À Charles Spon, le 10 août 1649
Note [4]

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 756‑757) :

« Sur la fin de ce mois de juillet, diverses lettres de Bretagne nous apprirent ce qui s’y était passé tout récemment, et comme le parlement de Rennes y avait rendu un arrêt bien solennel et remarquable contre deux dames de condition. La comtesse de Vignory et la marquise de Bussy d’Amboise, sa fille, y avaient eu les têtes tranchées <le 17 juillet> pour avoir fait mourir de sang-froid le mari de cette dernière, nommé Palerne, fils d’un greffier de Lyon, par ce seul motif qu’elle en était dégoûtée et que l’autre ne le jugeait plus d’assez bonne maison ni digne de leur alliance pour le souffrir plus longtemps auprès d’elles en cette qualité ; et qu’elles avaient en outre été condamnées “ en douze mille livres d’amende applicables au bâtiment du Palais et huit mille d’intérêts civils envers les parents du défunt, et en quatre mille livres pour les pauvres. ” La fureur, la haine, le mépris et la vanité avaient inspiré d’abord à ces deux méchantes femmes le dessein de faire assassiner ce malheureux à coups de fusil par quelqu’un de leurs domestiques allant à la chasse avec lui dans un bois proche de leur château ; où n’ayant été blessé qu’à la cuisse, elles n’avaient omis aucune prière ni aucune promesse pour persuader le chirurgien qui le pansait de les en délivrer tout à fait en mêlant quelque poison secret parmi les médicaments qu’il appliquait sur sa plaie ; en quoi n’ayant pas réussi, elles s’étaient enfin résolues à l’étrangler elles-mêmes dans son lit malade, et de leurs propres mains ; ce qu’elles avaient fait si adroitement que personne ne s’en était aperçu ; en sorte qu’il y avait six mois qu’il était enterré lorsque la justice divine voulut être satisfaite publiquement d’un crime si horrible par les violentes conjectures qu’elle fit naître dans l’esprit de ses ministres contre ces deux enragées, et enfin par leur propre confession. »

Louis-Blaise de Palerne, seigneur du Sardon, fils d’un greffier de Lyon (et non de Rennes), {a} commis chez Sublet de Noyers, était maître d’hôtel du roi. D’après Tallemant des Réaux (Historiettes, tome ii, pages 706-709), il avait épousé la marquise Anne-Marie de Bussy d’Amboise, fille de la comtesse de Vignory, âgée de 16 ans au moment des faits, sous condition de prendre le nom et les armes de sa femme en échange d’une certaine somme d’argent versée à sa mère. La promesse n’ayant pas été tenue, les deux femmes s’étaient vengées par cet assassinat.


  1. Peut-être était-ce le même Palerne que le « greffier criminel au présidial de Lyon, qui lut à Cinq-Mars et de Thou leur arrêt de mort dans leur prison et qui, étant à cheval auprès de l’échafaud, leur fit une seconde lecture de cet arrête, le 12 septembre 1642 » (Breghot du Lut et Pericaud aîné, Biographie lyonnaise, Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire, Paris, Techener, et Lyon, Giberton et Brun, 1839, page 212).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 août 1649. Note 4

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(Consulté le 14.10.2019)

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