À Nicolas Belin, le 21 juillet 1649
Note [4]

Le titre exact de cette mazarinade est : La Custode de la reine qui dit tout (sans lieu ni nom, 1649, in‑4o) (où custode signifie rideau qui cache ce qui se passe derrière lui). Composé de 26 quatrains, mal ficelés et dont la syntaxe est à corriger pour qu’ils deviennent lisibles, cette pièce a été attribuée sans certitude à Claude de Chouvigny, baron de Blot-l’Église, membre de l’entourage très libertin de Monsieur. C’est une diatribe ordurière contre la reine et Mazarin :

« Peuple n’en doutez plus, il est vrai qu’il la fout,
Et que c’est par ce trou que Jules nous canarde.
Les grands et les petits en vont à la moutarde, {a}
Respect bas, il est temps qu’on le sache partout.
Son crime est bien plus noir que l’on ne pense pas,
Elle consent l’infâme vice d’Italie,
Et croirais sa débauche être moins accomplie
Si son cul n’avait part à ses sales ébats. »


  1. Tout le monde est au courant.

La suite est à la hauteur de ce début. Le roi lui-même est éclaboussé :

« Toi seul, par qui le Ciel acheva mes grandeurs
Et qui me fit bien mieux que ton père être reine.
Cher fils, je te confesse avec un peu de peine,
Je te coûte beaucoup pour nourrir mes ardeurs. […]
Souffre dans ces excès un trait de liberté,
Il m’est bien glorieux qu’on me nomme ta mère,
Il faudrait néanmoins que Jules fût ton père
Pour élever un comble à ma félicité. »

Le délire prétendu d’Anne d’Autriche se porte ensuite sur Paris :

« Ville par trop rebelle, écoute mon projet :
Un cheval autrefois perdit la belle Troie,
Mais je sens en mon cœur une secrète joie,
Que c’est assez d’un âne pour un si grand effet.
Jules, que ce discours flattait en l’assurant,
Montra bien que son âne était d’aise ravi. »

La fin est une supplique à la reine pour qu’en revenant à plus de raison, elle apaise le juste courroux du peuple et du Parlement :

« Mes conseils nécessaires à Votre Majesté,
Pour les exécuter, vous avez deux grands princes
Qui donneront les mains au sac de vos provinces,
L’un [Condé] par impiété, et l’autre [Conti] par lâcheté.

Ils se turent ainsi. Moi par passion,
Je pensai sur-le-champ offrir ces deux victimes
Au salut du public ; mais je crus que leur crime
Demandait plus d’état en leur punition.
Français, de qui l’empire est saint et glorieux,
Ne souffrez point chez vous le triomphe du vice,
Préparez à Louis un trône de justice,
Afin que dignement il suive ses aïeux. »

Claude Morlot, apprenti en 1605 avait été reçu libraire-imprimeur en 1618. Il était établi au coin de la rue de la Bûcherie, face à la rue Saint-Julien-le-Pauvre, aux Vieilles Estuves (Renouard). Il aurait pu être lui-même auteur du pamphlet.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 21 juillet 1649. Note 4

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(Consulté le 06.03.2021)

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