De Reiner von Neuhaus, le 15 mai 1664
Note [4]

Ces vers sont ceux qu’on trouve imprimés à la fin (pages 277‑278) de la Johannis Coccei S. Theol. D. et Professoris Oratio in V.C. Johannis Van der Linden, Medicinæ Practicæ Prof. primi, Funere. Dicta ii Martii A. m. dc. lxiv. [Discours que Johannes Cocceius (v. note [58], lettre latine de Christiaen Utenbogard le  21 août 1656), docteur et professeur de sainte théologie, a prononcé le 2 mars (vieux style, julien, 12 mars nouveau style, grégorien) 1664 aux funérailles du très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden], imprimé dans la Memoriæ Medicorum nostri seculi clarissimorum renovatæ Decas secunda, curante M. Henningo Witten [Seconde décade du souvenir ravivé des plus brillants médecins de notre siècle, par M. Henning Witte] (Francfort, Martin Hallervord, 1676, in‑8o) :

In tristissimum Obitum
Incomparabilis Viri,
D. Johannis Antonidæ
Van der Linden
,
in illustri Batav. Acad. Medic. Facultatis Professoris Primarii.

Leida suum Nomen jam dudum æquavit Olympo,
Sub Geminoque sibi Sole Trophæa videt.
Sexcentis plus clara Viris : Quos atra Cupressus,
Proh dolor ! atque Erebi flebilis unda tenet.
Has dederat Laudes non una ex
Pallade Laurus :
Hac propria Phœbi Laurus in
Æde fuit :
Cujus tot Populi vitam duxere sub Umbra,
Hippocratesque suum jactat et ipse Genus.
Leida tuum Nomen, par Immortalibus Astris,
Nunc iterum in Cineres cernimus ire suos.
Ipsos Magnates et Summa papavera quando
Falce manuque sua Mors truculenta metit.
Et, post
Vorstiadem, Centum Caput Artibus illud :
Nunc
Heroa Novum Tartara adire facit.
Lindanum et Fato Batavis subducit iniquo,
Vultque simul Cunctas hic periisse Deas.
Quis furor, ô Superi ! Cognatis parcite, quæso,
Numinibus. Semper nec Iovis ira premat.
Cocceji vox Sacra decet, quam vulnere multo
Saucia Pieridum facta sit inde Domus ;
Cui tunc a Frisiis, ut prima pene Iuventa,
Chara fuit tanti Fama stupenda Viri.
Si tibi nec satis est Lacrymarum, ô
Leyda : Dolorem
Hunc, inter Druidas, Sequanaque Ipse dolet.
Patinusque, illic Pater et, Natusque cruentis
Hæc Lacrymis cupient Busta rigare suis.
Hoc agite, Æternas
Lindani Manibus Aras,
Illius et Centum ponite Thura Focis.

Reinerus Neuhusius.

[Sur la très triste mort de l’incomparable M. Johannes Antonides Vander Linden, premier professeur en la Faculté de médecine de l’illustre Université de Leyde.

Depuis bien longtemps, Leyde a égalé l’Olympe en renom, elle exhibe ses trophées au Levant comme au Couchant. Elle doit sa célébrité à plus de six cents hommes que gardent hélas le noir cyprès et l’onde affligeante de l’Érèbe. {a} Pallas {b} avait décerné plus d’un laurier à leurs mérites, mais le laurier dont je parle est venu du Temple de Phébus, {c} sous l’ombre de qui tant de gens ont prolongé leur existence et dont Hippocrate se targue d’être le descendant. {d} Leyde, nous voyons maintenant à nouveau ton renom, égal aux astres immortels, retomber en cendres. Le pavot est le suprême remède quand la cruelle Mort moissonne de sa faux et de sa main les plus grands eux-mêmes. Et après Vorst, ce cerbère {e} a maintenant par ses ruses fait partir au Tartare {f} un autre héros : par une injuste fatalité, elle a soustrait Linden aux Bataves ; et en même temps que toutes les déesses, elle a voulu sa mort. Ô divinités, quelle folie ! Préservez-nous, je vous prie, des injonctions de cette sorte, et que la colère de Jupiter cesse de s’acharner contre nous ! La sainte voix de Cocceius a le devoir de faire que cette profonde blessure ne nous transforme pas en pays meurtri des Piérides ; {g} lui qui, quand il vivait en Frise, presque dès sa première jeunesse, a chéri la merveilleuse réputation d’un si grand personnage. {h} Ô Leyde, si tes larmes ne suffisent pas, sache que là-bas, au pays des druides, la Seine elle-même est affligée par le chagrin, et les Patin, le père comme le fils, désireraient inonder ce tombeau de leurs larmes sanglantes. Édifiez d’éternels autels aux mânes de Linden et faites-y brûler ses encens en abondance.

Reiner von Neuhaus].


  1. L’un des fleuves mythiques des Enfers (v. notule {a}, note [6], lettre de Reiner von Neuhaus, datée du 1er juin 1673).

  2. Pallas et Athéna sont les noms grecs de Minerve, déesse des sciences et des arts (v. note [13], lettre 6).

  3. Apollon, dieu de la médecine (entre nombreuses autres qualités, v. note [8], lettre 997).

  4. Selon la légende, Hippocrate, le père de la médecine (v. note [6], lettre 6), descendait, par Machaon (v. note [4], lettre 663), d’Esculape, fils d’Apollon (v. note [4], lettre 551).

  5. Adolf Vorst était mort le 8 octobre précédent. Cerbère était le chien effrayant qui gardait la porte des Enfers ; Horace l’appelait belua centiceps [le monstre aux cent têtes] (Odes, livre ii, xiii, vers 34) ; pour évoquer la Mort sans nuire à l’harmonie de son vers, Neuhaus a préféré centum caput à centiceps.

  6. Autre nom des Enfers (v. note [2], lettre 125).

  7. Les Piérides étaient « filles de Piérus, roi de Macédonie. Elles étaient neuf sœurs, et excellaient dans la musique et la poésie. Fières de leur nombre et de leurs talents, elles osèrent défier les Muses, furent vaincues et métamorphosées en pies » (Fr. Noël).

  8. Cocceius (né en 1603) et Vander Linden (né en 1609) s’étaient liés d’amitié quand ils étaient collègues à l’Université de Franeker en Frise, l’un enseignant les langues orientales (de 1636 à 1650) et le second, la médecine (de 1639 à 1651).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Reiner von Neuhaus, le 15 mai 1664. Note 4

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(Consulté le 27.11.2020)

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