À Charles Spon, le 8 mars 1644
Note [46]

Antoine Arnauld (Paris 1612-Bruxelles 1694), surnommé le Grand Arnauld, était le dernier fils de la plus fameuse famille janséniste du xviie s. Fondée par Antoine Arnauld (1560-1619), avocat au Parlement, puis avocat général, enfin conseiller d’État sous Henri iv, elle comptait quatre frères et six sœurs. Antoine avait fait ses humanités et sa philosophie aux collèges de Calvi-Sorbonne et de Lisieux. Les conseils de sa mère, née Catherine Marion, et de l’abbé de Saint-Cyran, son confesseur, l’avaient ensuite dirigé vers l’étude de la théologie. Il avait été ordonné prêtre en 1641 et reçu docteur en Sorbonne en 1643, déjà converti aux doctrines austères du jansénisme. Toujours en 1643, il avait publié son livre De la fréquente Communion (v. infra note [47]) qui fut à l’origine d’une longue et intense dispute théologique sur la grâce divine, dont la pomme de discorde était l’antagonisme entre la prédestination défendue par les jansénistes et le libre arbitre prôné par les jésuites.

Arnauld finit par être exclu de la Faculté de théologie (1656). Il retourna alors s’ensevelir dans sa retraite de Port-Royal et n’en sortit que 12 ans plus tard, à la paix de Clément ix (1668). Dans l’intervalle, il avait composé avec Claude Lancelot et Pierre Nicole les manuels jansénistes si réputés sur la Grammaire et la Logique. À cette époque, Arnauld tourna contre les protestants l’impétuosité de son génie polémique et publia plusieurs ouvrages qui eurent un grand retentissement : la Perpétuité de la foi ; le Renversement de la morale de J.‑C. par les calvinistes ; l’Impiété de la morale des calvinistes. Bientôt, entraîné de nouveau par son ardeur, il reprit sa guerre contre les jésuites, fut calomnié auprès du roi et jugea prudent de gagner les Pays-Bas espagnols en 1679. Là il publia son Apologie du Clergé de France et des catholiques d’Angleterre contre le ministre Jurieu. Peu après, il eut de vifs démêlés avec Malebranche, dont il attaqua en termes peu mesurés la doctrine sur la grâce et sur la vision en Dieu. Cette dispute dura jusqu’à sa mort dans les bras du P. Quesnel, qui fut pour ainsi dire son successeur et qui donna une nouvelle forme au jansénisme. Les jansénistes perdirent en lui leur plus ferme appui, et les jésuites leur plus redoutable adversaire (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 mars 1644. Note 46

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(Consulté le 15.07.2020)

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