à Calais en passant par la Zélande et la Flandre Occidentale ; puis par bateau à Rouen, où j’avais une affaire à régler ; puis de là à Paris.

Je séjournai à Paris pendant environ neuf mois. Le célèbre Guy Patin m’y fit bon accueil ; il me prêta des livres et me permit d’user pendant quelque temps des instructions manuscrites qu’il avait rédigées pour guider ses deux fils, Robert et Charles, dans leurs études (ils étaient alors docteurs de la Faculté de Paris). {f} J’étudiai les plantes sous Junquet au Jardin du roi et j’écoutai les leçons publiques de M. de La Chambre le Jeune et de M. Bazalis ; {g} j’assistai fréquemment aux disputations publiques et visitai ensuite les malades à l’Hôtel-Dieu et à l’hôpital de la Charité.

De Paris, je me rendis à Angers avec des lettres de recommandation de Guy Patin pour Bailif, Senior ou doyen de la Faculté. {h} Au bout d’un mois, son fils, Ferrand Joiselin et Boisenute me firent passer un examen, et j’obtins mon diplôme de docteur de l’endroit. » {i}


  1. Jan van Horne et Adolf Vorst ont correspondu avec Guy Patin ; v. note [13], lettre 759, pour Frans de Le Boë, dit Sylvius.

  2. Nicolas Sténon, v. note [4], lettre latine 293.

  3. V. note [17], lettre 153, pour Georg Markgraf (Margravius) et son Historia rerum naturalium Brasiliæ (1648). Je n’ai pas identifié de Witichius qui enseignait la chimie à Leyde dans les années 1660.

  4. Johannes Antonides Vander Linden.

  5. Le rite calviniste presbytérien comprend l’Eucharistie avec communion sous les deux espèces, mais facultativement pour le vin.

  6. La fin des Préceptes particuliers d’un médecin à son fils reprend et commente plus longuement ce paragraphe (v. leur note [72]).

  7. Sic pour Denis Joncquet (v. note [7], lettre 549), les deux autres étaient François Cureau de La Chambre (v. note [13], lettre 380), fils de Marin, et Charles Barralis (ici Bazalis), fils de Barthélemy (v. note [35], lettre 6).

  8. V. note [3], lettre latine 204, pour N. Le Baillif, doyen d’âge (Senior, mais Sentor dans le livre imprimé) de la Faculté de médecine d’Angers.

  9. Guy Patin s’est plusieurs fois moqué des petites facultés de province où, moyennant argent, un philiatre pouvait devenir docteur en médecine sans examen sérieux et en fort peu de temps. Pour autant, il ne manquait pas d’y envoyer et recommander ses élèves.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Adolf Vorst, le 4 septembre 1661. Note 3

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(Consulté le 29.01.2023)

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