À Charles Spon, le 5 juillet 1652
Note [35]

Journal de la Fronde (volume ii, fo 106 ro et vo, 5 juillet 1652) :

« Pendant le combat, Mademoiselle alla, sur les 11 <heures> du matin, à l’Hôtel de Ville ; et entra dans l’assemblée où elle porta une lettre à S.A.R. {a} qui priait Messieurs de Ville d’envoyer promptement ordre à tous les capitaines des compagnies bourgeoises de choisir dans chacune un certain nombre de soldats pour aller fortifier son armée ; à quoi ces Messieurs ayant fait d’abord difficulté de consentir, cette princesse leur remontra que s’agissant de la cause commune, et que M. le Prince étant en peine avec MM. de Beaufort et de Nemours, et tant d’autres personnes de cœur et de condition, pour l’intérêt de la Ville, l’on ne leur devait pas refuser un secours pour les dégager, et que c’était une ingratitude sans exemple. Cette remontrance ne faisant point d’effet sur les esprits du maréchal de L’Hospital et du prévôt des marchands ; et Mademoiselle voyant qu’elle ne pouvait rien gagner sur eux par les voies de la douceur, elle se servit de celle de la rigueur et leur menaça d’y faire marcher sans leur ordre le peuple qui était ramassé devant cet Hôtel, et leur déclara qu’elle ne répondait pas de la sûreté de leurs personnes après que le peuple serait imbu de la nouvelle de ce refus ; ce qui les obligea à lui accorder non seulement cette demande, mais encore le passage de toute l’armée de Messieurs les princes dans Paris, nonobstant la lettre de cachet qu’ils venaient de recevoir du roi qui leur défendait de ne recevoir ni troupes, ni chevaux, ni bagages des rebelles. Aussitôt, 2 000 bourgeois choisis sortirent et s’allèrent mettre dans les régiments réglés, dispersés en certain nombre dans chaque compagnie, où ils combattirent fort bien pendant que M. le Prince donna ordre à la retraite ; laquelle il disposa aussitôt qu’il en reçut ordre de S.A.R. qui s’en alla pour cet effet à la porte Saint-Antoine, pour faire entrer l’armée dans Paris parce que le plus grand nombre des troupes de la cour aurait pu enfin gagner l’avantage sur M. de Beaufort, afin de tenir la main à faire entrer l’armée dans la ville en cas de difficulté ; mais il n’y s’y rencontra point, quoiqu’aussitôt après que les régiments d’infanterie de la Languedoc et de S.A.R. furent entrés, toutes les troupes auxiliaires passèrent, sans aucun témoignage de résistance, au travers de Paris, le long de la rue Saint-Antoine jusqu’au bout du pont Notre-Dame et delà, sur le Pont-Neuf par le quai de la Mégisserie ; et ayant passé par la porte Dauphine et derrière l’hôtel de Condé, s’allèrent poster au delà du faubourg Saint-Marcel sur une éminence qui est entre ce faubourg et le village de Gentilly, où elles sont encore avec toute l’armée. Cette retraite commença vers les trois heures après midi en très bon ordre. M. le prince de Tarente y fit celle de l’arrière-garde avec une conduite merveilleuse. Il demeura quatre heures devant les ennemis, à la portée de mousquet, ayant fort bien couvert la marche de l’avant-garde et de la bataille ; et ayant reconnu qu’on la voulait couper par une petite rue du faubourg Saint-Antoine, il alla droit à ceux qui l’entreprenaient et les chargea si bien qu’il en demeura plus de 60 sur la place. Enfin, il entra le dernier, avec 30 chevaux, dans la ville vers les huit heures du soir en très bon ordre. »


  1. Son Altesse Royale, le duc d’Orléans, père de Mademoiselle.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 juillet 1652. Note 35

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(Consulté le 24.11.2020)

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