À Charles Spon, le 7 février 1648
Note [47]

V. supra note [2].

Mme de Motteville (Mémoires, pages 143‑144) :

« Ce même jour, le 9 janvier, si célèbre par ses événements, il arriva dans le Conseil des parties {a} que les maîtres des requêtes se mutinèrent aussi, sur ce qu’on voulait augmenter leur corps de 12 nouveaux officiers. Comme ils avaient acheté leurs charges fort cher et que cette quantité devait en diminuer le prix, ils furent persuadés que plusieurs familles dans Paris en pourraient être incommodées ; et par ressentiment de ce mal qu’ils craignaient, ils refusèrent de rapporter les procès des particuliers, et jurèrent entre eux sur les saints Évangiles de ne point souffrir cette augmentation et de résister à toutes les persécutions qu’on pouvait leur faire du côté de la cour ; se promettant les uns aux autres qu’en cas que quelqu’un de leurs confrères perdît son office par cette opposition aux volontés du roi, ils se cotiseraient tous pour payer à celui-là le remboursement de sa charge.
Ils allèrent trouver le cardinal Mazarin et un d’entre eux, nommé Gomain, {b} lui parla si fortement et avec une telle hardiesse que le ministre en fut étonné. On tint conseil chez la reine pour aviser aux remèdes de ces désordres. D’Émery avait sur les bras tout le peuple qui commençait à crier contre lui {c} et le chancelier {d} avait les maîtres des requêtes à retenir et à consoler, qui se plaignaient moins de d’Émery que de celui qui gouvernait, mais qui, n’osant pas fulminer d’abord contre le cardinal, attaquaient fortement le surintendant et jetaient sur lui toute leur colère. Ainsi, par la quantité des matières, le Conseil fut long ce jour-là et les opinions y furent contestées. On manda le premier président et les Gens du roi. La résolution fut de donner des arrêts fulminants contre les uns et les autres ; puis, le soir venu, M. le Prince et le cardinal allèrent souper chez le duc d’Orléans pour ensevelir dans la bonne chère et le jeu le commencement de ces désordres {e} qui ne donnaient pas tant d’inquiétude aux princes qu’à notre ministre. Il commença alors à voir qu’il était l’objet de la haine publique et que cette haine en même temps devait remplir les princes du sang de ces douces chimères qui plaisent aux grands, en leur faisant espérer que, par le trouble et le changement, leur autorité s’augmenterait à mesure que celle du roi et de la reine diminuerait ; car, comme dit l’espagnol : Rio turbo ganacia de pescadores. » {f}


  1. V. note [23], lettre 222.

  2. Gilbert Gomain ou Gaulmin.

  3. Pour l’édit des maisons.

  4. Pierre Séguier.

  5. Le début de la Fronde parlementaire.

  6. « L’eau trouble fait gagner les pêcheurs. »

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 405‑408) a donné l’analyse d’un maître des requêtes (sans parler d’entrevue avec Mazarin) :

« Jamais l’on ne vit une union plus entière. Aussi ce serait la plus rude atteinte que notre Corps pourrait recevoir, et la raison de ceux qui le faisaient étant de nous anéantir par le grand nombre et s’ouvrir la facilité d’y ajouter des officiers tous les ans, de nous désunir du Parlement afin de se servir après de nous pour détruire le Parlement ; et pour le faire passer facilement, l’on donne la paulette au Parlement gratuitement et l’on crée des maîtres des requêtes pour satisfaire à leur haine et à leur jalousie, et dans l’espérance qu’ils nous abandonneront. Pour la facilité dans le Conseil, l’on crée un quartier tout entier qui n’aura aucun commerce avec les autres, et ainsi s’établira aisément ; outre tout cela un grand argent en reviendrait. Nous, qui connaissons bien toutes ces conséquences, voyons qu’il vaut autant périr maintenant avec honneur que dans cinq ou six ans avec lâcheté et tomber dans le mépris comme des avocats du Conseil ou des élus. L’on ajoutait que ce n’était pas prudence de nous attaquer et nous obliger de montrer la désobéissance aux autres compagnies dans le temps présent, nous qui servions à faire obéir les autres, et que nous connaissions trop le fin des affaires et des ministres des finances pour nous obliger à les révéler, comme nous ferions assurément. Notre délibération {a} dura jusqu’à trois heures. […]
M. Gaulmin a dit {b} que dans la Chine il y avait un poisson qui mangeait les autres, mais qui le mangeait en crevait ; que les maîtres des requêtes étaient ce poisson, que c’était un friand morceau, mais que qui en mangerait en crèverait. Parlant au surintendant, dit que, parmi les maîtres des requêtes, il y en avait de très gens de bien, de très habiles et de très méchants, et qu’il devait craindre tous les trois ; qu’il devait plutôt obliger toute une Compagnie dont il pouvait avoir besoin que de se mettre 72 familles puissantes sur les bras. Le bon est que tout cela s’est dit familièrement, avec civilité et en riant ; car l’on a obligé l’un et l’autre à rire, quoiqu’ils n’en eussent point d’envie. »


  1. Du 8 janvier 1648.

  2. Au Palais, le 9 janvier.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 février 1648. Note 47

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(Consulté le 02.12.2020)

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