À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651
Note [45]

« Iohannes de Hortis, autrement nommé Des Jardins, médecin de Paris et du roi, mourut le dernier jour de janvier 1548. Il avait été reçu docteur de notre Faculté en l’an 1523. »

Ce ne sont pourtant pas les indications chronologiques que Ménage a retenues dans sa Vita Johannis Hortensii, Medici Parisiensis. Scriptore Ægidio Menagio ad Petrum Guillelmum Menagium, Fratris filium [Vie de Jean Des Jardins, médecin de Paris. Par Gilles Ménage à l’intention de Pierre Guillaume Ménage, fils de son frère] qui apparaît dans les Preuves de ses Vitæ Petri Ærodii, quæsitoris regii Andegavensis, et Guillelmi Menagii, advocati regis Andegavensis. Scriptore Ægidio Menagio [Vies de Pierre Ayrault, lieutenant criminel du roi à Angers (grand-père maternel de Gilles Ménage), et de Guillaume Ménage, avocat du roi à Angers (son père)] (Paris, Christophe Journel, 1675, in‑4o, pages 511‑517).

En voici quelques extraits :

Johannes de Hortis, proavus meus, atavus tuus, Petre Guillelme Menagi ; sive potius Johannes Hortensius ; nam ita se appellari voluit ; mutas quidem agitavit artes, sed non, ut Virgilianus ille Iapis, inglorius : fuit enim Francisci i. Regis Galliæ, Medicus celeberrimus. […] Anno Christianorum m. iɔ. ix. factus Magister in Artibus […]. Humaniorum litterarum in Schola Cardinalicia Professorem tunc fuisse […]. Ad Medicinæ studium cum se postea contulisset, Baccalarius factus anno m. iɔ. xiv. anno m. iɔ. xvii. sub Decanatu Ludovici Brallonis, Medici celeberrimi, popularis sui ; erant enim ambo Laudunenses ; secundum locum, qui priori honoratior haberi solet, in Licentiatorum ordine consequutus est. Anno vero m. iɔ. xix. (quod a Jacobo Mentello, Medico Parisiensi, talium rerum non incurioso, accepi) Doctor Medicus declaratur a Ludovico Burgensi, Medico illo præstantissimo, qui Archiatrorum Comes cum esset, Francisco Primo apud Hispanos captivo, adfuit. […] Anno m. iɔ. xxiv. et insequenti, Decanatum gessit : ex quo facile judicare potes quanti a Collegis, etiam juvenis, fieret. Altero Decanatus anno, dono dedit Bibliothecæ Facultatis Opera Galeni Græce edita, ut ad ea, quoties opus esset, Medicinæ studiosi confugerent : nam Græcæ linguæ ut doctissimus, ita amatissimus fuit ; docuit autem diutissime ; Discipulos continuo hortabatur : ut quos sine Græcarum litterarum cognitione in Medicos eximios evadere posse, non existimaret. […]
Anno m. iɔ. xlviii. mortuus est ictu sanguinis, dum suos, die natali, convivio exciperet. Quæ mors repentina atque improvisa occasionem dedit Philippo Portæo in ejus obitum Carmen scribendi […].
Ipse quoque hos versus scripsi in idem argumentum
 :

Magnus in exigua situs hic Hortensius urna,
Quem stupuit Medicum Principis Aula suum.
Natali, de more, die, sanusque valensque,
Dum læto natos excipit ille epulo,
Percutit incautum Mors scævo sanguinis ictu,
Et sternit tacitis insidiosa dolis :
Quippe timens, ne si secum certaret aperto
Marte, daret victas turpiter ipsa manus.

[…] Quin etiam tanti ipsum faciebant cives Parisienses, ut cum significatum vellent, nulla medicorum ope mortem vitari posse, hunc tritum ore vulgi versiculum ; ad cognomen ejus rescipientes ; subinde usurparent ;

Contra vim mortis, non est medicamentum in Hortis.

[Johannes de Hortis, mon ancêtre {a} et votre quadrisaïeul, Pierre-Guillaume Ménage, ou plutôt Johannes Hortensis, car c’est ainsi qu’il a voulu qu’on l’appelât, a certes exercé un métier silencieux, mais non sans gloire, comme fit le Iapyx de Virgile ; {b} car il fut le plus honoré médecin de François ier, roi de France. (…) Reçu maître ès arts en 1509 (…), il professa alors les humanités au Collège du Cardinal Lemoine. (…) S’étant plus tard tourné vers l’étude de la médecine, il fut reçu bachelier en 1514, 1517, pendant le décanat de Louis Braillon, très célèbre médecin et son compatriote, tous deux étant natifs de Laon. Il obtint le second lieu de la licence, qu’on a coutume de tenir pour plus honorable que le premier. {c} En 1519 (à ce que j’ai appris de Jacques Mentel, médecin de Paris qui ne manque pas de curiosité pour de tels sujets), {d} il fut admis au doctorat par Louis de Bourges, ce très éminent médecin qui, étant premier médecin du roi, fut aux côtés de François ier pendant sa captivité en Espagne. {e} (…) En 1524 et l’année suivante, il assura la charge de doyen ; ce qui vous permet aisément de juger quel cas ses collègues faisaient de lui, en dépit de son jeune âge. Dans la seconde année de son décanat, il fit don à la bibliothèque de la Faculté d’une édition grecque des œuvres de Galien afin que les étudiants de médecine pussent y recourir chaque fois que nécessaire ; car outre qu’il était très savant en langue grecque, il l’affectionnait énormément. Il l’enseignait même très souvent, encourageant continuellement ses élèves, estimant qu’on ne pouvait pas former d’excellents médecins sans connaissance de la littérature grecque. (…) {f}
Il périt d’un coup de sang {g} le jour de Noël 1548, alors qu’il recevait les siens à dîner. Cette mort subite et imprévue donna occasion à Philippe Desportes d’écrire un poème sur son décès (…). {h}
J’ai moi-même écrit ces vers sur le même argument :

Ici en cette urne exiguë gît le grand Hortensius,
lui que la cour admira, comme médecin de son roi.
Sain et fort, le jour de Noël, comme, suivant la coutume,
il reçoit ses enfants pour un joyeux repas,
sans prévenir, la Mort le frappe d’un sinistre coup de sang,
et la perfide le terrasse par ses secrètes ruses,
craignant bien que si elle engageait avec lui un combat loyal,
elle tendrait ses mains vaincues pour qu’il les enchaînât
.

(…) Bien mieux, les Parisiens faisaient si grand cas de lui que, quand ils voulaient dire que la mort est inévitable, quoi que fassent les médecins, souhaitant honorer son nom de famille, ils utilisaient souvent ce vers fort populaire :

Contre la puissance de la mort, il n’y a pas de médicament dans les jardins]. {i}


  1. « Pierre Ayrault, aïeul maternel de M. Ménage, épousa Anne Des Jardins, fille de notre Hortensius, et de Marie Le Tellier, sa seconde femme, qui était de la même famille dont M. le chancelier Le Tellier descendait » (note de Bayle).

  2. Virgile raconte (Énéide, chant xii, vers 395-397) qu’Apollon (v. note [8], lettre 997), pris d’un grand amour pour Iapyx, fils d’Iasus, s’était plu à lui offrir ses arts et offices, l’art augural, la cithère, les flèches rapides ; mais que Iapyx :

    ille, ut depositi proferret fata parentis,
    scire potestates herbarum usumque medendi
    maluit et mutas agitare inglorius artis
    .

    [pour prolonger la destinée de son père qui était sur son lit de mort, préféra connaître les vertus des herbes et la manière de remédier, pour exercer sans gloire un métier silencieux].

  3. V. note [8], lettre 3, pour les lieux de licence.

    Le catalogue de Baron confirme que Des Jardins (Joannes de Hortis Laudunensis, alias Hortensius) fut reçu bachelier sous le décanat de Louis Braillon (novembre 1516-novembre 1518) ; ce qui veut dire qu’il obtint son baccalauréat de médecine au printemps de 1518. Ménage est resté dans le vague avec ses deux dates (1514, 1517), ignorant sans doute que l’examen des candidats n’avait lieu que les années paires. Des Jardins obtint sa licence à la fin du printemps 1519, et sa régence à la fin de cette même année (mais sans pouvoir en donner la date précise car Baron n’a recensé les thèses qu’à partir de 1539).

  4. Ménage n’a pas suivi l’avis de Guy Patin qui donnait 1523 pour date du doctorat de Des Jardins.

  5. Capturé pendant la bataille de Pavie (24 février 1525), François ier fut détenu pendant un an à Madrid.

  6. En dépit de ses grands talents littéraires, Des Jardins n’a écrit aucun livre.

  7. Une attaque cérébrale (apoplexie, v. note [5], lettre 45).

  8. Ménage a ici donné la traduction latine, par François Vavasseur, s.j. (v. note [17], lettre 195), de ces vers de Philippe Desportes (1546-1606), abbé de Tiron, surnommé le Tibulle français :

    « Après avoir sauvé par mon art secourable,
    Tant de corps languissants que la mort menaçait,
    Et chassé la rigueur du mal qui les pressait,
    Gagnant comme Esculape * un nom toujours durable.

    Cette fatale Sœur, cruelle, inexorable,
    Voyant que mon pouvoir le sien amoindrissait,
    Un jour que son courroux contre moi la poussait,
    Finit quant et ** mes jours mon labeur profitable.

    Passant, moi qui pouvais les autres secourir,
    Ne dis point qu’au besoin je ne pus me guérir ;
    Car la mort qui doutait l’effort de ma science,

    Ainsi que je prenais librement mon repas,
    Me prit en trahison, sain et sans défiance,
    Ne me donnant loisir de penser au trépas. »

    v. note [4], lettre 551.
    ** Avec.

  9. V. note [2], lettre 140, pour ce dicton tiré de la Schola Salernitana [L’École de Salerne], dont le dernier mot, hortis, était ici paré d’une majuscule et détourné à la gloire de Des Jardins.


Ce post-scriptum de Guy Patin dissipe les derniers doutes qu’on pourrait avoir sur l’identité du destinataire de sa lettre.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651. Note 45

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(Consulté le 21.10.2019)

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