Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium
Note [40]

Dans le tome iii de l’« Histoire universelle des plantes » de Johann Bauhin (v. note [13], lettre 297), le livre xxx est intitulé Coronariæ etiam pleræque, ut Papavera, Anemones, Gerania, Ranunculi, Verbasca et affines : adhæc Scrophylariæ : Sideritides : Antirrhina : Melampyra ; Urticæ : Cannabis : Lini et Linariæ species variæ [Les fleurs bouquetières et plusieurs autres, comme pavots, anémones, géraniums, renoncules, bouillon-blanc et apparentées ; avec encore les scrofulaires, mille-feuilles, mufliers, mélampyres, orties, chanvre, lins et diverses espèces de linaires] ; son chapitre ii, Opium et meconium, occupe les pages 1392‑1394 ; on y lit notamment une mise en garde sur l’opium qu’on vendait en Europe (antépénultième paragraphe) :

Nos Opium experti sumus, verum nullum symptoma animadvertimus, nisi quod excalfaceret pectus, et nonnihil caput turbaret, et insomnia pareret. Credimus quod si in Europa, ut Gallia, Germania, et Italia ea diligentia adhibeatur in colligendo, quam adhibent, posset etiam fieri sicuti in Asia. Natoliæ clima est æque frigidum atque Galliæ. Eadem a. ratione sit, qua authores scripsere. Ac si habemus in Europa, forte permixtum : Mercatores enim multiplicant priusquam ad provincias distribuatur. Quum animadverterimus quibus notis sit dignoscendum hic subiiciemus. Optimum valde amarum est ; gustu calidum, ita ut os inflammet. Coloris est lutei, inclinantis in colorem pilorum Leonis, simul coacervatum, massa veluti ex multis parvis granis diversi coloris. Odor gravis est et vehemens : licet tribuatur ei vis refigerandi, nihilominus os accendit. Opium in ipsa Natolia compingitur in massas non excedentes pondus unciarum quatuor, aut ad summum semilibræ : Verum mercatores ut plus lucrentur, multiplicant dimidium addentes, ita ut massæ quæ Ventias efferuntur ponderent fere libram unam.

[Nous avons expérimenté l’opium et n’avons constaté aucun symptôme fâcheux, hormis qu’il échauffe la poitrine, non sans troubler la tête et procurer le sommeil. Nous croyons que si on appliquait en Europe, dans des pays comme la France, l’Allemagne et l’Italie, le même soin à le cultiver qu’en Asie, il pourrait y pousser car le climat de France est aussi froid que celui d’Anatolie. {a} Le motif en serait, comme l’ont écrit certains auteurs, que celui que nous avons en Europe est peut-être impur, car les marchands en accroissent le poids avant de le débiter dans nos contrées. À titre de mise en garde, voici les signes qui permettent de reconnaître l’opium : le meilleur est fort amer ; il est chaud au goût, jusqu’à mettre la bouche en feu ; il a une couleur jaune qui ressemble à celle des poils de lion ; en même temps, quand il est agrégé, sa masse forme comme une quantité de petits grains de diverses couleurs ; son odeur est puissante et capiteuse ; bien qu’on lui attribue la qualité de rafraîchir, il embrase la bouche. En Anatolie, on l’assemble en pains dont le poids n’excède pas quatre onces, ou tout au plus une demi-livre ; {b} mais pour augmenter leur profit, les commerçants en doublent la masse à l’aide d’additifs, si bien que ces pains pèsent presque une livre quand ils arrivent à Venise.


  1. Turquie asiatique (dont il est abusif d’égaler le climat à celui de la France).

  2. Quatre onces équivalaient à environ 130 grammes ; une livre contenait 12 onces.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium. Note 40

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(Consulté le 21.10.2019)

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