À Johannes Antonides Vander Linden, le 1er novembre 1663
Note [5]

Guy Patin dénigrait les disputes « sur les innovations anatomiques » en les comparant aux vanités proverbiales des anciens « sur la laine de chèvre ou sur l’ombre de l’âne », qui sont deux adages qu’Érasme a illustrés.

  • Le premier (no 253) touche à la question futile de savoir si les poils des chèvres méritent le nom de laine ou de soie. Érasme conclut sur cette maxime :

    Loquitur de morosis in amicitia, qui quantumlibet frivola de causa litem cum amico suscipiunt.

    [On dit des gens chagrins en amitié que ce sont ceux qui, pour n’importe quelle raison frivole, engagent un procès contre leur ami].

  • Pour l’explication du second (no 252), Érasme invoque une fable sur Démosthène (v. note [4], lettre 244) :

    Proinde sunt qui credant hoc adagii primum ab auctore Demosthene natum fuisse, fabulam hujusmodi referentes : Cum aliquando Demosthenes quendam in causa capitali defenderet, ac iudices haberet parum attentos, sed dicenti obstreperent, ille, Paullisper, inquit, aures mihi præbete, si quidem rem narrabo novam, ac lepidam, atque auditu iucundam. Ad quæ verba cum illi jam aures arrexissent, adolescens, inquit, quispiam asinum conduxerat, rerum quiddam Athenis Megaram deportaturus. Inter viam autem cum æstus meridianus ingravesceret, depositis clitellis, sub asino sedens, eius umbra semet obtegebat. Cæterum id agaso non sinebat, hominem inde depellens, clamansque asinum esse locatum, non asini umbram. Alter item ex adverso tendebat, asseverans etiam umbram asini sibi conductam esse. Atque ita inter eos acerrima rixa in longum producta est, ita, ut etiam ad manus venerint : hoc pertinaciter affirmante, non conductam esse asini umbram, illo pari contentione respondente, umbram etiam asini conductam esse. Demum in ius ambulant. Hæc locutus Demosthenes, ubi sensisset iudices diligenter auscultantes, repente cœpit a tribunalibus descendere. Porro revocatus a iudicibus, rogatusque ut reliquum fabulæ pergeret enarrare : De asini, inquit, umbra libet audire, viri causam de vita periclitantis audire gravamini.

    [Certains pensent aussi que la primeur de cet adage appartient à Démosthène et racontent l’histoire que voici. « Un jour qu’il plaidait dans une affaire capitale et qu’il était face à des juges peu attentifs, ce qui l’empêchait de bien discourir, il leur dit : “ Écoutez-moi un instant, je vais vous raconter une histoire, et elle est nouvelle, plaisante et agréable à entendre. ” À ces mots, ils dressèrent l’oreille et il reprit : “ Se rendant de Mégare {a} à Athènes pour quelque affaire, un jeune homme avait loué un âne. Chemin faisant, comme la chaleur de midi lui pesait, il fit poser le bât à terre et s’assit sous l’âne pour s’abriter de son ombre ; ne permettant pas qu’il en fît ainsi, l’ânier délogea le garçon de là, proclamant qu’il avait loué l’âne et non son ombre ; l’autre prétendait le contraire, affirmant qu’il avait aussi payé pour l’ombre de l’âne. Tant et si bien qu’une très vive dispute s’engagea bientôt entre eux, au point qu’ils en vinrent aux mains : à l’un qui criait n’avoir pas loué l’ombre de l’âne, l’autre répondait le contraire ; et finalement, ils se rendent au tribunal. ” Quand il eut dit cela et perçu que les juges l’écoutaient attentivement, Démosthène commença à descendre de la tribune. Aussitôt, les juges le rappelèrent et lui demandèrent de leur raconter la suite de l’histoire : “ Il vous plaît d’entendre parler de l’ombre d’un âne, dit-il, quand vous rechignez à écouter la cause d’un homme menacé de mort ” »].


    1. Ville d’Attique, Mégare se situe à mi-chemin entre Corinthe et Athènes ; la distance à parcourir était d’une quarantaine de kilomètres.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 1er novembre 1663. Note 5

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(Consulté le 28.01.2021)

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