Annexe : Noël Falconet, 60 ans après
Note [5]

Le dernier chapitre du livre (pages 445-473) est intitulé De la Circulation du sang, extraite de plusieurs livres d’Hippocrate et de sa doctrine. Noël Falconet veut y prouver qu’Hippocrate avait « compris le formel, et l’essentiel de la circulation du sang ».

Montrant que le rôle nutritif et épurateur du sang circulant commençait à être compris, il écrit (page 457) :

« Quoiqu’il soit vrai de dire que le sang dans son cours se dépure par des glandes dans ses différents passages, il est encore plus vrai de soutenir que cette même liqueur, qui s’est appauvrie dans son cours d’esprits et par la communication du suc nourricier, ou par lui-même, ou par la lymphe, a besoin non seulement d’être réparé, mais pour ainsi dire, d’être revivifié dans le centre. »

La conclusion (pages 471‑473) donne le ton, assez naïvement partisan, de l’ensemble :

« On aura de la peine à croire que des médecins illustres aient moins fait de cas d’Hippocrate que des barbiers qui sont convaincus, disent-ils, de la circulation du sang lorsqu’ils mettent la ligature pour ouvrir la veine. {a} Ces Messieurs doivent être fort surpris, et même honteux, de n’avoir pas pris garde à cette même preuve dans Hippocrate ; oui, la preuve dans la même espèce, puisque le pressement des jambes et cuisses croisées dont Hippocrate parle, fait le même effet que la ligature que le chirurgien met pour ouvrir la veine. Hippocrate dit que l’engourdissement qui succède à la compression des cuisses et des jambes croisées les unes sur les autres, empêche le retour du sang ; c’est une preuve dont je me suis servi. Il y a en vérité beaucoup d’ingratitude de traiter aussi indignement l’homme du monde le plus respectable dans la république des lettres, à qui la médecine doit le plus ; oui, c’est une lumière qui est sur son horizon depuis plus de vingt-deux siècles ; on peut dire que ses Maximes {b} et son Pronostic éclaireront tous les siècles suivants. Ses observations sont si étendues et si multipliées qu’il est difficile de voir de nouveaux faits qui n’y aient quelque rapport, et dont on ne puisse tirer de nouveaux avantages. Ce n’est point un paradoxe de soutenir que ce grand maître est un ancien qui dit toujours quelque chose de nouveau aux modernes les plus curieux, puisque les médecins les plus expérimentés conviennent en différentes occasions qu’ils ne trouvent guère dans leur exercice de faits singuliers qui ne soient retracés dans ses ouvrages. Est quodam prodire tenus, si non datur ultra. » {c}


  1. L’expérience des garots, que connaissaient bien tous les chirurgiens qui pratiquaient la saignée veineuse au bras, a été décisive dans la démonstration de la circulation sanguine par William Harvey (v. note [9], lettre Thomas Diafoirus et sa thèse). Les fourmillements ressentis dans les jambes après les avoir croisées ou après être resté accroupi sont plutôt dus à la compression des nerfs qu’à l’arrêt de la circulation sanguine.

  2. Aphorismes.

  3. « On peut au moins marcher jusqu’à une certaine limite, si on ne peut aller plus loin » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 1, vers 32).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Noël Falconet, 60 ans après. Note 5

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(Consulté le 25.11.2020)

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