Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644
Note [41]

Le Puits Certain était un carrefour de Paris, proche du Collège de Cambrai, aujourd’hui le croisement de la rue Jean-de-Beauvais et de la rue des Écoles. Robert Certain, curé de l’église Saint-Hilaire et premier principal du Collège Sainte-Barbe, y avait fait creuser un puits vers l’an 1556 (Encyclopédie).

La pique de Guy Patin m’a mené bien au delà de ce qu’il voulait dire, avec un bond de cinq ans sur ce procès de 1644. Je n’ai su trouver qu’un lien entre les Renaudot et le Puits Certain, mais il ne manque pas d’intérêt : c’est une gazette éphémère qui parut en 1649 (12 numéros datés du 5 janvier au 7 avril), intitulée Le Courier français, apportant toutes les nouvelles véritables de ce qui s’est passé depuis l’enlèvement du roi, tant à Paris qu'à S. Germain-en-Laye. Publiée par l’imprimeur parisien (probablement fictif) Rolin de La Haye, « rue d’Escosse, près le Puits Certain », ses rédacteurs cachés étaient les trois frères Renaudot, Théophraste ii, Isaac et Eusèbe (Notice bibliographique de la BnF). Le début du 3e numéro (Suite et troisième arrivée du Courrier français…) ne laisse guère planer de doute sur l’orientation politique affichée, mais assez surprenante, de cette mazarinade :

« Mes intentions ayant réussi aux deux premières courses que j’ai faites, quoique la liberté des passages ait été empêchée par nos ennemis, et particulièrement défendue à ceux de ma condition, et qu’elle soit dangereuse à tenter ; néanmoins, préférant toujours l’intérêt public au mien particulier, je ne laisserai de continuer mes voyages ordinaires, non pas tant pour faire savoir dans cette ville ce qui s’y passe, que pour publier aux provinces de ce royaume les obligations qu’elles ont de leur salut au bon ordre donné par Messieurs de la Cour de Parlement, pour faire réussir un dessein si saintement entrepris, si unanimement entretenu et si sagement exécuté : inspiré de Dieu, fortifié par l’Ange tutélaire de la France, approuvé par l’Église et agréé par tous les bons Français, puisqu’il ne va qu’à rendre au roi son autorité usurpée, chasser de la France un étranger qui n’en respire que la perte et délivrer les peuples de la tyrannique oppression des partisans. {a}

La quantité des libelles qui se sont publiés jusques aujourd’hui 27e <de> janvier, entre lesquels il y en a beaucoup d’injurieux et scandaleux, a donné lieu à Nosseigneurs de la Cour de Parlement de faire publier l’arrêt qu’ils avaient rendu le 25e dudit mois, par lequel ils ont ordonné que, suivant les anciens statuts des imprimeurs et libraires de cette ville, il ne sera fait aucunes impressions, ventes ni débit d’aucuns libelles sans y apposer le nom et marque de l’auteur ou imprimeur.

L’on a eu avis que la ville de Lyon a reçu, avec la joie qu’elle devait, les arrêts rendus par la Cour de Parlement ; et suivant iceux, que les magistrats et officiers de cette ville ont non seulement donné ordre à la sûreté d’icelle, mais encore empêché que les troupes que le maréchal de Schomberg {b} avait tirées de Catalogne par le commandement du cardinal Mazarin pour les amener avec les autres, que ledit cardinal avait mandées de toutes les frontières pour établir sa tyrannie, avaient été retenues et empêchées de passer ; lui seul {c} ayant eu cette permission est arrivé à Saint-Germain-en-Laye, où il a remontré au cardinal que, tout le royaume étant en armes pour le soulagement des peuples, il n’y avait apparence aucune d’espérer secours ni jonction desdites troupes.

Quelques troupes ennemies sorties de Saint-Denis, à dessein de surprendre ou forcer le pont de Charenton, en furent empêchées par la vigilance de Messieurs nos généraux qui aussitôt y firent entrer garnison suffisante, outre celle qui y était auparavant sous la charge du sieur de Clanleu, qui a fait fortifier et retrancher cette place ; de sorte qu’il faudrait un long siège et une forte armée pour la prendre. » {d}


  1. La fuite du roi et de la cour à Saint-Germain, dans la nuit du 6 janvier 1649, avait marqué le début du blocus de Paris par les troupes royales. Tout en proclamant sa fidélité à la Couronne, le Parlement frondeur tenait la ville et réclamait à hauts cris la destitution de Mazarin (v. la lettre du 20 mars 1649 et ses notes pour le récit détaillé de tous ces événements).

  2. V. note [10], lettre 209.

  3. Schomberg.

  4. V. notes [71] et [75], lettre 166, pour le combat de Charenton remporté le 8 février par le prince Condé, à la tête de l’armée royale, contre les troupes frondeuses, et pour Bernard d’Ostove de Clanleu, tué durant les hostilités.

Ma digression anachronique laisse à penser que tandis que Renaudot, le père (retiré à Saint-Germain avec le gouvernement), continuait d’encenser Mazarin et la cour dans sa Gazette, sans y parler à chaud de l’insurrection parisienne (v. note [31], lettre 164), il laissait ses fils la publier dans le Courrier en prenant le parti adverse. S’agissait-il de rébellion familiale ? de manœuvre commerciale pour faire prospérer, en jouant sur les deux tableaux, les affaires du Bureau d’adresse ? ou de complicité dans une manigance mazarine visant à souffler sur les braises en vantant artificieusement les hauts faits des frondeurs et du Parlement ? Les typographies (fontes et lettrines) du Courrier et de la Gazette de 1649 sont identiques ; mais tout ce qu’il est permis d’en conclure à peu près sûrement est que les Renaudot devaient posséder une maison au Puits Certain.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644. Note 41

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8008&cln=41

(Consulté le 11.07.2020)

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