À Charles Spon, le 5 novembre 1649
Note [5]

Journal de la Fronde (volume i, fos 120 ro et vo, 123 vo et 124 ro, octobre 1649) :

« On a parlé tous ces jours passés au Conseil de faire un nouveau surintendant de finances, mais on n’en est pas encore demeuré d’accord. M. d’Émery était le premier qui avait été proposé, mais il fut résolu dès le 25 qu’il ne serait point rappelé à cause que le peuple commençait déjà d’en gronder ; et même, l’on avait fait courir certains billets séditieux sur ce sujet. Depuis, l’on avait proposé le marquis de La Vieuville ; mais les partisans s’étant assemblés le 26 chez le sieur de Launay-Gravey résolurent de tout quitter si on lui mettait cette charge entre les mains, ne voulant point avoir à faire avec lui. L’on a encore proposé de donner cette charge au président de Maisons, mais M. d’Avaux prétend qu’elle lui appartient et qu’on ne la peut pas donner à un autre à son exclusion. […]
L’on n’a encore rien résolu sur le choix d’un nouveau surintendant des finances. Le marquis de La Vieuville en est exclu par la ligue que les partisans ont faite contre lui. M. le Prince porte maintenant M. d’Émery, lequel se fait fort de faire trouver 1 200 000 livres dans les coffres de l’Épargne aussitôt qu’on l’aura reçu dans cette charge. M. le duc d’Orléans n’y veut pas consentir afin que le peuple n’ait pas sujet d’en murmurer, comme il est à craindre à cause des billets qu’on continue de semer et des libelles qu’on a imprimés contre lui. Néanmoins, on croit que cela n’empêchera pas qu’il n’ait cette charge et il est arrivé en cette ville incognito, croyant son affaire plus avancée qu’elle n’est. »

Michel i Particelli, sieur d’Émery (v. note [6], lettre 46), surintendant des finances de juillet 1647 à juillet 1648 (v. note [7], lettre 157), allait de nouveau être choisi pour cette charge le 6 novembre 1649 en la partageant avec Claude de Mesmes, comte d’Avaux. Il l’exerça jusqu’à sa mort (23 mai 1650).

Charles, marquis puis duc de La Vieuville (Paris 1582-ibid. 2 janvier 1653), grand fauconnier en 1610 sur la démission de son père, avait ensuite été fait lieutenant général en Champagne et Réthelois, premier capitaine des gardes du corps du roi (de 1616 à 1623). Surintendant des finances en 1623, les réformes qu’il introduisit lui avaient valu la haine tenace des courtisans et des partisans. Il avait été renfermé pendant 13 mois au château d’Amboise (1624) et après s’être évadé, il avait pu revenir en France en 1628. S’étant mêlé à des intrigues contre Richelieu, La Vieuville avait dû s’expatrier de nouveau, avant de revenir en France en 1643. Sa baronnie de Nogent fut érigée en duché-pairie sous le nom de La Vieuville par lettres de décembre 1651 (jamais enregistrées par le Parlement, qui avait décidé après l’affaire Rohan et La Meilleraye en Bretagne de ne plus recevoir de duc et pair) (Jestaz et G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 novembre 1649. Note 5

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(Consulté le 25.10.2020)

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