À Paul Baudry, le 13 juin 1666
Note [5]

En parcourant les Épîtres, latines et françaises, de Joseph Scaliger (v. note [5], lettre 34), son seul correspondant rouennais que j’aie identifié (mais sans lettre imprimée qu’il ait échangée avec lui) est Claude Groulard (ou Groulart, Grolartus, Dieppe vers 1551-Rouen 1607), seigneur de La Court : premier président du parlement de Normandie en 1585, il avait eu Scaliger pour professeur de grec et latin à Genève dans les années 1570. Groulard a laissé des Mémoires ou Voyages par lui faits à la cour. Il est seulement permis de supposer que Paul Baudry détenait des lettres échangées par Groulard et Scaliger.

En réponse à la requête que j’avais adressée au Warburg Institute (Londres), Jill Kraye, Emeritus Professor of Renaissance Philosophy, University of London, a eu l’extrême amabilité de m’aviser que la Correspondence of Joseph Justus Scaliger (Genève, Droz, 2012, v. note [5], lettre 34) contient cinq lettres que Groulard a écrites à Scaliger (datées de mars 1592 à mars 1601) et en signale deux perdues que Scaliger lui avait adressées, en 1591 et 1599.

Le lien potentiel entre ces épîtres et le parlement de Rouen m’a conduit à un passage de l’Histoire du parlement de Normandie par A. Floquet (Rouen, Édouard Frère, 1842, in‑8o, tome cinquième, pages 454‑455), à propos de la Fronde, qui me semble lever les doutes sur l’identité de notre Baudry :

« Parmi tous les officiers de Rouen, que la cour, alors, révoque ou institue, on est tout surpris d’entendre tout à coup retentir le grand nom de Corneille ; c’est bien le poète immortel, dont la gloire jetait, dès lors, un si vif éclat, et qui, déjà, avait donné au monde Le Cid, Médée, Cinna, Héraclius, Rodogune et Les Horaces. Le procureur-syndic des états de Normandie, Baudry, {a} avocat célèbre au parlement de Rouen, s’étant signalé par une vive sympathie pour la Maison de Longueville, et par d’actives démarches dans l’intérêt du prince en disgrâce, {b} le roi n’en veut plus pour procureur-syndic aux états de la province, et le remplace, dans ce poste, par Pierre Corneille, qui, apparemment, n’y songeait guère, mais qu’on y prépose, “ comme personne capable, et dont la fidélité et affection est bien connue ”. Sur l’aptitude de P. Corneille, quant au syndicat des états provinciaux, on vit alors s’élever des scrupules, comme aussi sur cette fidélité qu’on ne pouvait nier, mais où quelques-uns voulaient trouver à redire ; et un auteur du temps, chaud partisan, il est vrai, du duc de Longueville, dans une Apologie, ex professo, qu’il a faite de ce prince, s’explique sur cette révocation de Baudry et sur son remplacement par le grand Corneille. » {c}


  1. Le même A. Floquet, dans le tome sixième de son Histoire (page 173), donne Paul pour prénom de Baudry, en le disant calviniste et gendre de l’avocat rouennais Henri Basnage de Beauval.

  2. V. note [26], lettre 166, pour le soulèvement du parlement de Normandie contre le pouvoir royal, en janvier 1649, à l’instigation du duc de Longueville, gouverneur de la province.

  3. Jacques de Lescornay était l’auteur caché de cette Apologie particulière pour M. le duc de Longueville… (v. note [17], lettre 327).

Guy Patin admirait profondément les talents épistolaires de Scaliger, mais n’a jamais réalisé son rêve de faire publier la correspondance française de celui qu’il honorait ici du titre de Sénon (v. note [7], lettre latine 17).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Paul Baudry, le 13 juin 1666. Note 5

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1436&cln=5

(Consulté le 12.08.2022)

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