À Charles Spon, le 18 janvier 1644
Note [39]

Une quarte est une fièvre intermittente qui survient tous les quatrièmes jours, en laissant deux jours francs entre deux accès. Le paludisme (malaria) en était une cause commune. On appelait quartanaire le malade qui en était atteint.

Jean Fernel, Des causes et des signes de la quarte intermittente (Pathologie [Paris, 1655, v. note [1], lettre 36], livre iv, pages 272‑276 :

« La mélancolie corrompue et pourrie est réputée contenante de la fièvre quarte car, venant par ses propres causes à s’amasser en telle abondance qu’elle ne puisse être conduite à gouverne par le bénéfice de la nature, elle se putréfie et allume cette sorte de fièvre. Or, il y a deux espèces de mélancolies : l’une naturelle, qui est comme la lie et le limon du sang ; l’autre brûlée, laquelle est comme la cendre de chacune des humeurs trop desséchées ; et cette-ci procède tantôt de bile jaune brûlée, tantôt d’une aride mélancolie, et quelque fois, mais plus rarement, de pituite ou de sang brûlé. D’où vient qu’entre les fièvres quartes, l’une prend son origine de soi-même, et non d’aucune autre fièvre qui ait précédé, et cette-ci s’ensuit ordinairement d’une tumeur de rate causée par un excès de mélancolie naturelle ; l’autre est une production des autres fièvres, ou continues, ou intermittentes erratiques, de laquelle Hippocrate a dit que quand la fièvre intermittente est erratique, elle se tournera en fièvre quarte si, principalement, on est proche de l’automne. […] {a} L’accès commence par un grand froid qui s’accroît peu à peu jusqu’à donner des frémissements véhéments, non toutefois poignants et tiraillants comme ceux de la fièvre tierce, mais du tout assommants, {b} par lesquels tout le corps tremble, les dents claquettent, et les jointures et les os craquent comme s’ils étaient chargés de quelque contrepoids. Après que le froid est passé, l’on a des vomissements fort amers, lors principalement que l’humeur trouve des passages pour se glisser en l’estomac. Il s’excite lors une chaleur, non si véhémente qu’en la fièvre tierce, mais plus ardente que celle quotidienne ; laquelle n’est pas égale par tout le corps, mais mêlée d’une certaine froideur, et accompagnée de quelque reste de douleur aux os et aux jointures. La soif, les veilles, {c} la douleur de tête et les autres symptômes sont bien plus fâcheux que dans la quotidienne, mais plus doux que dans la tierce. L’accès est plus long que celui des autres fièvres intermittentes et se termine par une sueur plus abondante que dans la fièvre quotidienne.

Le pouls est au commencement de l’accès beaucoup plus languide, moindre, tardif {d} et rare que le naturel ; puis il devient grand, fort, fréquent et vite, et plus inégal {e} qu’en toutes les autres fièvres.


  1. La mélancolie (atrabile ou bile noire, v. note [5], lettre 53) était une chimère, héritée d’Hippocrate : prétendument élaborée par les capsules surrénales, elle s’accumulait dans la rate. Je n’ai transcrit cette explication liminaire que pour montrer les égarements des plus fins médecins du xvie s. sur le mécanisme humoral des maladies.

  2. Extrêmement violents. V. notule {b}, note [4], lettre 69, pour la description de la tierce par Fernel.

  3. L’insomnie.

  4. Lent.

  5. Non pas de cadence, mais d’amplitude inégale.

La double-quarte donne deux accès chaque quatrième jour, ou revient deux fois en quatre jours, n’en laissant qu’un de franc entre deux accès, ce qui correspond à un rythme de tierce (v. note [3], lettre 43), mais avec des accès beaucoup plus inégaux que dans la tierce : la double-quarte alterne un accès fort et un accès faible. V. note [30], lettre 342, pour la triple-quarte.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 18 janvier 1644. Note 39

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(Consulté le 17.09.2019)

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