À André Falconet, le 2 septembre 1661
Note [5]

Topinambous (Trévoux) :

« Ce sont des peuples du Brésil, en l’Amérique méridionale. On les met vers la capitanie de Rio Janeiro. Il y en a aussi dans celles de Para et de Maragnan. Jean de Léri, dans son Histoire du Brésil, dit de ceux-ci qu’ils allaient tout nus, les plus considérables seulement portant une ceinture de plumes autour des reins ; qu’ils enchassaient de petites pierres ou de petites pièces de bois de couleur à chacune de leurs joues, et au bas de leurs oreilles ; qu’une seule espèce de racines, dont une femme plantait assez en un jour pour nourrir une famille toute une année, leur fournissait du pain et du breuvage, et que les hommes ne s’appliquaient qu’à la pêche et à la chasse, ou à la guerre. Cet historien nous parle d’une de leurs coutumes qui est fort singulière : c’est que quand ils avaient fait un prisonnier de guerre, ils le mariaient et l’engraissaient ; et tout cela aboutissait à le manger, après qu’il avait vécu plusieurs mois et même plusieurs années avec sa femme. Le jour de sa mort étant arrivé, on le menait au lieu où il devait être tué, on lui donnait le temps de parler, ce qu’il faisait ordinairement avec une générosité féroce, en disant aux assistants qu’il avait mangé leurs pères, leurs frères, et qu’il avait des parents qui les mangeraient eux-mêmes. Après ce beau discours, le plus proche parent de sa femme l’assommait avec une massue, et ayant été mis en pièces et rôti sur un gril de bois, haut de trois ou quatre pieds, qu’ils appelaient un boucan, sa femme était la première à manger de sa chair. »

V. note [42] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii, pour le lien étymologique erroné entre les Topinambous et le légume qu’on appelle toujours topinambour.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 2 septembre 1661. Note 5

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(Consulté le 17.05.2021)

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